Pesticides interdits au Maroc : cette expression recouvre plusieurs situations réglementaires qu’il ne faut pas confondre. Une matière active peut être interdite, l’homologation d’un produit commercial peut être retirée, un usage précis peut être supprimé, une dose ou un délai avant récolte peut être modifié, tandis qu’une autorisation peut simplement arriver à expiration.

Pour un agriculteur, un technicien ou un distributeur, l’enjeu n’est donc pas seulement de rechercher une ancienne liste de produits interdits. Il faut vérifier le statut actuel de la spécialité commerciale, sa matière active, la culture concernée, l’organisme nuisible, la dose, les conditions d’emploi et le délai avant récolte.
Ce guide explique comment effectuer cette vérification à partir des ressources officielles de l’ONSSA. Il complète notre dossier consacré aux traitements phytosanitaires au Maroc et notre méthode pour rechercher les pesticides homologués ONSSA 2026.
Vérification réglementaire
Article vérifié le 19 juillet 2026. L’Index phytosanitaire officiel affichait une dernière mise à jour au 8 juillet 2026.
Les listes et autorisations peuvent évoluer. Avant tout achat ou traitement, consultez directement l’Index phytosanitaire, la page des modifications et retraits ainsi que l’attestation d’homologation ou l’autorisation de vente en vigueur.
Pesticides interdits au Maroc : que signifie réellement ce statut ?
Le mot « interdit » est souvent utilisé de manière trop large. Sur le terrain, il peut désigner un produit dont l’homologation a été retirée, une matière active qui n’est plus approuvée, un usage supprimé ou une spécialité dont l’autorisation n’a pas été renouvelée.
Ces situations n’ont pourtant pas les mêmes conséquences réglementaires. Pour éviter une erreur, il faut identifier précisément ce qui a changé.
| Situation | Signification | Conséquence pratique |
|---|---|---|
| Matière active interdite ou retirée | La substance ne peut plus servir de base aux usages concernés selon la décision applicable. | Les spécialités qui la contiennent doivent être vérifiées individuellement. |
| Retrait d’homologation | L’autorisation réglementaire d’un produit commercial est retirée. | Ne pas continuer à l’utiliser sur la base d’une ancienne étiquette ou d’une ancienne fiche. |
| Expiration | La période de validité de l’homologation ou de l’autorisation est terminée. | Vérifier l’existence d’un renouvellement, d’une prorogation ou d’une nouvelle décision. |
| Retrait d’un usage | Le produit peut rester autorisé, mais plus pour une culture ou une cible déterminée. | Ne pas transposer les autres usages encore homologués. |
| Restriction d’emploi | La dose, le DAR, le nombre d’applications ou les conditions d’utilisation ont changé. | Utiliser uniquement les nouvelles conditions officielles. |
| Indisponibilité commerciale | Le produit n’est plus distribué ou momentanément absent du marché. | Cela ne signifie pas automatiquement qu’il est interdit. |
Pourquoi une homologation peut-elle être retirée ou modifiée ?
L’autorisation d’un pesticide n’est pas nécessairement définitive. Les connaissances scientifiques, les méthodes d’évaluation et les exigences concernant la santé humaine, les résidus, les pollinisateurs, l’eau ou les organismes non ciblés peuvent évoluer.
Une décision peut notamment être liée à :
- une réévaluation toxicologique ou écotoxicologique ;
- de nouvelles informations concernant les résidus ;
- un risque devenu inacceptable pour l’applicateur ou le consommateur ;
- un impact sur les abeilles, les auxiliaires ou les organismes aquatiques ;
- une décision concernant la matière active ;
- une demande du détenteur ou du fournisseur ;
- l’absence de renouvellement de l’autorisation ;
- une modification de la formulation, du fournisseur ou des conditions d’emploi ;
- des informations réglementaires incomplètes, fausses ou devenues insuffisantes.
Le code de procédures de l’ONSSA prévoit également qu’une demande en cours peut être annulée lorsque la matière active concernée fait l’objet d’un retrait ou d’une interdiction, lorsque l’agrément de l’opérateur est retiré ou lorsque le dossier comporte des informations fausses ou trompeuses.
Où vérifier les retraits et restrictions de pesticides au Maroc ?
La vérification officielle doit reposer sur plusieurs outils complémentaires.
1. L’Index phytosanitaire de l’ONSSA
L’Index phytosanitaire officiel permet de rechercher une spécialité par nom commercial, matière active, catégorie, culture, usage, organisme nuisible, détenteur ou fournisseur.
L’ONSSA précise que cette base rassemble les produits homologués, qu’ils soient actuellement commercialisés ou non. Elle indique aussi qu’en cas de doute, seules l’attestation d’homologation ou l’autorisation de vente font foi.
2. La page des modifications et retraits
La page officielle consacrée aux modifications et retraits des homologations permet de rechercher plusieurs types de décisions, notamment :
- retrait d’homologation ;
- changement de dose ;
- changement du délai avant récolte ;
- changement des conditions d’emploi ;
- changement d’appellation commerciale ;
- changement de fournisseur ;
- extension ou modification d’usage.
Cette page est essentielle, car un produit peut conserver son nom commercial tout en ayant subi une modification importante de ses conditions d’utilisation.
3. La vérification des homologations expirées
Une spécialité ancienne peut encore apparaître dans des documents commerciaux, des factures, des publications techniques ou des recommandations partagées entre agriculteurs. Il faut donc vérifier si son autorisation est toujours valide.
La page consacrée aux homologations expirées permet de compléter la recherche. Une expiration ne doit pas être interprétée automatiquement comme une interdiction définitive : il faut vérifier si un renouvellement ou une prorogation a été accordé.
Consulter l’Index ONSSAVoir les modifications et retraitsVérifier les expirations
Comment vérifier si un pesticide est interdit ou retiré ?
Étape 1 — Identifier précisément le produit
Relevez les informations directement sur l’emballage d’origine :
- nom commercial exact ;
- numéro d’homologation ou d’autorisation ;
- matière active ;
- concentration ;
- formulation ;
- détenteur de l’homologation ;
- fournisseur ;
- numéro de lot.
Une recherche limitée au nom d’une matière active n’est pas suffisante. Plusieurs spécialités peuvent contenir la même substance tout en ayant des concentrations, formulations et usages différents.
Étape 2 — Rechercher le produit dans l’Index
Saisissez d’abord le nom commercial. En cas d’absence de résultat, recommencez avec la matière active, le détenteur ou le fournisseur.
Vérifiez ensuite :
- la culture autorisée ;
- l’organisme nuisible ;
- la dose ;
- le mode d’application ;
- le délai avant récolte ;
- la date ou le statut de l’autorisation.
Étape 3 — Rechercher une modification ou un retrait
Consultez la page des modifications et retraits en utilisant le nom du produit et, lorsque cela est possible, son numéro d’homologation.
Ne vous limitez pas au filtre « retrait d’homologation ». Un changement de dose, de DAR ou de conditions d’emploi peut rendre une ancienne recommandation incorrecte.
Étape 4 — Contrôler l’expiration
Vérifiez si l’autorisation est arrivée à échéance. En présence d’un ancien stock, demandez au fournisseur une attestation actualisée démontrant l’existence éventuelle d’un renouvellement ou d’une prorogation.
Étape 5 — Comparer avec l’étiquette disponible
L’étiquette du stock détenu peut être plus ancienne que la décision réglementaire actuelle. Comparez-la avec les données officielles.
Une différence concernant la culture, la dose, le délai avant récolte ou les précautions doit conduire à suspendre l’utilisation jusqu’à clarification.
Étape 6 — Demander le document qui fait foi
Lorsque les informations restent contradictoires, demandez :
- l’attestation d’homologation actualisée ;
- l’autorisation de vente en vigueur ;
- la décision de modification ou de retrait ;
- une confirmation écrite du fournisseur ou du détenteur ;
- une clarification auprès des services de l’ONSSA.
Un retrait d’usage n’interdit pas toujours le produit entier
Cette distinction est importante pour éviter les interprétations erronées.
Un produit peut rester homologué contre un ravageur sur agrumes, tout en perdant un usage sur tomate. Il peut rester autorisé à une nouvelle dose, mais plus selon l’ancienne. Son délai avant récolte peut aussi être allongé.
Dans ces situations, le produit ne doit pas être présenté simplement comme « autorisé » ou « interdit ». Il faut préciser :
- sur quelle culture ;
- contre quel organisme ;
- à quelle dose ;
- avec quel nombre d’applications ;
- selon quel délai avant récolte ;
- avec quelles restrictions.
Exemple de mauvaise interprétation
Un agriculteur retrouve une ancienne recommandation mentionnant un produit sur tomate. La spécialité apparaît toujours dans l’Index, mais l’usage sur tomate a été retiré et seuls certains usages sur d’autres cultures restent autorisés.
La présence du nom commercial dans l’Index ne suffit donc pas. Il faut ouvrir et vérifier l’usage complet.
Pesticide absent de l’Index : est-il forcément interdit ?
L’absence d’un résultat doit conduire à la prudence, mais plusieurs explications sont possibles :
- erreur dans l’orthographe du nom commercial ;
- ancienne appellation remplacée ;
- changement de fournisseur ou de détenteur ;
- produit jamais homologué au Maroc ;
- homologation expirée ou retirée ;
- produit présenté sous un emballage irrégulier ;
- donnée nécessitant une confirmation officielle.
Ne concluez pas uniquement à partir d’une recherche infructueuse. Recommencez avec la matière active, le numéro d’homologation et le nom de la société, puis consultez les modifications, retraits et expirations.
En l’absence persistante de confirmation officielle, n’utilisez pas le produit.
Produit retiré encore présent chez un vendeur : que faire ?
La présence physique d’un pesticide dans un magasin ne démontre pas que son homologation et tous ses usages restent valides.
Avant l’achat :
- demandez une facture ;
- vérifiez le numéro d’homologation ;
- examinez la date et le numéro de lot ;
- contrôlez l’intégrité de l’emballage ;
- comparez l’étiquette avec l’Index officiel ;
- demandez l’attestation actualisée lorsque le statut est incertain.
Méfiez-vous particulièrement des produits :
- transvasés dans un autre récipient ;
- vendus sans étiquette complète ;
- dont le bouchon ou le sceau est déjà ouvert ;
- proposés sans facture ;
- présentés comme autorisés « sur toutes les cultures » ;
- dont l’usage est seulement confirmé oralement.
Que faire d’un ancien stock retiré, interdit ou expiré ?
Un produit au statut irrégulier ne doit pas être appliqué simplement pour « terminer le bidon ». Le coût déjà engagé ne justifie pas un risque pour l’applicateur, la récolte, le sol ou les débouchés commerciaux.
Mesures immédiates
- Suspendre l’utilisation.
- Conserver le produit dans son emballage d’origine.
- Isoler le stock dans un local sécurisé, ventilé et inaccessible aux enfants et aux animaux.
- Identifier clairement le produit afin d’éviter une utilisation accidentelle.
- Conserver la facture, l’étiquette et le numéro de lot.
- Contacter le fournisseur pour connaître les modalités de reprise éventuelle.
- Demander les consignes de l’ONSSA ou du service compétent pour l’élimination.
Ne versez jamais le contenu dans un puits, un canal, un égout ou sur une parcelle. Ne brûlez pas l’emballage et ne réutilisez pas le récipient.
Risques agricoles et commerciaux liés à un produit retiré
L’utilisation d’une spécialité interdite, retirée ou non autorisée pour la culture peut entraîner plusieurs conséquences.
Risque de résidus non conformes
La récolte peut contenir une substance qui n’est plus autorisée, ou un niveau de résidus incompatible avec les exigences du marché destinataire.
Refus d’un lot
Un acheteur, une station de conditionnement ou un marché d’exportation peut refuser le produit agricole lorsque la traçabilité révèle une substance non autorisée.
Phytotoxicité
Une ancienne dose ou une utilisation sur une culture non homologuée peut provoquer des brûlures, des déformations, une chute des fleurs ou un ralentissement de croissance.
Perte d’efficacité
Un produit ancien, mal stocké ou utilisé contre une cible non autorisée peut donner un résultat insuffisant et favoriser des applications répétées.
Responsabilité de l’exploitation
La recommandation verbale d’un vendeur ou d’un voisin ne remplace pas la responsabilité de vérifier le statut et l’usage du produit appliqué.
Comment tenir une veille réglementaire simple ?
Une exploitation n’a pas besoin d’attendre un contrôle ou un refus de récolte pour vérifier son armoire phytosanitaire.
Avant chaque campagne
- inventorier tous les produits stockés ;
- noter leur nom, numéro d’homologation et quantité ;
- vérifier leur statut dans l’Index ;
- rechercher les modifications et retraits ;
- contrôler les dates de validité ;
- écarter les emballages endommagés ou non identifiables.
Avant chaque traitement
- confirmer le diagnostic ;
- vérifier la culture et la cible ;
- contrôler la dose actuelle ;
- relever le délai avant récolte ;
- consulter les restrictions particulières ;
- noter les informations dans le registre.
Après une modification réglementaire
- informer les applicateurs ;
- corriger les fiches internes ;
- supprimer les anciennes recommandations affichées ;
- identifier les parcelles récemment traitées ;
- réévaluer les dates de récolte ;
- contacter les clients ou techniciens lorsque cela est nécessaire.
Ne pas remplacer automatiquement un pesticide retiré
Lorsqu’un produit disparaît, la première réaction consiste souvent à rechercher une autre spécialité agissant sur le même organisme nuisible. Cette substitution ne doit pas être automatique.
Il faut d’abord réexaminer :
- la certitude du diagnostic ;
- le niveau réel d’infestation ;
- le stade du ravageur ;
- la présence d’auxiliaires ;
- les causes agronomiques favorisant le problème ;
- les mesures physiques ou biologiques possibles ;
- l’historique des modes d’action déjà utilisés.
Le retrait d’une spécialité peut devenir l’occasion de renforcer la surveillance, les pièges, les filets, l’hygiène culturale, la maîtrise de l’irrigation et la biodiversité fonctionnelle.
Pour construire cette démarche, consultez notre page sur les traitements phytosanitaires au Maroc.
Questions fréquentes sur les pesticides interdits au Maroc
Existe-t-il une liste unique des pesticides interdits au Maroc ?
La vérification doit croiser plusieurs ressources : l’Index phytosanitaire, la page des modifications et retraits, les homologations expirées et les attestations officielles. Une simple liste copiée dans un article peut rapidement devenir incomplète ou obsolète.
Un produit retiré est-il immédiatement absent de tous les magasins ?
Pas nécessairement. Des stocks anciens peuvent encore exister. La présence chez un vendeur ne constitue pas une preuve suffisante de validité réglementaire.
Un pesticide expiré est-il forcément définitivement interdit ?
Non. Il faut vérifier si une prolongation, une prorogation ou un renouvellement a été accordé. En l’absence de document valide, son utilisation doit être suspendue.
Une matière active interdite signifie-t-elle que tous ses anciens produits sont autorisés jusqu’à épuisement ?
Non. Il faut consulter les décisions applicables et vérifier individuellement chaque spécialité. Le simple fait de posséder un stock ne crée pas un droit d’utilisation.
Un produit peut-il rester autorisé mais avec un nouveau délai avant récolte ?
Oui. Les modifications peuvent concerner le DAR, la dose, les conditions d’emploi, le fournisseur ou certains usages. C’est pourquoi l’étiquette ancienne doit être comparée avec les données actuelles.
Peut-on utiliser au Maroc un pesticide autorisé en Europe ?
Une autorisation étrangère ne remplace pas l’homologation marocaine. Le produit et son usage doivent être vérifiés auprès de l’ONSSA.
Que faire lorsque le vendeur affirme que le produit reste autorisé ?
Demandez une attestation d’homologation ou une autorisation de vente actualisée. Une affirmation orale ne suffit pas lorsque les données officielles sont absentes ou contradictoires.
Comment signaler un produit suspect ?
Conservez les photographies de l’emballage, le numéro de lot, la facture et l’identité du vendeur. Contactez ensuite les services compétents de l’ONSSA sans ouvrir, transvaser ou utiliser le produit.
Pesticides interdits au Maroc : vérifier plutôt que mémoriser une ancienne liste
Les pesticides interdits au Maroc ne peuvent pas être identifiés de manière fiable à partir d’une liste non datée ou d’une recommandation partagée sur les réseaux sociaux. Il faut distinguer la matière active interdite, le retrait d’homologation, l’expiration, le retrait d’un usage et la modification des conditions d’emploi.
La méthode la plus sûre consiste à rechercher le produit commercial exact, contrôler son numéro d’homologation, consulter les modifications et retraits, vérifier l’expiration puis comparer les résultats avec l’étiquette et l’attestation officielle.
Cette vigilance évite l’application d’une ancienne dose, le non-respect d’un nouveau délai avant récolte, l’utilisation sur une culture retirée et les risques de résidus non conformes.
Un doute sur un produit ou un ancien stock ?
Suspendez son utilisation et vérifiez son statut dans les trois ressources officielles.
Index phytosanitaire Modifications et retraits


