Fèverole maraîchère : culture, engrais vert et fertilité du sol

La fèverole maraîchère peut remplir deux fonctions très différentes : produire une graine valorisable ou être cultivée comme couvert végétal puis restituée au sol avant une culture maraîchère. C’est précisément cette seconde fonction qui lui donne un intérêt particulier dans une rotation intensive. Grâce à sa symbiose avec des bactéries fixatrices d’azote, à sa biomasse et à son système racinaire développé, elle peut contribuer à la fertilité du sol sans pour autant remplacer automatiquement une fertilisation raisonnée.

Fèverole maraîchère en engrais vert avec couvert végétal, broyage et préparation d’une rotation maraîchère
Couvert de fèverole avant destruction : contrôle du stade de floraison, broyage de la biomasse et préparation de la culture maraîchère suivante.

La décision essentielle consiste à choisir dès le départ l’objectif : produire du grain, produire un engrais vert ou rechercher un compromis entre revenu et restitution de biomasse. Ces trois stratégies ne se conduisent pas de la même manière. La fèverole complète ainsi les Fabacées de notre guide des cultures maraîchères.

La synthèse de Virginia Tech consacrée à la fève et à la fèverole comme culture multifonctionnelle confirme son intérêt comme culture alimentaire, fourragère, de couverture et de rotation. Le guide USDA-NRCS sur Vicia faba documente également sa production importante de biomasse, sa fixation biologique d’azote et son intérêt comme couvert végétal.

Qu’est-ce que la fèverole ?

La fèverole appartient à la même espèce que la fève : Vicia faba.

Dans la terminologie agronomique traditionnelle, les types à petites graines sont généralement désignés comme fèveroles, alors que les types à grosses graines correspondent davantage à la fève maraîchère destinée au marché frais.

Une publication technique de l’INRA et de l’IAV Hassan II décrit ainsi la fèverole comme un type à petites graines de Vicia faba.

Dans un système maraîcher, elle peut être utilisée pour :

  • produire des graines sèches ;
  • produire de la biomasse ;
  • couvrir le sol en saison fraîche ;
  • fixer biologiquement de l’azote ;
  • alimenter une rotation avant une culture exigeante ;
  • participer à un mélange de couverts végétaux.

Quelle différence entre la fève primeur et la fèverole maraîchère ?

CritèreFève primeurFèverole maraîchère
Type principalGrosses grainesPetites graines
Produit recherchéGousse ou graine verteGrain sec ou biomasse
RécolteAvant maturité complèteMaturité du grain ou destruction en vert
Objectif dominantVente comme légume fraisGrain, couvert ou engrais vert
Intérêt pour la rotationImportantCentral dans cet article

Cette distinction évite de répéter l’article consacré à la fève primeur.

Couvert végétal et engrais vert : est-ce la même chose ?

Les deux notions sont proches mais pas exactement identiques.

Un couvert végétal est cultivé notamment pour :

  • protéger le sol ;
  • produire de la biomasse ;
  • réduire l’érosion ;
  • concurrencer certaines adventices ;
  • maintenir des racines vivantes.

On parle davantage d’engrais vert lorsque cette biomasse est détruite puis laissée en surface ou incorporée afin que ses éléments nutritifs soient progressivement recyclés.

La même parcelle de fèverole peut donc être successivement :

un couvert pendant sa croissance → puis un engrais vert après sa destruction.

Pourquoi la fèverole est-elle intéressante avant une culture maraîchère ?

Les avantages potentiels sont multiples :

  • fixation biologique d’azote ;
  • production de biomasse riche en azote ;
  • protection du sol contre pluie et érosion ;
  • maintien d’un système racinaire actif ;
  • apport de résidus organiques ;
  • diversification de la rotation ;
  • concurrence vis-à-vis de certaines adventices ;
  • ressource pour pollinisateurs pendant la floraison.

Le USDA-NRCS souligne également que le système racinaire pivotant de Vicia faba peut contribuer à la structure du sol et que sa croissance dressée permet d’obtenir une biomasse importante.

La fèverole peut-elle réellement améliorer la structure du sol ?

Oui, mais il faut éviter une formulation excessive.

Une fèverole ne « décompacte » pas mécaniquement n’importe quel sol comme pourrait le faire un sous-solage.

Son système racinaire peut cependant :

  • explorer le profil ;
  • créer des biopores ;
  • maintenir une activité biologique autour des racines ;
  • contribuer à l’infiltration de l’eau ;
  • protéger la surface contre la battance.

Après décomposition des racines, les canaux racinaires peuvent être utilisés par :

  • les racines de la culture suivante ;
  • les vers de terre ;
  • l’eau et l’air du sol.

Engrais vert signifie-t-il augmentation automatique de l’humus ?

Non.

La biomasse fraîche apporte du carbone organique au sol, mais une part importante est rapidement utilisée puis respirée par les microorganismes.

Un seul engrais vert ne transforme donc pas automatiquement un sol pauvre en sol riche en humus stable.

Pour construire durablement la matière organique, il faut généralement associer :

  • couverts répétés ;
  • restitution des résidus ;
  • réduction des périodes de sol nu ;
  • apports organiques lorsque nécessaires ;
  • rotation diversifiée ;
  • gestion adaptée du travail du sol.

Pourquoi associer parfois la fèverole à une céréale ?

Une fèverole seule apporte une biomasse relativement riche en azote.

Une céréale comme l’avoine, l’orge ou le seigle apporte davantage de biomasse carbonée et possède souvent une bonne capacité à récupérer l’azote minéral restant dans le sol.

Un mélange peut donc apporter :

  • azote fixé par la légumineuse ;
  • carbone produit par la céréale ;
  • meilleure couverture du sol ;
  • architecture végétale diversifiée ;
  • concurrence plus régulière contre les adventices.

Le guide USDA-NRCS mentionne d’ailleurs l’intérêt de la fèverole dans des mélanges avec pois et vesces, ses tiges dressées pouvant servir de support aux espèces plus rampantes.

Comment la fèverole fixe-t-elle l’azote ?

La plante ne prélève pas directement l’azote de l’air par ses feuilles.

Le mécanisme se déroule principalement dans les nodosités racinaires.

Des bactéries symbiotiques compatibles colonisent les racines. La plante leur fournit de l’énergie issue de la photosynthèse ; en échange, elles transforment l’azote atmosphérique en formes utilisables par le système plante-bactérie.

Cette fixation permet à la fèverole de produire une biomasse riche en azote avec des besoins généralement faibles en engrais azoté lorsque la symbiose fonctionne correctement.

Faut-il inoculer les semences ?

Cela dépend de l’historique du sol.

Une inoculation avec un Rhizobium compatible peut être pertinente lorsque :

  • la fève ou la fèverole n’a jamais été cultivée sur la parcelle ;
  • aucune légumineuse compatible n’y a été cultivée depuis longtemps ;
  • les cultures précédentes présentaient peu de nodules ;
  • la souche bactérienne efficace risque d’être absente.

En revanche, appliquer un inoculant sans diagnostic n’est pas une garantie de gain de rendement.

Quels facteurs peuvent empêcher une bonne fixation d’azote ?

La fixation biologique peut être réduite par :

  • engorgement du sol ;
  • sécheresse importante ;
  • pH défavorable ;
  • mauvaise souche de Rhizobium ;
  • carence importante en phosphore ou autres éléments nécessaires ;
  • faible développement racinaire ;
  • excès d’azote minéral disponible.

Un couvert vert n’est donc pas la preuve que la fixation biologique fonctionne à son maximum.

La fèverole apporte-t-elle réellement 150 ou 200 kg d’azote par hectare ?

Il ne faut surtout pas utiliser une valeur fixe.

Les chiffres publiés varient énormément selon :

  • variété ;
  • biomasse ;
  • date de destruction ;
  • climat ;
  • humidité ;
  • nodulation ;
  • fertilité initiale.

Le guide USDA-NRCS compile, pour différents systèmes de fève/fèverole de couverture, des niveaux de fixation pouvant atteindre approximativement 100 à plus de 200 kg N/ha dans certaines conditions favorables.

Mais cela ne signifie absolument pas que 100 à 200 kg N/ha deviennent immédiatement disponibles pour la tomate ou le melon suivant.

Fixation d’azote et azote disponible : pourquoi ce n’est pas la même chose ?

Il faut distinguer au moins quatre valeurs :

  1. azote fixé depuis l’atmosphère ;
  2. azote total contenu dans la plante ;
  3. azote restant sur la parcelle après récolte ou destruction ;
  4. azote réellement minéralisé au moment où la culture suivante peut l’absorber.

Une partie de l’azote reste temporairement immobilisée dans la biomasse.

Une autre partie peut être :

  • exportée avec les graines ;
  • minéralisée trop tôt ;
  • lessivée ;
  • utilisée par les microorganismes.

Le guide d’Oregon State University sur l’azote disponible après les couverts insiste précisément sur cette distinction entre azote accumulé dans le couvert et azote effectivement utilisable par la culture suivante.

Pourquoi la date de destruction change-t-elle tout ?

Plus la fèverole reste longtemps en place :

  • plus elle produit généralement de biomasse ;
  • plus elle peut fixer d’azote ;
  • plus elle utilise d’eau ;
  • plus elle retarde l’installation du légume suivant ;
  • plus elle se rapproche de la production de graines.

Il existe donc un compromis entre :

biomasse maximale et date disponible pour la culture maraîchère suivante.

Que montre un essai réel sur la date de destruction ?

Un essai conduit dans le cadre d’un projet SARE-USDA en Californie a comparé une fèverole de couverture de type « Bell Bean » à quatre stades :

Stade de destructionBiomasse sèche Bell BeanAzote fixé mesuré
Ramification274 kg/ha4 kg N/ha
Floraison1 007 kg/ha14 kg N/ha
Premières gousses1 725 kg/ha21 kg N/ha
Gousses pleines4 713 kg/ha52 kg N/ha

Ces valeurs appartiennent à un essai, un lieu et une campagne. Elles ne constituent pas des références universelles.

Le résultat le plus intéressant est que, dans cette expérimentation, la réponse de la culture suivante a été particulièrement intéressante lorsque la fèverole avait été détruite au stade premières gousses.

Le rapport complet du projet SARE consacré à la fève comme culture de rente et couvert végétal illustre ainsi pourquoi « laisser pousser le plus longtemps possible » n’est pas nécessairement la meilleure stratégie agronomique.

Floraison ou premières gousses : quel stade choisir ?

Dans une exploitation maraîchère, une destruction autour de la floraison ou du début de formation des gousses peut constituer un compromis intéressant lorsque l’objectif principal est l’engrais vert.

À ce stade :

  • la biomasse est déjà significative ;
  • la fixation biologique est active ;
  • les tissus restent relativement faciles à décomposer ;
  • une grande quantité d’azote n’a pas encore été exportée vers des graines mûres ;
  • la culture suivante peut encore être implantée suffisamment tôt.

Le stade exact doit cependant être choisi à partir du calendrier réel de la culture suivante.

Faut-il attendre les graines si l’objectif est la fertilité ?

Pas forcément.

À partir du développement des graines, une partie croissante de l’azote de la plante est transférée vers celles-ci.

Si les graines sont ensuite récoltées et sorties de la parcelle, cet azote quitte également le système.

La stratégie :

« je récolte toute la graine et je bénéficie quand même de tout l’azote fixé »

est donc incorrecte.

Trois stratégies possibles avec la fèverole

StratégieRevenu directBiomasse restituéePriorité
Engrais vert purPas de récolteÉlevéeFertilité et rotation
Production de grainOuiRésidus seulementProduit commercial
Double objectifPartielIntermédiaireCompromis revenu/sol

La double valorisation est-elle réellement possible ?

Oui, mais il faut accepter qu’elle soit un compromis.

Une partie du produit peut être valorisée tandis que les tiges, feuilles et racines restent sur la parcelle.

Des recherches de Virginia Tech et du programme SARE étudient précisément ce modèle de fève comme culture de rente et couvert végétal.

Mais si l’objectif prioritaire est de maximiser la restitution d’azote et de biomasse avant une culture exigeante, une récolte complète des graines n’est généralement pas la stratégie la plus cohérente.

Comment détruire un engrais vert de fèverole ?

Plusieurs systèmes sont possibles :

  • broyage avec broyeur à fléaux ;
  • fauchage ;
  • roulage lorsque le stade et le matériel le permettent ;
  • broyage puis maintien des résidus en surface ;
  • broyage puis incorporation superficielle lorsque le système cultural le justifie.

La décision dépend notamment :

  • de la culture suivante ;
  • du matériel disponible ;
  • du type de sol ;
  • de l’humidité ;
  • de la quantité de biomasse.

Faut-il enfouir profondément toute la biomasse ?

Pas nécessairement.

Une décomposition biologique nécessite de l’oxygène.

Une masse importante de végétation fraîche enfouie profondément dans un sol humide peut créer des conditions défavorables.

Selon le système, on peut préférer :

  • résidus broyés laissés en mulch ;
  • incorporation superficielle ;
  • combinaison des deux.

La culture suivante doit être implantée lorsque le lit de plantation est redevenu suffisamment favorable.

Pourquoi ne pas laisser produire des graines si l’objectif est seulement l’engrais vert ?

Des graines mûres peuvent générer des repousses dans la culture suivante.

Pour un couvert qui ne doit pas devenir une adventice, il est préférable d’intervenir avant la production massive de semences viables.

La fèverole contrôle-t-elle les mauvaises herbes ?

Une population dense peut réduire la lumière disponible pour certaines adventices.

Le USDA-NRCS cite effectivement la suppression partielle des mauvaises herbes parmi les services possibles de la fève comme couvert.

Mais elle ne constitue pas un herbicide.

L’efficacité dépend :

  • de la rapidité de levée ;
  • de la densité ;
  • de la biomasse ;
  • du type d’adventices ;
  • de la date de semis.

Lorsque la priorité est une couverture très rapide du sol, un mélange fèverole + céréale peut parfois être plus performant qu’une fèverole seule.

Quel climat convient à la fèverole ?

La fèverole est une légumineuse de saison fraîche.

Elle peut être utilisée comme culture d’automne-hiver dans des climats permettant son développement avant les fortes chaleurs.

ICARDA la classe parmi les grandes légumineuses de saison fraîche et travaille notamment sur :

  • tolérance à la chaleur ;
  • résistance aux maladies ;
  • résistance à l’orobanche ;
  • adaptation aux contraintes hydriques.

Le programme ICARDA consacré à la fève et à la fèverole montre précisément que sécheresse et chaleur restent des contraintes à améliorer génétiquement.

Il serait donc incorrect de présenter la fèverole comme totalement insensible au déficit hydrique.

Peut-elle pousser avec peu d’irrigation ?

Dans les régions bénéficiant de pluies hivernales suffisantes, elle peut être produite avec peu ou pas d’irrigation complémentaire.

Mais le déficit hydrique réduit potentiellement :

  • croissance ;
  • surface foliaire ;
  • biomasse ;
  • fixation biologique ;
  • rendement en grain.

Pour un engrais vert, il faut donc raisonner l’eau en fonction d’un objectif inhabituel :

produire suffisamment de biomasse sans consommer inutilement l’eau nécessaire à la culture maraîchère suivante.

Pourquoi arrêter le couvert suffisamment tôt en zone sèche ?

Un couvert vivant continue à transpirer.

Le laisser en place trop longtemps à l’approche d’une période sèche peut :

  • épuiser une partie de la réserve hydrique ;
  • retarder la culture suivante ;
  • annuler une partie du bénéfice recherché.

La date de destruction est donc aussi une décision de gestion de l’eau.

Fertilisation : faut-il apporter de l’azote à la fèverole ?

Une culture correctement nodulée ne doit pas recevoir automatiquement une forte fertilisation azotée.

Un niveau élevé d’azote minéral peut même réduire l’investissement biologique de la plante dans la fixation symbiotique.

Il est préférable de contrôler :

  • nodulation ;
  • état du couvert ;
  • analyse du sol ;
  • historique de la parcelle.

Quels éléments restent nécessaires ?

Une légumineuse ne fabrique ni phosphore ni potassium.

Le phosphore est particulièrement important pour :

  • développement racinaire ;
  • métabolisme énergétique ;
  • fonctionnement de la symbiose.

Le potassium contribue notamment à la régulation hydrique et au fonctionnement de la plante.

Les éventuelles corrections doivent être fondées sur une analyse de sol.

Orobanche : pourquoi constitue-t-elle un risque majeur ?

Orobanche crenata est une plante parasite dépourvue de chlorophylle qui se connecte au système racinaire de la fèverole.

Elle détourne :

  • eau ;
  • assimilats ;
  • éléments nutritifs.

Les pertes peuvent être très importantes dans une parcelle fortement infestée.

Des travaux INRA Maroc–ICARDA consacrés à Orobanche crenata confirment de fortes infestations dans des champs marocains et montrent des différences importantes de résistance entre génotypes.

Les chercheurs ont identifié plusieurs sources intéressantes de résistance, mais aucune résistance complète dans l’essai étudié.

Comment réduire le risque d’orobanche ?

La stratégie doit être intégrée :

  • connaître l’historique de la parcelle ;
  • éviter les retours trop rapprochés d’espèces hôtes ;
  • utiliser des variétés résistantes ou tolérantes lorsque disponibles ;
  • éviter de déplacer de la terre contaminée ;
  • nettoyer le matériel après une parcelle infestée ;
  • empêcher autant que possible la production de nouvelles graines du parasite.

Dans un système d’engrais vert destiné à améliorer le sol, introduire volontairement la fèverole sur une parcelle fortement infestée d’orobanche peut être contre-productif.

Quels autres problèmes surveiller ?

Les principaux comprennent notamment :

  • tache chocolat à Botrytis fabae ;
  • Ascochyta ;
  • puceron noir Aphis fabae ;
  • certaines viroses ;
  • maladies racinaires en conditions d’engorgement.

Une forte densité recherchée pour produire de la biomasse doit donc rester compatible avec une aération suffisante du couvert.

Avant tout traitement : vérifier la réglementation actuelle

Les anciennes références techniques peuvent mentionner des substances qui ne sont plus autorisées ou dont les usages ont évolué.

Avant toute application phytopharmaceutique, consultez l’Index phytosanitaire officiel de l’ONSSA.

Vérifiez la culture, le bioagresseur, l’usage homologué, les conditions d’emploi et l’état actuel de l’autorisation.

Quel rendement viser avec une fèverole maraîchère ?

Il faut d’abord préciser quel « rendement » on souhaite mesurer.

Pour une fèverole destinée au grain :

Rendement grain = kg de graines sèches propres et commercialisables ÷ surface.

Pour un engrais vert :

Rendement utile = tonnes de matière sèche produites + azote accumulé + effet mesurable sur la culture suivante.

Un rendement grain élevé et un engrais vert maximal sont deux objectifs différents.

Pourquoi ne pas publier un rendement marocain unique ?

Les données marocaines historiques regroupent souvent fèves et fèveroles et correspondent à des systèmes très différents des rotations maraîchères intensives actuelles.

Le bulletin technique INRA consacré à la fèverole montre d’ailleurs une forte variabilité historique des rendements.

Il est donc plus fiable de construire son objectif à partir :

  • du type génétique ;
  • du peuplement ;
  • du mode pluvial ou irrigué ;
  • du rendement d’essais locaux ;
  • de la destination grain ou engrais vert.

Quels indicateurs mesurer pour un engrais vert ?

IndicateurUtilité
Plants/m²Contrôler l’implantation
Hauteur et couvertureSuivre la production végétale
Biomasse fraîcheComparer les traitements
Matière sècheComparer réellement les couverts
% N dans la biomasseEstimer l’azote accumulé
Date de destructionRelier biomasse et calendrier
Humidité du sol après destructionMesurer le coût hydrique du couvert
Rendement de la culture suivanteMesurer l’effet agronomique réel

Comment calculer l’azote contenu dans le couvert ?

Lorsque la matière sèche et l’analyse de la biomasse sont disponibles :

Azote total de la biomasse = matière sèche produite × teneur en azote.

Mais cette valeur ne doit toujours pas être assimilée directement à une dose d’engrais économisée.

La fraction réellement disponible dépend de la vitesse de décomposition et du calendrier de la culture suivante.

Comment calculer la rentabilité de la fèverole ?

Option grain

CA = rendement commercialisable en grain × prix moyen réellement obtenu.

Marge = CA – charges totales.

Option engrais vert

Il n’y a pas nécessairement de chiffre d’affaires direct.

Comparez :

  • semences ;
  • semis ;
  • éventuelle irrigation ;
  • destruction ;
  • gestion de la biomasse

avec les économies réellement constatées sur :

  • fertilisation de la culture suivante ;
  • désherbage ;
  • travail du sol ;
  • autres bénéfices mesurables.

Ne valorisez jamais financièrement la totalité de l’azote fixé comme s’il s’agissait immédiatement d’un engrais minéral disponible.

Quels coûts sont spécifiques à l’engrais vert ?

  • achat des semences ;
  • inoculant éventuel ;
  • semis ;
  • eau éventuelle ;
  • temps d’occupation de la parcelle ;
  • broyage ou fauche ;
  • incorporation éventuelle ;
  • délai avant implantation de la culture suivante.

Le coût d’opportunité de la parcelle peut devenir important lorsque le maraîcher pourrait y produire une culture commerciale pendant la même période.

Quelle culture faire après une fèverole ?

Elle peut être particulièrement intéressante avant une culture non légumineuse ayant des besoins azotés importants.

Selon la rotation et les risques phytosanitaires, cela peut notamment concerner :

  • certaines Solanacées ;
  • Brassicacées ;
  • Cucurbitacées ;
  • maïs doux ou céréales dans certains systèmes.

Il faut éviter de considérer :

fèverole → pois → fève → haricot

comme une vraie rotation simplement parce que les espèces sont différentes.

Elles restent toutes des Fabacées et peuvent partager plusieurs problèmes agronomiques ou sanitaires.

La fèverole peut-elle être cultivée entre les rangs d’un verger ?

Oui, dans certains systèmes.

Une fèverole hivernale peut servir de couvert dans les inter-rangs lorsque :

  • la concurrence hydrique reste maîtrisée ;
  • la date de destruction est adaptée ;
  • le passage du matériel reste possible ;
  • l’orobanche ou d’autres contraintes ne rendent pas le choix risqué.

Mais le couvert ne doit pas concurrencer les arbres au moment où leurs besoins en eau augmentent fortement.

Valeur alimentaire des graines de fèverole

Si la culture est conduite jusqu’à la production de graines destinées à l’alimentation humaine, la fèverole appartient aux légumineuses riches en matière sèche et en protéines.

Virginia Tech rapporte pour Vicia faba une teneur en protéines brutes pouvant varier approximativement de 22 à 38 % de la matière sèche selon génotype et source analysée.

Les graines apportent également :

  • fibres alimentaires ;
  • glucides complexes ;
  • vitamine B9 ou folates ;
  • fer ;
  • magnésium ;
  • phosphore ;
  • potassium ;
  • zinc ;
  • cuivre ;
  • manganèse.

La base USDA FoodData Central fournit des données de composition pour les graines mûres de fève/faba bean.

Cette valorisation alimentaire ne concerne cependant que des lots et variétés destinés à cet usage. Historiquement, la fèverole à petites graines est aussi largement utilisée pour l’alimentation animale.

Vicine et convicine : pourquoi les mentionner ?

Les graines de Vicia faba contiennent naturellement différents composés antinutritionnels, parmi lesquels vicine et convicine.

Des programmes de sélection travaillent aujourd’hui sur des variétés à teneurs réduites.

Cette caractéristique est également à prendre en compte lorsqu’un débouché alimentaire humain est envisagé, notamment en raison du risque de favisme chez les personnes présentant un déficit en G6PD.

8 erreurs coûteuses avec la fèverole maraîchère

1. Ne pas choisir entre grain et engrais vert

La date de destruction, le rendement recherché et la valeur de l’azote dépendent directement de cet objectif.

2. Compter tout l’azote fixé comme engrais disponible

Une partie reste dans la biomasse ou est exportée avec les graines.

3. Récolter toute la graine puis réclamer le bénéfice maximal d’un engrais vert

Une part importante de l’azote accumulé quitte alors la parcelle.

4. Détruire le couvert beaucoup trop tôt

La biomasse et la quantité d’azote accumulées restent faibles.

5. Le détruire trop tard

Il peut consommer trop d’eau, produire des graines viables et retarder la culture suivante.

6. Installer la fèverole sans vérifier l’orobanche

Une parcelle infestée peut transformer une culture améliorante en problème durable.

7. Confondre biomasse fraîche et matière sèche

Deux couverts de même poids frais peuvent contenir des quantités très différentes de matière organique réelle.

8. Enfouir une énorme masse fraîche sans tenir compte du sol

Un broyage et une gestion adaptés de la biomasse sont nécessaires pour obtenir une décomposition correcte.

Checklist avant de semer

  • [ ] L’objectif est défini : grain, engrais vert ou double usage.
  • [ ] La culture suivante est déjà connue.
  • [ ] Sa date de plantation est connue.
  • [ ] Le type de fèverole est adapté à l’objectif.
  • [ ] Le lot de semences est de bonne qualité.
  • [ ] Le risque d’orobanche est connu.
  • [ ] La rotation précédente est connue.
  • [ ] Le sol est correctement drainé.
  • [ ] Le pH est connu.
  • [ ] Une analyse de sol est disponible.
  • [ ] L’intérêt de l’inoculation est évalué.
  • [ ] La nodulation sera contrôlée.
  • [ ] Aucun apport azoté élevé n’est appliqué automatiquement.
  • [ ] Le phosphore et le potassium sont raisonnés.
  • [ ] L’eau disponible est suffisante pour produire la biomasse recherchée.
  • [ ] Le couvert sera détruit avant de compromettre la réserve hydrique de la culture suivante.
  • [ ] La tache chocolat est surveillée.
  • [ ] Les pucerons sont surveillés.
  • [ ] Les produits éventuels sont vérifiés auprès de l’ONSSA.
  • [ ] Le matériel de broyage ou de fauche est disponible.
  • [ ] La stratégie surface ou incorporation est choisie.
  • [ ] La biomasse produite pourra être mesurée.
  • [ ] Si possible, sa teneur en azote sera analysée.
  • [ ] L’effet sur la culture suivante sera enregistré.
  • [ ] L’économie d’engrais ne sera calculée que sur l’azote réellement disponible.

Conclusion : la fèverole produit-elle du grain ou de la fertilité ?

Elle peut produire les deux, mais pas simultanément à leur niveau maximal.

La fèverole maraîchère devient particulièrement intéressante lorsqu’elle est pensée comme un élément du système plutôt que comme une culture isolée.

La chaîne de décision est :

culture suivante → objectif du couvert → semence → implantation → nodulation → production de biomasse → gestion de l’eau → stade de destruction → restitution des résidus → fertilisation de la culture suivante.

Pour un engrais vert, les meilleurs indicateurs ne sont donc pas seulement les kilogrammes récoltés. Il faut suivre la matière sèche produite, l’azote accumulé, la réserve d’eau conservée et surtout la réponse de la culture maraîchère suivante.

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