Perception du risque pesticide : entre banalisation et anxiété

Perception du risque pesticide : face aux produits phytosanitaires, deux réactions opposées peuvent apparaître. Certains travailleurs finissent par banaliser l’exposition parce qu’ils manipulent les mêmes produits depuis longtemps sans avoir connu d’accident grave. D’autres développent une inquiétude importante devant chaque odeur, chaque traitement ou chaque information alarmante concernant les pesticides.

Perception du risque pesticide expliquée à des travailleurs agricoles marocains
Une information précise permet d’éviter à la fois la banalisation des expositions et une anxiété disproportionnée.

Ces deux attitudes peuvent nuire à la qualité des décisions. La banalisation favorise le relâchement des protections, tandis qu’une anxiété excessive peut provoquer des interprétations précipitées, une surcharge mentale ou un rejet de toute solution phytosanitaire, même lorsqu’une intervention ciblée est agronomiquement justifiée.

À retenir : évaluer correctement un risque ne consiste ni à affirmer que tous les pesticides sont inoffensifs, ni à considérer que toute présence d’un produit entraîne automatiquement une maladie. Il faut identifier la substance, la tâche, la voie d’exposition, la quantité manipulée, la durée du contact et les protections réellement appliquées.

Perception du risque pesticide : pourquoi varie-t-elle autant ?

Le risque n’est pas perçu uniquement à partir des propriétés scientifiques d’un produit. Il est également interprété à travers l’expérience, les habitudes, les émotions, les informations reçues et les conditions économiques de l’exploitation.

Deux personnes exposées à une situation comparable peuvent donc l’évaluer différemment :

  • l’une pense que le produit est maîtrisé parce qu’elle l’utilise depuis plusieurs années ;
  • l’autre considère toute manipulation comme une menace immédiate ;
  • une troisième cherche à vérifier la matière active, la formulation et les conditions d’emploi avant de se prononcer.

La perception dépend notamment :

  • des accidents ou malaises déjà vécus ;
  • de la formation reçue ;
  • de la capacité à comprendre l’étiquette ;
  • de la confiance accordée au fournisseur ou au technicien ;
  • des pratiques observées chez les voisins ;
  • de la fréquence habituelle des traitements ;
  • des informations diffusées par les médias et les réseaux sociaux ;
  • du coût des protections et de leur disponibilité ;
  • de la peur de perdre la récolte ;
  • du niveau de fatigue au moment de la décision.

Une bonne prévention doit donc transmettre des informations techniques tout en tenant compte de la manière dont elles seront comprises, acceptées et appliquées sur le terrain.

Quelle différence entre danger et risque ?

Le danger correspond à la capacité intrinsèque d’une substance à provoquer un effet nocif dans certaines conditions. Le risque dépend de la probabilité que cet effet se produise compte tenu de l’exposition réelle.

Une matière active peut présenter un danger important, mais le niveau de risque varie selon :

  • la concentration du produit ;
  • la quantité manipulée ;
  • la formulation liquide, poudreuse ou granulaire ;
  • la durée de la tâche ;
  • la fréquence des traitements ;
  • la voie de pénétration dans l’organisme ;
  • l’état du matériel ;
  • les équipements de protection ;
  • les conditions météorologiques ;
  • le respect du délai de rentrée.

Cette distinction permet d’éviter deux erreurs fréquentes.

La première consiste à penser qu’un produit autorisé ne peut présenter aucun danger. Une autorisation définit des usages, des doses et des conditions qui doivent être respectés ; elle ne transforme pas le produit en substance ordinaire.

La seconde consiste à penser que la simple détection d’une substance ou la proximité d’un traitement prouve automatiquement l’existence d’une maladie. Une présence, une exposition et un effet sanitaire sont trois éléments différents qui doivent être évalués avec des méthodes adaptées.

Pourquoi le risque pesticide finit-il parfois par être banalisé ?

L’absence d’accident visible

Un applicateur peut avoir utilisé un produit pendant plusieurs campagnes sans ressentir de malaise immédiat. Cette expérience peut renforcer l’idée que les protections sont inutiles ou exagérées.

Pourtant, l’absence de symptômes immédiats ne permet pas de conclure à l’absence de contact. Certaines expositions ne produisent aucun signe perceptible au moment où elles surviennent.

La familiarité avec le produit

Un bidon régulièrement utilisé devient un objet familier de l’exploitation. Sa présence dans le local, le véhicule ou près du pulvérisateur peut progressivement diminuer la vigilance.

La familiarité ne modifie cependant ni la matière active ni les propriétés de la formulation. Elle modifie seulement la réaction psychologique de l’utilisateur.

La normalisation des pratiques du groupe

Lorsque plusieurs personnes travaillent sans lunettes, retirent leurs gants pendant le dosage ou entrent rapidement dans une parcelle traitée, ces comportements peuvent devenir la norme locale.

Le nouveau travailleur apprend alors moins à partir de l’étiquette qu’en reproduisant les gestes de ses collègues.

La confiance excessive dans l’expérience

L’expérience agronomique est précieuse. Elle permet d’identifier des risques, de reconnaître les cultures et d’anticiper certaines difficultés.

Elle ne protège toutefois pas automatiquement contre une projection, une fuite, une erreur de concentration ou une contamination des vêtements. Un professionnel expérimenté reste exposé lorsque les conditions de manipulation sont insuffisamment maîtrisées.

La confusion entre odeur et danger

Un produit peu odorant peut être considéré comme moins préoccupant, tandis qu’une odeur forte est parfois assimilée à une toxicité élevée.

L’odeur ne constitue pas un indicateur fiable du niveau de danger ou de la dose absorbée. Certaines substances peuvent être présentes sans odeur perceptible, tandis que l’odeur d’une formulation ne permet pas d’évaluer correctement le risque sanitaire.

Le besoin de terminer rapidement le chantier

Sous la pression de la météo, de la main-d’œuvre ou du calendrier, une étape de protection peut être perçue comme une perte de temps.

Cette logique apparaît notamment lorsque :

  • le vent commence à se lever ;
  • la pluie est annoncée ;
  • la récolte approche ;
  • plusieurs parcelles doivent être traitées ;
  • le matériel est disponible pour une durée limitée ;
  • le responsable craint une progression rapide de la maladie.

La fatigue décisionnelle de l’agriculteur peut alors favoriser le raccourcissement des vérifications et le retour à des habitudes moins sûres.

Quels signes montrent une banalisation excessive ?

La perception du risque est probablement trop faible lorsque les comportements suivants deviennent habituels :

  • ouvrir le bidon sans avoir lu l’étiquette ;
  • préparer la bouillie sans gants adaptés ;
  • utiliser un récipient alimentaire pour mesurer le produit ;
  • déboucher une buse avec la bouche ;
  • manger, boire ou fumer pendant la manipulation ;
  • continuer à travailler avec des vêtements imprégnés ;
  • laisser les produits à proximité des aliments ou des animaux ;
  • transvaser un pesticide dans une bouteille non étiquetée ;
  • entrer dans une parcelle sans vérifier le délai de rentrée ;
  • considérer un malaise répété comme une conséquence normale du travail ;
  • rapporter les vêtements contaminés dans l’espace familial ;
  • penser qu’un masque quelconque protège contre toutes les expositions.

Ces pratiques ne doivent pas être corrigées uniquement par des reproches. Il faut comprendre pourquoi elles persistent : manque de matériel, chaleur, consignes incomprises, absence d’eau, contraintes économiques ou organisation défaillante.

Pourquoi les pesticides peuvent-ils aussi provoquer une forte anxiété ?

L’autre extrême apparaît lorsque toute information relative aux pesticides est interprétée comme la preuve d’un danger immédiat et certain.

Cette inquiétude peut être renforcée par :

  • une intoxication ancienne ;
  • le malaise d’un collègue ou d’un proche ;
  • des informations contradictoires ;
  • des publications alarmantes dépourvues de contexte ;
  • la difficulté à identifier les produits utilisés ;
  • l’absence de registre des traitements ;
  • la peur des maladies chroniques ;
  • l’impossibilité d’obtenir une réponse médicale précise ;
  • la présence d’enfants ou de femmes enceintes à proximité ;
  • un manque de confiance envers les institutions ou les fournisseurs.

Cette réaction ne doit pas être ridiculisée. Elle traduit souvent un besoin légitime d’information, de contrôle et de protection.

Elle devient problématique lorsqu’elle empêche de distinguer une exposition réelle d’une simple possibilité, ou lorsqu’elle conduit à attribuer automatiquement chaque fatigue, douleur ou oubli à un pesticide.

Quels signes indiquent que l’anxiété déforme l’évaluation ?

La perception du risque peut être excessivement élevée lorsque la personne :

  • considère toute odeur agricole comme la preuve d’une intoxication ;
  • interprète immédiatement un symptôme courant comme une maladie grave ;
  • cherche continuellement des informations sans parvenir à se rassurer ;
  • ne distingue plus les effets aigus des risques liés aux expositions répétées ;
  • confond danger théorique et exposition effectivement documentée ;
  • rejette toute information qui ne confirme pas la menace redoutée ;
  • évite durablement une parcelle malgré le respect du délai de rentrée ;
  • demande des analyses répétées sans indication médicale ;
  • attribue plusieurs années d’exposition à partir d’un résultat biologique isolé ;
  • se sent incapable de prendre une décision phytosanitaire, même accompagnée.

Ces comportements ne permettent pas de diagnostiquer un trouble anxieux. Ils signalent simplement que l’inquiétude prend une place importante dans l’interprétation du risque.

Lorsqu’elle perturbe durablement le sommeil, le travail, les relations ou les activités quotidiennes, une consultation médicale peut être utile afin d’évaluer à la fois les expositions possibles et l’état général de la personne.

Pourquoi les mêmes informations peuvent-elles rassurer ou inquiéter ?

Une information scientifique n’est jamais reçue dans un vide émotionnel. Son effet dépend du contexte dans lequel elle est présentée.

Dire qu’une étude a observé une association entre une famille de pesticides et une maladie peut être interprété de plusieurs manières :

  • comme une invitation à améliorer la prévention ;
  • comme la preuve que toute personne exposée tombera malade ;
  • comme une attaque contre le métier agricole ;
  • comme une information trop incertaine pour être utile ;
  • comme une confirmation d’une inquiétude ancienne.

Une communication équilibrée doit donc préciser :

  • la population étudiée ;
  • le type d’exposition concerné ;
  • les substances ou familles examinées ;
  • la durée d’exposition ;
  • le niveau de preuve disponible ;
  • les limites de l’étude ;
  • les mesures de prévention qui peuvent être appliquées immédiatement.

L’objectif n’est pas de rassurer à tout prix ni de provoquer la peur. Il est de rendre la personne capable d’agir sur les facteurs qu’elle peut réellement maîtriser.

Que montrent les études réalisées auprès des agriculteurs marocains ?

Plusieurs travaux menés au Maroc ont observé des écarts entre les connaissances déclarées, la perception des dangers et les pratiques effectivement appliquées.

Ces études ne représentent pas automatiquement tous les producteurs du pays. Elles montrent néanmoins que les difficultés de prévention peuvent concerner :

  • l’identification exacte des produits utilisés ;
  • la compréhension des indications figurant sur les étiquettes ;
  • le port régulier des équipements de protection ;
  • la gestion des emballages vides ;
  • le stockage des produits ;
  • le respect des délais et des doses ;
  • la formation pratique des utilisateurs ;
  • la reconnaissance des symptômes pouvant suivre une exposition.

Une étude publiée en 2026 auprès de travailleurs agricoles de plusieurs zones de production marocaines souligne à nouveau l’importance d’une formation accessible, de protections disponibles et d’un accompagnement tenant compte des conditions réelles du travail.

Ces résultats ne doivent pas servir à accuser les agriculteurs. Le comportement individuel dépend aussi de l’organisation de l’exploitation, du coût du matériel, de la chaleur, du niveau d’alphabétisation, de la qualité du conseil et du contrôle du marché des produits.

Une personne inquiète se protège-elle forcément mieux ?

Pas toujours. Une perception élevée du risque peut encourager le port des protections et la recherche d’informations. Mais une inquiétude trop forte peut également produire des comportements moins efficaces.

La personne peut par exemple :

  • multiplier des protections inadaptées sans vérifier leur compatibilité avec le produit ;
  • porter un masque non conçu pour la tâche ;
  • superposer des vêtements au point d’augmenter fortement le stress thermique ;
  • se concentrer uniquement sur l’inhalation en oubliant la contamination cutanée ;
  • acheter un produit présenté comme « naturel » sans examiner ses conditions d’utilisation ;
  • abandonner brutalement une stratégie sans solution agronomique de remplacement ;
  • ne plus signaler ses inquiétudes par peur d’être jugée excessive.

La prévention efficace ne dépend donc pas seulement de l’intensité de la peur. Elle dépend de la correspondance entre la protection, le produit, la tâche et les conditions d’exposition.

Une personne peu inquiète se protège-elle forcément mal ?

Non. Un applicateur peut rester calme tout en appliquant rigoureusement les procédures de sécurité.

La sérénité devient protectrice lorsqu’elle repose sur :

  • une bonne connaissance du produit ;
  • un matériel entretenu ;
  • des calculs écrits et vérifiés ;
  • des équipements adaptés ;
  • un espace de préparation organisé ;
  • une possibilité d’interrompre le chantier ;
  • un registre précis ;
  • une formation régulièrement actualisée.

L’objectif n’est donc pas de rendre les travailleurs anxieux, mais de développer une vigilance stable qui ne dépend pas de l’humeur ou de la présence immédiate d’un danger visible.

Les 8 repères pour évaluer le risque sans le banaliser ni l’amplifier

1. Identifier précisément le produit

Il faut conserver le nom commercial, la matière active, la concentration et la formulation.

Dire seulement « insecticide », « poudre blanche » ou « produit pour le mildiou » ne permet pas d’évaluer correctement une exposition ou de transmettre des informations utiles à un professionnel de santé.

2. Décrire la tâche réalisée

Les conditions d’exposition diffèrent selon que la personne :

  • transporte un emballage fermé ;
  • ouvre un produit concentré ;
  • mesure la dose ;
  • prépare la bouillie ;
  • applique le traitement ;
  • répare le pulvérisateur ;
  • nettoie la cuve ;
  • travaille dans une parcelle récemment traitée.

La préparation et le nettoyage peuvent parfois générer des contacts importants, même lorsque la pulvérisation elle-même paraît bien maîtrisée.

3. Rechercher la voie d’exposition

L’exposition professionnelle peut se produire par :

  • la peau ;
  • les yeux ;
  • l’inhalation ;
  • la bouche après contact des mains avec le visage, les aliments ou une cigarette.

La protection respiratoire ne remplace donc pas les gants, les lunettes, les vêtements adaptés et l’hygiène des mains.

4. Évaluer la quantité et la durée

Une éclaboussure de produit concentré, une fuite prolongée et un contact bref avec une surface sèche ne correspondent pas à la même situation.

Il faut noter autant que possible :

  • la quantité manipulée ;
  • la concentration ;
  • la durée du contact ;
  • la surface de peau concernée ;
  • le délai avant le lavage ;
  • le nombre de situations similaires.

5. Examiner les protections réellement utilisées

Il ne suffit pas de noter que des équipements étaient disponibles. Il faut vérifier :

  • s’ils étaient portés pendant toute la tâche ;
  • s’ils étaient adaptés au produit ;
  • s’ils étaient en bon état ;
  • s’ils ont été retirés correctement ;
  • s’ils ont été nettoyés ou remplacés ;
  • si les vêtements personnels ont été contaminés.

6. Distinguer les faits des suppositions

« Le tuyau s’est détaché et le produit a mouillé ma manche » constitue un fait.

« Ce produit a forcément pénétré jusqu’à mon cerveau » constitue une interprétation qui nécessite une évaluation médicale et toxicologique.

Cette distinction ne minimise pas l’incident. Elle permet de transmettre des informations exploitables sans ajouter des conclusions non vérifiées.

7. Vérifier les symptômes et leur chronologie

Il faut noter :

  • l’heure de début des signes ;
  • leur évolution ;
  • les tâches réalisées auparavant ;
  • la chaleur et l’hydratation ;
  • les médicaments ou maladies connus ;
  • les symptômes observés chez d’autres travailleurs.

Des maux de tête, des vertiges ou des difficultés de concentration peuvent avoir plusieurs causes. Leur apparition pendant une manipulation impose néanmoins d’interrompre le travail et d’examiner la possibilité d’une exposition.

8. Choisir une action proportionnée

L’action doit correspondre à la situation :

  • corriger une mauvaise pratique ;
  • remplacer un équipement défectueux ;
  • améliorer la ventilation ;
  • interrompre temporairement le chantier ;
  • demander un avis technique ;
  • consulter un professionnel de santé ;
  • déclencher une prise en charge urgente en présence de signes graves.

Une réaction proportionnée évite à la fois l’inaction dangereuse et l’escalade anxieuse dépourvue d’informations précises.

Comment parler du risque pesticide sans provoquer le déni ?

Un message uniquement fondé sur la peur peut entraîner un rejet, surtout lorsque le travailleur pense que les alternatives proposées ne protègent pas suffisamment sa récolte.

La communication devient plus efficace lorsqu’elle :

  • commence par écouter les pratiques réelles ;
  • reconnaît les contraintes économiques et climatiques ;
  • utilise des exemples liés aux tâches quotidiennes ;
  • évite les formulations culpabilisantes ;
  • présente une action immédiatement réalisable ;
  • explique les limites de chaque protection ;
  • permet au travailleur de poser des questions ;
  • utilise la langue qu’il maîtrise ;
  • s’appuie sur des démonstrations pratiques ;
  • vérifie ce qui a réellement été compris.

Dire « ce produit est dangereux » reste trop général. Un message plus utile précise par exemple que la manipulation du concentré nécessite des gants adaptés, une protection des yeux, un récipient de dosage réservé à cet usage et un point d’eau accessible.

Comment parler du risque sans augmenter inutilement l’anxiété ?

Une communication équilibrée distingue ce qui est connu, ce qui est probable et ce qui reste incertain.

Elle doit notamment éviter :

  • d’attribuer automatiquement une maladie à une exposition ;
  • d’utiliser une étude isolée comme preuve définitive ;
  • de confondre les familles de pesticides ;
  • de présenter tous les produits comme identiques ;
  • de diffuser des images dramatiques sans explication ;
  • de citer un risque sans présenter les mesures de prévention ;
  • de donner une garantie absolue d’innocuité.

Le message peut reconnaître l’incertitude tout en restant utile :

« Nous ne pouvons pas déterminer à distance la dose absorbée. En revanche, nous savons quel produit a été utilisé, comment le contact s’est produit et quelles mesures doivent être prises immédiatement. »

Cette formulation ne nie pas le danger, mais elle ramène l’attention vers les faits et les actions disponibles.

Comment réagir après un incident sans banalisation ni panique ?

Lorsqu’une projection, une fuite, une inhalation importante ou un malaise survient, la priorité est de suivre une procédure préparée à l’avance.

Il faut notamment :

  1. arrêter la tâche ;
  2. éloigner la personne de la source sans exposer le sauveteur ;
  3. identifier le produit ;
  4. retirer avec précaution les vêtements contaminés ;
  5. appliquer les consignes de décontamination adaptées ;
  6. conserver l’étiquette ou une photographie lisible ;
  7. demander un avis médical selon les circonstances ;
  8. ne pas faire vomir la personne sans indication professionnelle ;
  9. enregistrer l’incident ;
  10. corriger son origine avant le prochain chantier.

Le guide sur l’exposition accidentelle à un pesticide présente les premiers gestes selon la voie de contamination.

Une confusion importante, une détresse respiratoire, des convulsions, une perte de connaissance ou une dégradation rapide de l’état général impose une prise en charge urgente.

Pourquoi le registre réduit-il à la fois le risque et l’anxiété ?

En l’absence de données écrites, le travailleur peut sous-estimer le nombre réel d’expositions ou, au contraire, imaginer qu’il a été exposé à de nombreux produits impossibles à identifier.

Un registre correctement tenu permet de conserver :

  • la date et la parcelle ;
  • le nom commercial ;
  • la matière active ;
  • la dose et le volume préparé ;
  • les personnes présentes ;
  • les protections utilisées ;
  • la météo ;
  • les incidents ;
  • les symptômes éventuels ;
  • les opérations de nettoyage ;
  • le délai de rentrée ;
  • le délai avant récolte.

Ces informations facilitent la prévention, l’évaluation médicale et l’analyse des pratiques de l’exploitation.

Le registre protège également la qualité de la décision lorsque la mémoire ou l’attention sont sollicitées. L’article sur les pesticides et les fonctions cognitives explique pourquoi une difficulté cognitive ne peut pas être attribuée à un produit sans reconstituer précisément les expositions.

Quel rôle pour le technicien ou l’ingénieur agronome ?

Le conseiller ne doit ni minimiser l’inquiétude ni confirmer une maladie qu’il n’est pas habilité à diagnostiquer.

Son rôle consiste notamment à :

  • identifier les produits et les usages ;
  • expliquer le diagnostic agronomique ;
  • réduire les traitements injustifiés ;
  • examiner les conditions d’exposition ;
  • corriger l’organisation du chantier ;
  • orienter vers un professionnel de santé lorsque cela est nécessaire ;
  • faciliter le dialogue entre le responsable et les travailleurs ;
  • introduire des procédures compréhensibles et vérifiables.

Il peut également aider l’exploitation à changer de pratiques agricoles sans ignorer les contraintes de rendement, de main-d’œuvre et de trésorerie.

Comment construire une culture équilibrée du risque dans l’exploitation ?

Une culture de prévention solide ne dépend pas d’un discours prononcé une seule fois. Elle repose sur des règles appliquées quotidiennement.

L’exploitation peut notamment :

  • organiser une courte réunion avant les périodes de traitement ;
  • afficher des pictogrammes compréhensibles ;
  • vérifier régulièrement les équipements ;
  • prévoir un espace propre pour s’habiller et se déshabiller ;
  • mettre de l’eau à disposition ;
  • interdire les contenants alimentaires pour les pesticides ;
  • autoriser chaque travailleur à signaler un doute ;
  • analyser les incidents sans rechercher immédiatement un coupable ;
  • former les nouveaux ouvriers avant leur première participation ;
  • réviser les procédures après chaque difficulté.

Cette organisation permet de remplacer la peur individuelle par une vigilance collective.

Questions fréquentes

Utiliser un pesticide depuis longtemps prouve-t-il qu’il est sans risque ?

Non. L’ancienneté d’utilisation ne permet pas de mesurer la dose reçue ni d’exclure une exposition. Elle peut toutefois fournir des informations utiles lorsque les pratiques, les produits et les incidents ont été enregistrés.

Un produit sans odeur est-il moins dangereux ?

Pas nécessairement. L’odeur ne permet pas d’évaluer de manière fiable la toxicité, la concentration dans l’air ou l’exposition cutanée.

Une forte odeur prouve-t-elle une intoxication ?

Non. Elle signale la présence de substances volatiles ou odorantes, mais ne permet pas à elle seule d’établir la dose absorbée ou un diagnostic médical.

Un produit autorisé est-il totalement inoffensif ?

Non. Son autorisation est liée à des usages et à des conditions précises. Les doses, protections, délais et restrictions figurant sur l’étiquette doivent être respectés.

Une personne très inquiète exagère-t-elle nécessairement ?

Non. Son inquiétude peut être liée à un incident réel ou à un manque d’information. Il faut d’abord écouter, identifier le produit et reconstituer les circonstances avant d’interpréter la situation.

Un applicateur calme sous-estime-t-il forcément le risque ?

Non. Une personne peut rester sereine tout en appliquant rigoureusement les procédures de prévention.

Peut-on déterminer une intoxication à partir d’un symptôme isolé ?

Non. De nombreux symptômes sont non spécifiques. L’évaluation doit tenir compte du produit, de la voie d’exposition, de la chronologie, des autres causes possibles et de l’examen médical.

Comment savoir si la peur de perdre la récolte modifie la perception ?

Elle intervient probablement lorsque le danger phytosanitaire est surestimé tandis que les risques liés à la manipulation du produit sont minimisés. L’article consacré à la peur de perdre la récolte détaille ce mécanisme.

Faut-il supprimer toute utilisation de pesticides pour réduire l’anxiété ?

Une décision agronomique ne doit pas être prise uniquement pour calmer une émotion. La priorité consiste à confirmer le besoin, comparer les solutions et choisir l’option efficace présentant le niveau d’exposition le plus faible possible.

Sources scientifiques et institutionnelles

Retrouvez les guides techniques dans la page consacrée aux traitements phytosanitaires au Maroc et les contenus sur les émotions, l’attention et la prise de décision dans la page Ingénierie de l’Esprit & Neurocognition.

Principe essentiel : une perception équilibrée du risque ne supprime ni le danger ni l’incertitude. Elle permet de remplacer la banalisation et l’anxiété par des faits précis, des protections adaptées et une décision proportionnée à l’exposition réelle.

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