La roquette est une Brassicacée à croissance rapide particulièrement adaptée au marché des jeunes feuilles, des mélanges de salades et de la restauration. Sa rentabilité dépend moins d’un rendement brut élevé que de la quantité de feuilles réellement commercialisables : tendres, vertes, propres, non trouées et récoltées avant montaison. Une chaleur excessive, une irrigation irrégulière, les altises ou le mildiou peuvent déclasser rapidement une culture pourtant vigoureuse.

Cette production complète notre guide des cultures maraîchères. Le guide de l’Université du Delaware consacré à la roquette confirme son cycle rapide, sa préférence pour un sol fertile et drainé et sa sensibilité aux altises, au mildiou et aux taches foliaires.
Qu’appelle-t-on exactement roquette ?
Le nom « roquette » recouvre principalement deux espèces utilisées dans les salades :
- Eruca sativa, la roquette cultivée ou roquette annuelle ;
- Diplotaxis tenuifolia, souvent appelée roquette sauvage ou roquette vivace.
Les deux peuvent être commercialisées en jeunes feuilles, mais leur comportement n’est pas identique.
| Critère | Roquette cultivée | Roquette sauvage |
|---|---|---|
| Espèce | Eruca sativa | Diplotaxis tenuifolia |
| Cycle | Rapide, souvent annuelle | Plus persistante |
| Feuille | Souvent plus large et tendre | Plus étroite et profondément découpée |
| Saveur | Poivrée mais généralement plus douce jeune | Souvent plus marquée |
| Récoltes répétées | Possibles | Souvent mieux adaptée aux coupes multiples |
Cette page traite principalement de Eruca sativa destinée à la production de jeunes feuilles, tout en signalant les différences importantes avec la roquette sauvage.
Pourquoi cultiver la roquette ?
La roquette peut présenter un intérêt économique grâce à :
- un cycle court ;
- une forte densité de plantation ;
- une récolte possible à un stade très jeune ;
- la possibilité de plusieurs coupes selon l’espèce et le système ;
- une demande dans les mélanges de salades ;
- un débouché en restauration ;
- une valorisation possible en quatrième gamme.
Elle peut être commercialisée :
- en bottes ;
- en feuilles en vrac ;
- en baby leaf ;
- dans des mélanges de jeunes pousses ;
- lavée et conditionnée en sachet par une unité adaptée.
Pourquoi le débouché doit-il être défini avant le semis ?
Une roquette vendue en botte et une roquette destinée à un mélange « baby leaf » ne sont pas exactement la même production.
Le marché détermine :
- l’espèce ;
- la variété ;
- la densité ;
- la hauteur de coupe ;
- la taille des feuilles ;
- le nombre de coupes ;
- le mode de conditionnement.
Pour une production de quatrième gamme, le producteur doit également intégrer :
- lavage ;
- qualité microbiologique de l’eau ;
- essorage ;
- tri ;
- emballage ;
- chaîne du froid ;
- traçabilité.
La vente de feuilles lavées prêtes à consommer n’est donc pas simplement une prolongation gratuite de la production au champ.
Quel est le cycle de la roquette ?
La roquette fait partie des légumes-feuilles rapides.
Cornell référence par exemple un cultivar « Rocket » à environ 35 jours de maturité.
En production de jeunes feuilles, la coupe peut intervenir plus tôt lorsque :
- la hauteur recherchée est atteinte ;
- la couleur est correcte ;
- la feuille reste tendre ;
- la plante n’a pas commencé sa montaison.
Il est donc préférable de raisonner en stade commercial plutôt qu’en nombre fixe de jours.
Quelle taille rechercher pour une jeune feuille ?
Dans différents systèmes expérimentaux de baby leaf, la récolte est réalisée lorsque les feuilles atteignent environ 10 à 15 cm.
Une feuille plus grande n’est pas nécessairement plus rentable.
Avec le vieillissement, elle peut devenir :
- plus ferme ;
- plus fibreuse ;
- plus piquante ;
- plus exposée aux dégâts d’insectes ;
- plus proche de la montaison.
Quel climat convient à la roquette ?
La roquette apprécie généralement les températures fraîches à modérées.
Elle peut pousser rapidement sous des conditions relativement douces, mais les températures élevées accélèrent :
- l’allongement de la tige ;
- l’initiation florale ;
- la montaison ;
- le durcissement des feuilles ;
- l’intensification de la saveur piquante.
La roquette peut donc produire de la biomasse sous chaleur sans nécessairement produire la qualité commerciale recherchée pour une jeune salade.
Pourquoi l’ombrage peut-il parfois être utile ?
L’Université du Delaware indique qu’une ombre légère peut aider à ralentir la montaison dans certaines conditions.
Cette technique peut présenter un intérêt lorsque :
- la température augmente rapidement ;
- la production doit être prolongée ;
- le rayonnement devient très intense.
L’objectif n’est pas de cultiver la roquette dans l’obscurité : une lumière insuffisante peut réduire la croissance et influencer notamment l’accumulation des nitrates.
Quel sol privilégier ?
La roquette préfère un sol :
- fertile ;
- meuble ;
- bien structuré ;
- bien drainé ;
- riche en matière organique suffisamment décomposée ;
- capable de conserver une humidité régulière.
Comme la culture est très courte, le système racinaire dispose de peu de temps pour compenser :
- une mauvaise structure ;
- une compaction ;
- une mauvaise disponibilité des éléments nutritifs.
Pourquoi faut-il préparer une planche fine et régulière ?
La roquette est généralement semée directement avec une densité élevée.
Une préparation irrégulière entraîne :
- profondeurs de semis différentes ;
- levée échelonnée ;
- hauteur de feuilles irrégulière ;
- coupe mécanique ou manuelle moins homogène.
Pour un marché de jeunes feuilles, quelques centimètres de différence de hauteur peuvent déjà compliquer la récolte.
Semis direct ou plantation ?
Pour la production de baby leaf, le semis direct est le système logique.
Le repiquage est surtout pertinent dans des situations particulières et non pour une planche dense destinée à être coupée jeune.
La semence doit présenter :
- une bonne faculté germinative ;
- une origine connue ;
- une bonne pureté ;
- un état sanitaire satisfaisant.
Quelle densité utiliser pour les jeunes feuilles ?
La densité dépend fortement du système.
Des lignes directrices européennes pour la production expérimentale de baby leaf utilisent pour la roquette semée directement environ :
- 200 à 400 plantes/m² ;
- des rangs espacés d’environ 10 à 15 cm.
Ces valeurs illustrent l’intensité possible d’un système de jeunes feuilles. Elles ne doivent pas être copiées sans tenir compte :
- du semoir ;
- du cultivar ;
- de la largeur de la planche ;
- du mode de récolte ;
- du calibre des feuilles.
Pourquoi une densité trop élevée peut-elle devenir contre-productive ?
Une forte densité augmente rapidement la surface foliaire, mais elle peut également :
- réduire la circulation de l’air ;
- augmenter l’humidité dans le couvert ;
- favoriser le mildiou ;
- produire des feuilles trop fines ou étiolées ;
- compliquer le séchage après irrigation ou lavage.
Le bon objectif n’est donc pas le maximum de graines par mètre carré, mais le maximum de feuilles commercialisables.
Irrigation : pourquoi la roquette doit-elle pousser sans interruption ?
La feuille est le produit vendu.
Un stress hydrique même temporaire peut provoquer :
- ralentissement de croissance ;
- feuilles plus petites ;
- texture plus ferme ;
- saveur plus forte ;
- rendement inférieur lors de la coupe.
La disponibilité en eau doit donc rester régulière du semis jusqu’à la récolte.
Quelle irrigation au moment de la levée ?
Une aspersion fine ou une micro-aspersion peut être très utile pour maintenir uniformément humide la couche superficielle où se trouvent les graines.
L’apport doit rester suffisamment doux pour ne pas :
- déplacer les graines ;
- former une croûte ;
- provoquer du ruissellement.
Le goutte-à-goutte est-il ensuite préférable ?
Il peut être intéressant lorsqu’il humidifie correctement toute la largeur de la planche.
Ses avantages comprennent :
- moins de mouillage foliaire ;
- fractionnement précis ;
- meilleure maîtrise des volumes ;
- réduction des éclaboussures de terre.
Mais une seule ligne de goutteurs ne suffit pas nécessairement à humidifier uniformément une planche très large et densément semée.
Le système doit être adapté à la texture et à la géométrie de la parcelle.
Pourquoi éviter les longues périodes de mouillage des feuilles ?
La roquette peut être fortement affectée par le mildiou lorsque :
- l’humidité reste élevée ;
- le couvert sèche lentement ;
- les nuits sont humides ;
- les irrigations mouillent longtemps le feuillage.
Lorsque l’aspersion est utilisée, il est donc préférable de favoriser un séchage relativement rapide du couvert.
Fertilisation : la roquette a-t-elle besoin de beaucoup d’azote ?
La croissance rapide d’une feuille verte nécessite de l’azote.
Mais la culture possède un cycle tellement court qu’un sol ayant reçu récemment une fertilisation importante peut déjà disposer de quantités significatives d’azote minéral.
Un essai comparant différentes doses d’azote sur roquette cultivée et roquette sauvage n’a d’ailleurs pas trouvé d’augmentation de rendement avec les niveaux supplémentaires testés.
Ce résultat ne signifie pas que la roquette n’a jamais besoin d’azote.
Il signifie surtout :
ne pas fertiliser automatiquement sans connaître les reliquats disponibles.
Pourquoi l’excès d’azote pose-t-il un problème particulier ?
Outre son coût et les pertes environnementales possibles, un excès d’azote peut favoriser une concentration élevée de nitrates dans les feuilles.
La roquette fait partie des légumes-feuilles naturellement capables d’accumuler beaucoup de nitrates.
Cette accumulation dépend notamment :
- de la dose d’azote disponible ;
- de la lumière ;
- de la saison ;
- du cultivar ;
- du système de production ;
- du moment de récolte.
Pourquoi les nitrates sont-ils aussi un critère commercial ?
Pour une production destinée au marché de l’Union européenne, les nitrates ne sont pas seulement une question agronomique.
Le règlement européen 2023/915 sur les contaminants alimentaires fixe actuellement pour la roquette des teneurs maximales de :
- 7 000 mg NO3/kg pour les récoltes du 1er octobre au 31 mars ;
- 6 000 mg NO3/kg pour les récoltes du 1er avril au 30 septembre.
Ces valeurs concernent la réglementation européenne. Elles ne doivent pas être présentées comme une réglementation locale applicable à tous les marchés.
Pourquoi la limite européenne est-elle plus élevée en hiver ?
Lorsque la luminosité est faible, la plante peut assimiler moins rapidement le nitrate absorbé.
Une partie plus importante peut alors s’accumuler dans les feuilles.
La gestion de l’azote doit donc intégrer :
- saison ;
- luminosité ;
- azote résiduel du sol ;
- objectif de rendement.
Phosphore, potassium et soufre : sont-ils nécessaires ?
Oui, mais selon les besoins réels.
Le phosphore contribue notamment à l’établissement racinaire.
Le potassium intervient dans :
- la régulation de l’eau ;
- la turgescence ;
- le fonctionnement cellulaire.
Comme les autres Brassicacées, la roquette utilise également du soufre dans la synthèse de composés soufrés, dont les glucosinolates.
Les apports doivent rester basés sur :
analyse du sol + historique des cultures + rendement recherché.
Pourquoi les altises sont-elles particulièrement coûteuses ?
Les altises réalisent de nombreux petits trous dans le feuillage.
Sur une culture de racines, des dégâts foliaires modérés peuvent parfois être tolérés.
Sur une roquette destinée au baby leaf :
le trou est directement sur le produit vendu.
L’Université du Delaware classe les altises parmi les principaux ravageurs de la roquette.
Les attaques sont particulièrement pénalisantes sur :
- cotylédons ;
- premières vraies feuilles ;
- jeunes feuilles destinées au marché frais.
Comment limiter les altises ?
Une stratégie intégrée peut associer :
- rotation ;
- élimination de certaines Brassicacées adventices ;
- levée rapide et homogène ;
- filets anti-insectes lorsque techniquement possibles ;
- surveillance régulière ;
- intervention autorisée uniquement lorsque nécessaire.
Une couverture physique doit être installée avant que les altises ne soient présentes sous le filet.
Pourquoi le mildiou mérite-t-il une surveillance particulière ?
Le mildiou de la roquette peut être provoqué par des oomycètes du groupe Peronospora/Hyaloperonospora.
Le Pacific Northwest Plant Disease Management Handbook, révisé en 2026, souligne que :
- forte humidité ;
- brouillard ;
- bruine ;
- rosée abondante
favorisent le développement et la dispersion de la maladie.
Quels symptômes rechercher ?
Sur roquette, le mildiou peut provoquer :
- petites taches foncées ;
- lésions brunes ou nécrotiques ;
- zones décolorées ;
- sporulation grisâtre à blanchâtre sous les feuilles.
La maladie peut rendre les feuilles impropres à la vente avant même de provoquer une forte réduction de biomasse.
Pourquoi le diagnostic peut-il être difficile ?
Des travaux de l’Université de Californie ont montré que certaines taches bactériennes de la roquette peuvent présenter une apparence proche du mildiou lorsque la sporulation n’est pas visible.
Avant une intervention, il faut donc distinguer :
- mildiou ;
- tache bactérienne ;
- dégâts mécaniques ;
- vieillissement ou défaut physiologique.
Quels autres problèmes surveiller ?
L’Université du Delaware cite également :
- pucerons ;
- pourritures racinaires ;
- taches bactériennes.
Dans les semis très denses, il faut également surveiller les problèmes de fonte ou de pourriture lorsque :
- le substrat ou le sol reste saturé ;
- la circulation de l’air est insuffisante ;
- la densité est excessive.
Pourquoi la rotation reste-t-elle importante malgré un cycle très court ?
Une roquette récoltée après quelques semaines reste biologiquement une Brassicacée.
La succession :
brocoli → roquette → radis → chou-fleur → roquette
ne constitue donc pas une véritable rotation phytosanitaire.
Une répétition fréquente peut augmenter le risque de certains :
- mildious ;
- maladies racinaires ;
- altises ;
- pathogènes communs aux Brassicacées.
Avant tout traitement : vérifier l’ONSSA
La roquette est une culture à cycle court et parfois récoltée plusieurs fois.
Le respect du délai avant récolte est donc particulièrement important.
Avant toute intervention phytopharmaceutique, consultez l’Index phytosanitaire officiel de l’ONSSA et vérifiez :
- culture autorisée ;
- ravageur ou maladie ;
- produit homologué ;
- dose ;
- conditions d’utilisation ;
- délai avant récolte.
Quel rendement peut produire la roquette ?
Le rendement doit impérativement être associé :
- à l’espèce ;
- au nombre de coupes ;
- à la saison ;
- au stade de récolte.
Dans une étude australienne consacrée à la production de baby leaf, la roquette annuelle Eruca sativa a produit selon la saison environ :
- 1,9 kg/m² au printemps ;
- 2,7 kg/m² en hiver ;
- 3,3 kg/m² en été.
Ces chiffres correspondent aux conditions de cet essai et ne constituent pas une moyenne universelle.
Pourquoi le rendement le plus élevé n’est-il pas forcément la meilleure récolte ?
L’essai précédent illustre un point essentiel : une forte croissance estivale peut produire beaucoup de biomasse, alors que dans d’autres conditions la chaleur peut simultanément accélérer :
- montaison ;
- durcissement ;
- piquant ;
- perte de qualité visuelle.
Un rendement économique doit donc associer :
kg récoltés × pourcentage de feuilles répondant réellement au cahier des charges commercial.
Peut-on réaliser plusieurs coupes ?
Oui.
Lorsque les feuilles sont coupées suffisamment haut pour préserver le cœur, la plante peut produire une repousse.
Mais toutes les roquettes ne réagissent pas de la même façon.
L’étude australienne comparant les espèces a observé que :
- la roquette sauvage Diplotaxis tenuifolia conservait mieux son potentiel entre première et deuxième récolte ;
- la roquette annuelle Eruca sativa avait tendance à produire moins lors de la coupe suivante.
La roquette sauvage peut donc être particulièrement intéressante lorsque le système commercial valorise plusieurs coupes.
Comment calculer le rendement commercialisable ?
Ne pesez pas seulement la masse coupée.
Séparez :
- feuilles commercialisables ;
- feuilles trouées ;
- feuilles jaunies ;
- feuilles tachées ;
- tiges florales ;
- débris et adventices.
Puis :
Rendement commercialisable = poids total récolté – poids déclassé.
Quels indicateurs suivre ?
| Indicateur | Utilité |
|---|---|
| Jours semis-coupe | Mesurer la rapidité réelle du cycle |
| kg récoltés/m² | Mesurer la biomasse |
| % feuilles commercialisables | Mesurer la qualité réelle |
| % feuilles trouées | Évaluer les altises |
| % feuilles tachées | Évaluer les maladies |
| % montaison | Évaluer variété et climat |
| kg par heure de récolte | Mesurer le coût de main-d’œuvre |
| Rendement par coupe | Comparer les repousses |
Quelles sont les principales charges ?
- semences ;
- préparation des planches ;
- fertilisation éventuelle ;
- irrigation ;
- eau et énergie ;
- filets anti-insectes ;
- désherbage ;
- protection intégrée ;
- récolte ;
- tri ;
- lavage lorsque prévu ;
- essorage ;
- emballage ;
- pré-refroidissement ;
- chambre froide ;
- transport.
Pourquoi la semence peut-elle représenter une charge importante ?
La production de jeunes feuilles utilise souvent une densité bien supérieure à une culture récoltée plante par plante.
Une petite différence de :
- prix au kilogramme de semences ;
- faculté germinative ;
- densité de semis
peut donc modifier sensiblement le coût par mètre carré.
Il faut comparer les lots sur :
coût des semences ÷ kilogrammes réellement commercialisables.
Comment calculer le coût de revient ?
Coût de revient/kg = charges totales ÷ kg commercialisables.
Lorsque plusieurs coupes sont réalisées :
Coût de revient global = charges totales de l’ensemble du cycle ÷ somme des kg commercialisables de toutes les coupes.
Il faut néanmoins suivre chaque coupe séparément pour savoir à quel moment la repousse n’est plus rentable.
Comment calculer le chiffre d’affaires ?
CA = rendement commercialisable × prix moyen réellement obtenu.
Puis :
Marge = CA – charges totales.
Pour un produit conditionné en sachets :
calculez également :
- coût de l’emballage/kg ;
- coût du lavage ;
- coût de l’essorage ;
- pertes de tri ;
- pertes en fin de durée commerciale.
Quand récolter les jeunes feuilles ?
La récolte doit intervenir avant que :
- les feuilles deviennent trop grandes ;
- la tige florale s’allonge ;
- la texture durcisse ;
- la couleur se dégrade.
Le produit doit présenter :
- une couleur verte uniforme ;
- une feuille turgescente ;
- une forme typique de la variété ;
- une absence de jaunissement ;
- une absence de trous excessifs ;
- aucune pourriture.
À quelle hauteur couper ?
Pour une production destinée à repousser, la coupe est réalisée au-dessus du collet et doit préserver le point de croissance.
Une coupe excessivement basse peut :
- endommager le cœur ;
- réduire la repousse ;
- augmenter le risque de contamination par la terre.
Une coupe trop haute réduit au contraire le rendement de la première récolte.
Le réglage doit donc être adapté à l’espèce et au système de coupe.
Pourquoi éviter de récolter des feuilles mouillées ?
Une feuille mouillée est :
- plus fragile ;
- plus susceptible d’être meurtrie ;
- plus difficile à refroidir et conditionner correctement ;
- plus exposée aux problèmes microbiens lorsque l’eau libre persiste.
Lorsque le produit est ensuite lavé, l’eau de process doit être gérée dans un système de conditionnement hygiénique adapté.
Pourquoi la quatrième gamme exige-t-elle davantage que le simple lavage ?
Une salade lavée et prête à consommer est un produit transformé minimalement.
La chaîne doit maîtriser :
- qualité de l’eau ;
- hygiène du personnel ;
- nettoyage des équipements ;
- température ;
- essorage ;
- emballage ;
- traçabilité ;
- durée de vie validée.
Le lavage ne « stérilise » pas la roquette.
La sécurité du produit commence donc au champ par :
- eau d’irrigation maîtrisée ;
- absence de contamination par des animaux ou effluents ;
- caisses propres ;
- outils propres ;
- récolte hygiénique.
Pourquoi refroidir immédiatement ?
La roquette est très périssable.
Après la coupe, elle continue à respirer et perd rapidement de l’eau.
Une augmentation de température accélère :
- flétrissement ;
- jaunissement ;
- perte de fermeté ;
- altération des arômes ;
- développement des pourritures.
Quelle température de stockage ?
Les études post-récolte sur Eruca sativa recommandent une température proche de :
0 à 2 °C avec une humidité relative d’au moins 95 %.
Des essais ont obtenu autour de 12 à 16 jours de durée commerciale dans de bonnes conditions, mais la valeur réelle varie fortement selon :
- cultivar ;
- saison ;
- âge des feuilles ;
- blessures de récolte ;
- lavage ;
- emballage ;
- température réellement maintenue.
Il serait donc imprudent d’imprimer une durée de conservation sans la valider sur le produit et l’emballage réellement commercialisés.
Pourquoi quelques degrés changent-ils autant la conservation ?
Des travaux post-récolte ont montré que les feuilles de roquette se conservent nettement plus longtemps autour de 0 °C qu’à 5 ou 10 °C.
À température plus élevée :
- la respiration augmente ;
- le jaunissement accélère ;
- la durée de vente diminue.
La chaîne du froid fait donc directement partie du calcul de rentabilité.
Valeur nutritionnelle de la roquette
La roquette est un légume-feuille riche en eau et apporte différents micronutriments.
La base USDA FoodData Central permet notamment de documenter la présence de :
- fibres alimentaires ;
- vitamine C ;
- vitamine K ;
- vitamine B9 ;
- provitamine A et caroténoïdes ;
- potassium ;
- calcium ;
- différents composés phénoliques.
Pourquoi son goût est-il poivré ?
Comme les autres Brassicacées, la roquette contient des glucosinolates.
Lorsque les tissus sont :
- coupés ;
- mastiqués ;
- endommagés,
ces composés peuvent être transformés par des enzymes végétales en différents produits de dégradation, dont des isothiocyanates.
Ils participent notamment au goût :
- poivré ;
- piquant ;
- légèrement amer.
La concentration et la perception varient avec l’espèce, la variété et les conditions de culture.
Peut-on présenter la roquette comme un médicament ?
Non.
Sa richesse en micronutriments, caroténoïdes et composés soufrés en fait un légume intéressant dans une alimentation variée.
Elle ne doit pas être présentée comme :
- un traitement anticancer ;
- une détoxification ;
- un médicament ;
- un remède garanti.
8 erreurs coûteuses avec la roquette
1. Choisir la semence sans définir le marché
Roquette annuelle et sauvage n’offrent pas exactement la même feuille ni la même capacité de repousse.
2. Semer trop dense
Le gain de plantes peut être perdu en maladies, feuilles trop fines et déchets au tri.
3. Laisser le lit de semence sécher
Une levée hétérogène produit une hauteur irrégulière lors de la coupe.
4. Maintenir constamment le feuillage mouillé
Une humidité prolongée favorise particulièrement le mildiou.
5. Apporter de l’azote sans connaître les reliquats
Le rendement supplémentaire n’est pas garanti et la concentration en nitrates peut augmenter.
6. Attendre les trous pour découvrir les altises
Sur une jeune feuille, le dégât d’alimentation est directement un défaut commercial.
7. Récolter après le début de la montaison
La texture et la saveur deviennent généralement moins adaptées au marché baby leaf.
8. Produire de la quatrième gamme sans chaîne du froid adaptée
Le lavage et le sachet n’empêchent ni le flétrissement ni les altérations si la température n’est pas maîtrisée.
Checklist avant de se lancer
- [ ] Le marché est défini : botte, vrac, baby leaf ou quatrième gamme.
- [ ] Le choix entre Eruca sativa et Diplotaxis tenuifolia est fait.
- [ ] La forme et la taille de feuille demandées sont connues.
- [ ] Le nombre de coupes prévu est défini.
- [ ] La saison limite le risque de montaison.
- [ ] La parcelle n’enchaîne pas trop de Brassicacées.
- [ ] Le sol est fertile, meuble et drainant.
- [ ] Le lit de semence peut être préparé régulièrement.
- [ ] La faculté germinative de la semence est connue.
- [ ] Le semoir correspond à la forte densité recherchée.
- [ ] Le système d’irrigation assure une levée uniforme.
- [ ] Le feuillage peut sécher rapidement après aspersion.
- [ ] L’analyse du sol et les reliquats azotés sont connus.
- [ ] L’azote n’est pas appliqué automatiquement.
- [ ] Les nitrates sont pris en compte si le marché l’exige.
- [ ] Les altises sont surveillées dès la levée.
- [ ] Des filets sont disponibles lorsque pertinents.
- [ ] Le mildiou est surveillé sous forte humidité.
- [ ] Tout traitement éventuel est vérifié auprès de l’ONSSA.
- [ ] Le délai avant récolte est compatible avec le cycle court.
- [ ] La hauteur de coupe est définie.
- [ ] Le pourcentage de feuilles déclassées sera mesuré.
- [ ] Le rendement sera enregistré séparément pour chaque coupe.
- [ ] Les caisses et outils de récolte sont propres.
- [ ] Le refroidissement peut commencer rapidement.
- [ ] Une température proche de 0–2 °C est possible lorsque nécessaire.
- [ ] Le lavage, l’essorage et le conditionnement sont maîtrisés si le produit est prêt à consommer.
- [ ] Le coût de revient est calculé sur les kilogrammes réellement vendables.
Conclusion : la valeur de la roquette se mesure après le tri
La roquette peut produire rapidement beaucoup de jeunes feuilles, mais la réussite commerciale dépend surtout de leur qualité. Une levée homogène, une humidité régulière, une fertilisation azotée raisonnée, la maîtrise des altises et du mildiou et une récolte avant montaison sont les principaux leviers.
Les indicateurs les plus utiles sont : jours semis-récolte, kilogrammes commercialisables par mètre carré et par coupe, taux de feuilles déclassées, coût de récolte et coût de revient par kilogramme réellement vendu.



