Auxiliaires de lutte biologique sous serre au Maroc : lesquels choisir et comment les installer

Auxiliaires lutte biologique Maroc : les producteurs sous serre disposent aujourd’hui de plusieurs prédateurs, parasitoïdes et micro-organismes utiles pour contenir les aleurodes, les thrips, les pucerons, les acariens, les mineuses et certains lépidoptères. Leur efficacité dépend cependant d’un diagnostic précis, d’une introduction suffisamment précoce et de la suppression des traitements incompatibles.

Auxiliaires lutte biologique Maroc installés dans une serre de tomate et de poivron
Installation et surveillance d’auxiliaires de lutte biologique dans une serre maraîchère au Maroc.

Sous les serres marocaines de tomate, poivron, concombre, courgette, haricot ou fruits rouges, les températures favorables à la culture peuvent également accélérer la multiplication des ravageurs. Une petite population d’aleurodes ou de thrips peut alors devenir difficile à maîtriser en quelques semaines.

La lutte biologique ne consiste donc pas à libérer quelques insectes lorsque la culture est déjà fortement infestée. Elle repose sur une stratégie complète associant surveillance, prophylaxie, piégeage, identification du ravageur, introductions préventives et choix de produits phytosanitaires compatibles.

Auxiliaires lutte biologique Maroc : pourquoi agir tôt sous serre

Un auxiliaire est un organisme vivant qui attaque naturellement un ravageur. Il peut s’agir d’un insecte prédateur, d’un acarien prédateur, d’un parasitoïde, d’un nématode ou d’un micro-organisme entomopathogène.

Les auxiliaires sont particulièrement intéressants sous serre, car cet espace relativement fermé facilite leur installation dans la culture. Toutefois, ce même confinement peut favoriser une progression très rapide des ravageurs lorsque la surveillance est insuffisante.

Les introductions doivent donc commencer lorsque les premiers individus sont observés, voire préventivement pour certains auxiliaires capables de survivre grâce au pollen ou à une nourriture complémentaire.

Les plaques chromatiques sous serre permettent de détecter précocement les aleurodes, les thrips, les pucerons ailés et les mouches mineuses. Elles ne remplacent pas l’observation directe des feuilles, des fleurs et des jeunes pousses.

Prédateurs, parasitoïdes et agents microbiologiques

Les auxiliaires utilisés sous serre appartiennent principalement à trois catégories.

Les prédateurs

Les prédateurs consomment plusieurs proies au cours de leur développement. Les acariens prédateurs, les chrysopes, les coccinelles, les punaises prédatrices et les cécidomyies auxiliaires appartiennent à ce groupe.

Certains prédateurs sont spécialisés, comme Phytoseiulus persimilis, principalement utilisé contre les tétranyques. D’autres sont plus généralistes et peuvent consommer plusieurs ravageurs.

Les parasitoïdes

Les parasitoïdes sont généralement de très petites guêpes qui pondent dans ou sur le ravageur. Leur larve se développe aux dépens de l’hôte et finit par le tuer.

Encarsia formosa et Eretmocerus sont employés contre les aleurodes, tandis que les espèces du genre Aphidius sont utilisées contre certains pucerons.

Les agents entomopathogènes

Cette catégorie comprend des champignons, des bactéries et des nématodes capables de provoquer une maladie mortelle chez le ravageur. Ils peuvent compléter l’action des insectes et des acariens auxiliaires, à condition que les conditions d’humidité, de température et d’application soient favorables.

Quel auxiliaire choisir selon le ravageur observé ?

Ravageur sous serreAuxiliaires possiblesMode d’action principalPoint de vigilance
AleurodesEncarsia formosa, Eretmocerus eremicus, Amblyseius swirskiiParasitisme des larves ou prédation des œufs et jeunes stadesIdentifier l’espèce d’aleurode et intervenir très tôt
ThripsAmblyseius swirskii, Neoseiulus cucumeris, Orius laevigatusPrédation des larves et, pour Orius, de plusieurs stadesSurveiller également les fleurs et le substrat
Acariens tétranyquesPhytoseiulus persimilis, Neoseiulus californicusPrédation des œufs, larves, nymphes et adultesRépartir les lâchers autour des premiers foyers
PuceronsAphidius colemani, Aphidius ervi, Aphidoletes aphidimyza, chrysopesParasitisme ou prédationIdentifier l’espèce et la taille du puceron
Tuta absolutaMacrolophus pygmaeus, Nesidiocoris tenuis, parasitoïdes d’œufs selon disponibilitéPrédation des œufs et jeunes larvesLes punaises zoophytophages exigent une surveillance rigoureuse
Mouches mineusesDiglyphus isaea, Dacnusa sibiricaParasitisme des larves présentes dans les feuillesÉviter les insecticides à longue rémanence
Mouches du terreauSteinernema feltiae, Stratiolaelaps scimitusAttaque des larves dans le substratMaintenir des conditions d’humidité compatibles
Cochenilles farineusesCryptolaemus montrouzieri, Leptomastix dactylopiiPrédation ou parasitismeIdentifier précisément la cochenille présente

Important : cette correspondance constitue une orientation technique. La disponibilité commerciale, les conditions d’emploi, les cultures couvertes et les possibilités d’introduction au Maroc doivent être vérifiées auprès d’un fournisseur spécialisé et des services compétents.

Encarsia et Eretmocerus contre les aleurodes

Encarsia formosa est un petit parasitoïde utilisé depuis longtemps contre l’aleurode des serres. La femelle recherche les jeunes larves fixées sous les feuilles et y dépose ses œufs. Une larve parasitée change progressivement d’aspect avant l’émergence du nouvel adulte.

Eretmocerus eremicus supporte généralement mieux certaines conditions chaudes et peut être envisagé dans des programmes ciblant notamment Bemisia tabaci. Le choix entre les deux auxiliaires dépend de l’espèce d’aleurode, de la température de la serre, de la culture et du niveau d’infestation.

Les cartes contenant les pupes doivent être placées dans le feuillage, à l’abri du soleil direct et de l’eau d’irrigation. Les plaques jaunes ne doivent pas être installées immédiatement à côté des points de lâcher, car elles peuvent capturer une partie des parasitoïdes adultes.

Amblyseius, Neoseiulus et Orius contre les thrips

Amblyseius swirskii est un acarien prédateur très utilisé dans les cultures protégées chaudes. Il consomme surtout les jeunes larves de thrips, mais peut également s’attaquer aux œufs et aux jeunes larves d’aleurodes.

Il s’installe plus facilement sur des cultures fournissant du pollen, comme le poivron. Sur tomate, les poils glandulaires présents sur les tiges et les feuilles peuvent limiter les déplacements et l’installation de certains acariens prédateurs.

Neoseiulus cucumeris cible également les jeunes larves de thrips. Il peut être apporté en vrac ou au moyen de sachets à libération progressive, selon la culture et les recommandations du fournisseur.

Orius laevigatus complète cette action en consommant différents stades du thrips, notamment dans les fleurs. Son établissement est favorisé par la présence de pollen et par une culture suffisamment développée.

Phytoseiulus persimilis contre les acariens tétranyques

Phytoseiulus persimilis est un acarien prédateur spécialisé des tétranyques, notamment de l’acarien jaune à deux points, Tetranychus urticae. Il se déplace activement dans les foyers et consomme les différents stades du ravageur.

Il doit être libéré dès l’apparition des premières feuilles ponctuées ou des premiers individus observés à la loupe. Lorsque les feuilles sont déjà couvertes de toiles et que plusieurs foyers se rejoignent, l’auxiliaire peut avoir des difficultés à rattraper la croissance de la population.

Neoseiulus californicus est souvent considéré comme plus tolérant aux périodes de faible densité de proies et à certaines conditions climatiques difficiles. Une association raisonnée des deux espèces peut être envisagée avec l’accompagnement du fournisseur.

Aphidius et Aphidoletes contre les pucerons

Aphidius colemani parasite plusieurs petits pucerons courants sous serre. Après le parasitisme, le puceron se transforme en une « momie » gonflée, généralement beige ou brunâtre, d’où émergera un nouveau parasitoïde.

Aphidius ervi est plutôt destiné à des pucerons de plus grande taille. L’identification de l’espèce de puceron est donc essentielle avant la commande.

Aphidoletes aphidimyza est une petite cécidomyie dont les larves prédatrices attaquent plusieurs espèces de pucerons. Elle peut être utile lorsque différentes espèces sont présentes ou lorsque les foyers commencent à se développer.

Dans les programmes préventifs, des plantes relais peuvent entretenir une population de parasitoïdes. Cette technique demande cependant une bonne maîtrise pour éviter d’introduire un puceron capable de coloniser la culture commerciale.

Macrolophus et Nesidiocoris face à Tuta absoluta

Les punaises prédatrices Macrolophus pygmaeus et Nesidiocoris tenuis consomment les œufs et les jeunes larves de plusieurs ravageurs de la tomate, notamment Tuta absoluta et les aleurodes.

Leur installation doit idéalement commencer tôt, avant que les populations du ravageur ne deviennent importantes. Une nourriture complémentaire peut être utilisée pour favoriser leur établissement lorsque les proies sont encore rares.

Ces punaises sont zoophytophages : elles peuvent se nourrir de proies, mais également piquer les tissus végétaux lorsque leur population devient trop élevée ou que les proies manquent. Leur emploi exige donc un suivi régulier des effectifs, des anneaux nécrotiques, des fleurs et des jeunes fruits.

La surveillance de Tuta peut être renforcée par des pièges à phéromones adaptés au ravageur. Les pièges servent à détecter et à suivre les vols ; ils ne remplacent pas l’observation des galeries dans les feuilles.

Sept conditions pour réussir les lâchers

1. Identifier le ravageur

Un aleurode, un puceron, une cochenille ou un acarien ne peut pas être contrôlé correctement sans identification. Certains auxiliaires sont très spécialisés et n’attaquent qu’une espèce ou qu’un groupe limité de ravageurs.

2. Commencer avant l’explosion du foyer

La lutte biologique fonctionne mieux en prévention ou au début de l’infestation. Attendre que les feuilles soient couvertes de miellat, de fumagine ou de toiles réduit fortement les chances de réussite.

3. Vérifier les résidus de pesticides

Certains insecticides et acaricides restent toxiques pour les auxiliaires plusieurs jours ou plusieurs semaines après l’application. Avant toute introduction, il faut transmettre au fournisseur la liste exacte des traitements appliqués, avec les matières actives, les doses et les dates.

4. Respecter la chaîne de transport

Les auxiliaires sont des organismes vivants. Ils ne doivent pas rester dans un véhicule chaud, au soleil ou dans un entrepôt non climatisé. La réception, le contrôle et la distribution dans la serre doivent être organisés avant leur arrivée.

5. Répartir correctement les introductions

Les auxiliaires ne doivent pas être concentrés uniquement à l’entrée de la serre. Les points de lâcher sont répartis selon la surface, les foyers observés, le sens de circulation des ouvriers et l’hétérogénéité du microclimat.

6. Surveiller chaque semaine

Le suivi doit mesurer à la fois le ravageur et l’auxiliaire : nombre d’individus par feuille, pourcentage de plantes touchées, momies de pucerons, pupes d’aleurodes parasitées, foyers d’acariens et dégâts nouveaux.

7. Corriger sans détruire le programme

Lorsqu’une intervention complémentaire devient nécessaire, choisir en priorité une méthode mécanique, physique, microbiologique ou un produit sélectif compatible. Les produits phytopharmaceutiques doivent être vérifiés dans l’index phytosanitaire de l’ONSSA et utilisés conformément à leur autorisation.

Pourquoi un programme de lutte biologique peut-il échouer ?

Les échecs sont rarement dus à l’auxiliaire seul. Ils proviennent généralement d’un ensemble d’erreurs :

  • mauvaise identification du ravageur ;
  • introduction trop tardive ;
  • dose insuffisante par rapport à la pression observée ;
  • température ou humidité défavorable ;
  • présence de résidus insecticides ;
  • mauvaise conservation avant le lâcher ;
  • absence de répétition des introductions ;
  • répartition irrégulière dans la serre ;
  • portes ouvertes, adventices infestées ou plants contaminés ;
  • absence de comptage après le lâcher.

La décision ne doit donc pas se limiter à demander : « Quel auxiliaire acheter ? » Il faut également déterminer le ravageur dominant, son niveau de population, les traitements précédents, la température, la culture, le stade végétatif et les objectifs commerciaux de la production.

Comment acheter des auxiliaires de lutte biologique au Maroc ?

Avant de choisir un fournisseur, le producteur doit demander une fiche technique précisant le nom scientifique, le ravageur ciblé, la quantité livrée, le stade biologique, les conditions de transport, la durée de conservation et le protocole d’introduction.

Le fournisseur doit également pouvoir expliquer la compatibilité avec les traitements précédents et proposer un suivi après les lâchers. Un prix très bas ne constitue pas une économie si les organismes arrivent affaiblis, en quantité insuffisante ou sans accompagnement technique.

Pour les auxiliaires importés, les exigences phytosanitaires et administratives applicables doivent être vérifiées avant la commande. Il est déconseillé d’introduire dans une serre un organisme vivant acheté à l’étranger sans traçabilité ni validation réglementaire.

Associer auxiliaires, surveillance et prophylaxie

La réussite repose enfin sur des mesures simples : plants sains, sas d’entrée, filets anti-insectes adaptés, élimination des résidus infestés, désherbage autour de la serre, désinfection du matériel et contrôle des plants avant plantation.

Les plaques jaunes et bleues, les pièges à phéromones et les observations à la loupe fournissent les informations nécessaires pour décider du moment des lâchers. Les auxiliaires assurent ensuite une régulation durable lorsque leur environnement est protégé.

Les auxiliaires lutte biologique Maroc ne doivent donc pas être considérés comme un produit curatif isolé, mais comme les acteurs vivants d’un programme de protection intégrée. Bien choisis, introduits précocement et suivis régulièrement, ils permettent de réduire la pression des ravageurs tout en préservant les équilibres de la serre.

Questions fréquentes

Peut-on introduire des auxiliaires après un traitement insecticide ?

Oui, mais uniquement après avoir vérifié la persistance de la matière active et son niveau de toxicité pour l’auxiliaire concerné. Le délai dépend du produit, de la dose et des conditions de la serre.

Peut-on utiliser plusieurs auxiliaires en même temps ?

Oui, plusieurs espèces peuvent être associées lorsqu’elles ciblent des ravageurs différents ou des stades complémentaires. Leur compatibilité doit néanmoins être vérifiée afin d’éviter la prédation entre auxiliaires ou une concurrence excessive.

Les plaques jaunes tuent-elles les auxiliaires ?

Elles peuvent capturer certains adultes volants. Il faut éviter de placer une plaque directement à côté d’une carte de lâcher et adapter la densité des plaques après l’introduction des parasitoïdes.

Combien de lâchers faut-il réaliser ?

Il n’existe pas de nombre universel. La fréquence dépend de la culture, du ravageur, de la pression observée, du type d’auxiliaire, de la température et de la qualité de son installation.

La lutte biologique supprime-t-elle totalement les pesticides ?

Elle peut réduire fortement leur utilisation, mais certaines situations nécessitent une intervention complémentaire. Celle-ci doit alors privilégier une solution sélective, autorisée et compatible avec les organismes utiles déjà installés.

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