Mouche blanche sur tomate : au Maroc, ce terme désigne principalement de petits aleurodes qui colonisent la face inférieure des feuilles, aspirent la sève, produisent du miellat et peuvent transmettre des virus graves. Une population encore discrète peut donc présenter un risque important avant même l’apparition d’une fumagine abondante ou d’un affaiblissement visible des plantes.

Bemisia tabaci est particulièrement préoccupante en culture de tomate sous serre. Elle associe trois types de dommages : les prélèvements de sève, le miellat favorisant la fumagine et la transmission de virus comme le TYLCV ou le virus de la chlorose de la tomate.
Une pulvérisation répétée ne constitue pas une stratégie durable. Les adultes vivent sur les feuilles tandis que les œufs et plusieurs stades larvaires restent fixés sous le limbe. Les insecticides peuvent également éliminer les parasitoïdes et les prédateurs, tout en sélectionnant rapidement des populations résistantes.
La protection doit donc associer plants sains, filets, hygiène, panneaux englués, observation directe des feuilles, élimination des plantes réservoirs, auxiliaires, biocontrôle et rotation raisonnée des modes d’action lorsque l’intervention phytopharmaceutique est réellement justifiée.
Ce guide complète notre article sur les maladies de la tomate au Maroc, notre méthode de diagnostic phytosanitaire, notre guide consacré à Tuta absoluta au Maroc et la page centrale sur les traitements phytosanitaires au Maroc.
Risque prioritaire : les viroses
Une faible population de Bemisia tabaci peut suffire à introduire et transmettre un virus dans une culture sensible. Il ne faut donc pas attendre la formation d’une fumagine noire ou l’envol d’un nuage d’adultes pour commencer la surveillance.
Une plante présentant un jaunissement des jeunes feuilles, un enroulement en cuillère ou un arrêt de croissance doit être marquée et examinée rapidement, sans conclure au TYLCV à partir des seuls symptômes.
Mouche blanche sur tomate : comment reconnaître Bemisia tabaci ?
Les mouches blanches ne sont pas de véritables mouches. Ce sont des hémiptères appartenant à la famille des Aleyrodidae.
Deux espèces peuvent notamment être rencontrées sur tomate :
- Bemisia tabaci, appelée aleurode du tabac ou aleurode du cotonnier ;
- Trialeurodes vaporariorum, souvent appelée aleurode des serres.
Leur identification précise peut demander une observation spécialisée, car les adultes sont minuscules et plusieurs critères se trouvent sur les stades larvaires ou les pupariums.
Aspect des adultes
Les adultes présentent généralement :
- un corps jaunâtre ;
- deux paires d’ailes couvertes d’une poudre cireuse blanche ;
- une longueur proche d’un millimètre ;
- une activité plus visible lorsque la plante est touchée ou secouée ;
- une préférence pour la face inférieure des feuilles.
Chez Bemisia tabaci, les ailes sont souvent tenues plus près du corps et donnent à l’insecte une apparence plus étroite et jaunâtre. Chez Trialeurodes vaporariorum, les ailes peuvent sembler davantage ouvertes et former une silhouette plus triangulaire.
Ces différences restent difficiles à apprécier au champ. La présence d’un petit insecte blanc ne suffit donc pas toujours à déterminer l’espèce.
Œufs et larves
Les femelles déposent principalement leurs œufs sous les jeunes feuilles.
Après l’éclosion :
- la première larve possède des pattes et se déplace sur une courte distance ;
- les stades suivants deviennent aplatis et presque immobiles ;
- les larves se nourrissent en aspirant la sève ;
- le dernier stade, souvent appelé puparium, précède la sortie de l’adulte.
Les œufs et jeunes larves sont difficiles à voir à l’œil nu. Une loupe de terrain grossissant au moins plusieurs fois facilite fortement le diagnostic.
Comment inspecter correctement une plante ?
Ne regardez pas uniquement le sommet de la plante. Les différents stades se répartissent selon l’âge des feuilles.
Dans la partie supérieure
Recherchez surtout :
- les adultes ;
- les pontes récentes ;
- les premiers signes de jaunissement ou de déformation ;
- les feuilles attirant de nouveaux adultes.
Dans la partie intermédiaire
Observez :
- les jeunes larves fixées ;
- les débuts de miellat ;
- les feuilles présentant des populations en augmentation ;
- les parasitoïdes ou prédateurs.
Sur les feuilles plus âgées
Recherchez :
- les larves âgées et pupariums ;
- les enveloppes laissées après la sortie des adultes ;
- le miellat collant ;
- la fumagine ;
- les pupariums parasités ou noircis.
Retournez délicatement les folioles sans secouer toute la plante. Une observation brusque fait s’envoler les adultes et rend le comptage moins fiable.
Quels dégâts directs provoque la mouche blanche ?
Les adultes et les larves introduisent leur rostre dans les tissus et prélèvent la sève élaborée.
Lorsque la population augmente, les conséquences possibles comprennent :
- ralentissement de la croissance ;
- jaunissement diffus du feuillage ;
- affaiblissement des jeunes plantes ;
- chute prématurée de certaines feuilles ;
- maturation irrégulière des fruits ;
- réduction du rendement ;
- augmentation du déclassement commercial.
Ces symptômes ne sont pas spécifiques. Une salinité, une asphyxie racinaire, une carence, un défaut de fertigation ou une virose peuvent provoquer un affaiblissement comparable.
Miellat et fumagine sur tomate
Les aleurodes absorbent une sève riche en sucres. La fraction excédentaire est rejetée sous forme de miellat.
Le miellat est :
- transparent et collant au début ;
- présent sur les feuilles situées sous les colonies ;
- capable de retenir la poussière ;
- favorable au développement de champignons superficiels formant la fumagine.
Comment reconnaître la fumagine ?
La fumagine produit un dépôt noir à brun foncé sur :
- les feuilles ;
- les pétioles ;
- les tiges ;
- les fruits ;
- les ficelles ou équipements recevant le miellat.
Le dépôt reste généralement superficiel. Une partie peut être retirée en frottant doucement la surface avec un tissu humide.
Cette caractéristique permet de la distinguer de certaines nécroses intégrées aux tissus. Elle ne permet toutefois pas d’identifier l’insecte producteur du miellat, car des pucerons ou des cochenilles peuvent également favoriser la fumagine.
Pourquoi la fumagine est-elle nuisible ?
Une couverture importante peut :
- réduire la lumière atteignant la feuille ;
- perturber la photosynthèse ;
- accélérer le vieillissement du feuillage ;
- souiller les fruits ;
- perturber leur coloration ;
- rendre le nettoyage difficile ;
- entraîner un déclassement commercial.
Nettoyer la fumagine sans maîtriser les aleurodes ne résout pas le problème, car le miellat continue à être produit.
Fumagine, maladie foliaire ou brûlure : comment les distinguer ?
| Observation | Hypothèse | Vérification |
|---|---|---|
| Dépôt noir superficiel et collant | Fumagine sur miellat | Frotter doucement et rechercher les aleurodes sous les feuilles |
| Tache brune intégrée au tissu | Maladie foliaire, phytotoxicité ou nécrose | Observer les limites, le revers, la progression et la répartition |
| Dépôt blanc ou gris poudreux | Oïdium, poussière ou résidu séché | Examiner à la loupe et comparer avec des feuilles non traitées |
| Bandes brûlées après traitement | Phytotoxicité ou chevauchement | Vérifier les passages, la dose et la date d’apparition |
Pourquoi Bemisia tabaci est-elle un vecteur dangereux ?
Le principal risque phytosanitaire ne provient pas toujours du nombre d’insectes, mais de leur capacité à acquérir un virus sur une plante infectée puis à le transmettre à des plantes saines.
Une plante infectée peut devenir une source de virus pour les adultes qui s’y alimentent. Ces adultes se déplacent ensuite vers :
- les plantes voisines ;
- un autre rang ;
- une autre serre ;
- des adventices ou cultures proches ;
- de jeunes plants très sensibles.
La lutte contre le vecteur limite la propagation, mais ne guérit pas les plantes déjà infectées.
TYLCV et maladie des feuilles jaunes en cuillère
Le Tomato yellow leaf curl virus, ou TYLCV, est l’une des viroses les plus importantes associées à Bemisia tabaci sur tomate.
Les symptômes possibles comprennent :
- jaunissement des jeunes feuilles ;
- enroulement des bords vers le haut ;
- aspect en cuillère ;
- réduction de la taille des folioles ;
- entre-nœuds courts ;
- rabougrissement ;
- chute ou avortement des fleurs ;
- nouaison fortement réduite.
Une infection précoce peut compromettre fortement le potentiel de production. Une infection tardive peut toucher seulement la partie supérieure et avoir un effet moins important sur les bouquets déjà formés.
Attention au diagnostic visuel
Des feuilles recroquevillées peuvent également résulter de la chaleur, d’un stress hydrique, d’une phytotoxicité, d’une dérive d’herbicide ou d’une autre virose.
La présence simultanée de mouches blanches renforce l’hypothèse d’une maladie transmise par aleurodes, mais elle ne confirme pas le TYLCV.
Virus de la chlorose de la tomate
Le Tomato chlorosis virus, ou ToCV, peut également être transmis par des aleurodes.
Les symptômes apparaissent souvent d’abord sur les feuilles basses ou intermédiaires :
- jaunissement internervaire ;
- épaississement ou fragilité du limbe ;
- roulement de certaines feuilles ;
- réduction de la photosynthèse ;
- affaiblissement progressif ;
- maturation et calibre perturbés.
La chlorose peut être confondue avec :
- une carence en magnésium ;
- une carence en azote ;
- un problème racinaire ;
- une salinité ;
- un vieillissement normal des feuilles ;
- une autre virose.
Une analyse spécialisée devient nécessaire lorsque l’enjeu économique est important ou que les symptômes progressent malgré la correction des facteurs agronomiques.
Le ToBRFV est-il transmis par la mouche blanche ?
Non. Le ToBRFV au Maroc est principalement transmis mécaniquement par les semences ou plants contaminés, les mains, les outils, les vêtements, les caisses et les équipements.
La présence de Bemisia tabaci dans une serre atteinte de ToBRFV ne signifie donc pas que l’aleurode constitue son vecteur biologique.
Les deux problèmes peuvent néanmoins coexister et nécessitent deux stratégies distinctes :
- hygiène et limitation des contacts pour le ToBRFV ;
- surveillance du vecteur, filets, auxiliaires et lutte intégrée contre les aleurodes.
Cycle biologique de Bemisia tabaci
Le cycle comprend :
- l’œuf ;
- quatre stades larvaires ;
- le stade précédant l’émergence de l’adulte ;
- l’adulte ailé.
La durée du cycle dépend fortement :
- de la température ;
- de la plante hôte ;
- de l’âge de la feuille ;
- de l’humidité ;
- de l’état nutritionnel de la culture ;
- du groupe génétique de la population.
Sous des conditions chaudes et favorables, plusieurs générations peuvent se chevaucher. Une même serre contient alors simultanément des œufs, de jeunes larves, des larves âgées et des adultes.
Cette coexistence explique pourquoi une seule intervention atteint rarement tous les stades.
Quelles conditions favorisent les infestations ?
Le risque augmente notamment avec :
- des températures favorables pendant une longue période ;
- la présence continue de cultures hôtes ;
- des serres dépourvues de filets adaptés ;
- des portes laissées ouvertes ;
- des plants déjà infestés ;
- des adventices hébergeant le ravageur ;
- des résidus de culture conservant les populations ;
- des traitements détruisant les auxiliaires ;
- des transferts de caisses, plants ou équipements entre unités.
Les conditions estivales sous abri peuvent favoriser une progression rapide. La surveillance doit donc commencer dès l’introduction des plants et non après l’apparition du miellat.
Comment surveiller la mouche blanche sous serre ?
La surveillance doit combiner deux outils :
- les panneaux jaunes englués pour détecter les adultes ailés ;
- l’observation directe des feuilles pour mesurer les stades fixés.
Panneaux jaunes englués
Les adultes sont attirés par la couleur jaune.
Placez les panneaux :
- au-dessus ou légèrement au niveau du sommet de la culture ;
- près des portes et ouvertures ;
- dans le centre des blocs ;
- près des zones historiquement infestées ;
- dans les jeunes plantations ;
- à proximité des éventuelles déchirures de filet.
Ajustez leur hauteur avec la croissance des plantes.
Comment relever les panneaux ?
Pour obtenir des données comparables :
- numérotez chaque panneau ;
- conservez le même emplacement ;
- effectuez les relevés à fréquence régulière ;
- comptez séparément les aleurodes des autres insectes ;
- remplacez les plaques saturées, poussiéreuses ou couvertes d’auxiliaires ;
- notez les ouvertures, traitements ou travaux pouvant modifier les captures.
Les panneaux jaunes ne sont pas spécifiques. Ils capturent aussi des moucherons, pucerons ailés, mineuses, thrips et auxiliaires.
Observation des feuilles
Définissez un parcours fixe dans chaque bloc et observez toujours un nombre comparable de plantes.
Notez séparément :
- les adultes ;
- les œufs ;
- les jeunes larves ;
- les larves âgées ;
- les pupariums vides ;
- les stades parasités ;
- le miellat ;
- la fumagine ;
- les symptômes de virose.
Une diminution des adultes sur les panneaux ne prouve pas la disparition des larves fixées sous les feuilles.
Existe-t-il un seuil universel d’intervention ?
Non. Le seuil dépend :
- de la culture et du stade ;
- de la présence connue de viroses ;
- de la variété et de ses résistances ;
- de la destination commerciale ;
- de la population d’auxiliaires ;
- de la saison ;
- du type de serre ;
- du mode de comptage utilisé.
Lorsque le TYLCV circule dans l’environnement, la tolérance à la présence de Bemisia tabaci peut être beaucoup plus faible que dans une situation où seuls les dégâts directs sont redoutés.
Un seuil provenant d’un autre pays, d’un autre type de piège ou d’une autre variété ne doit pas être appliqué automatiquement.
Prévenir l’entrée des mouches blanches
Contrôler les plants
Avant l’introduction dans la serre :
- inspectez le dessous des jeunes feuilles ;
- recherchez les adultes et les larves ;
- examinez les panneaux de la pépinière lorsque les données sont disponibles ;
- vérifiez l’origine et le lot ;
- isolez les plateaux suspects ;
- évitez de mélanger des lots non contrôlés.
Une jeune plante porteuse de quelques œufs ou larves peut introduire le ravageur sans provoquer d’envol visible.
Installer des filets adaptés
Les ouvertures doivent être protégées par des filets compatibles avec la petite taille des aleurodes.
Contrôlez :
- les portes ;
- les aérations latérales ;
- les ouvertures de toiture ;
- les passages de tuyaux ;
- les jonctions entre le filet et la structure ;
- les déchirures provoquées par le vent ou le matériel.
Une maille très fine peut réduire la ventilation et augmenter la température ou l’humidité. Le choix doit donc concilier exclusion des insectes et gestion du climat.
Organiser l’entrée
Un sas ou une double porte limite les introductions lors des déplacements.
Les portes ne doivent pas rester ouvertes pendant :
- la livraison des plants ;
- la sortie des récoltes ;
- le déplacement des caisses ;
- les opérations de maintenance ;
- les périodes de forte activité des insectes à l’extérieur.
Gérer les adventices et plantes réservoirs
Bemisia tabaci peut vivre sur de nombreuses plantes cultivées et adventices.
La gestion doit couvrir :
- l’intérieur de la serre ;
- les bordures ;
- les fossés ;
- les zones de déchets ;
- les anciennes cultures ;
- les repousses de tomate ;
- les plantes ornementales proches des unités.
Une adventice peut servir simultanément de refuge au vecteur et de réservoir à certains virus.
Évitez toutefois de détruire brutalement une végétation extérieure fortement infestée sans préparer la protection de la serre, car les adultes peuvent se déplacer vers la culture voisine.
Gestion de la fin de culture
Les aleurodes ne doivent pas être laissés sur les plantes après la dernière récolte.
Le plan de fin de cycle doit prévoir :
- le maintien de la surveillance ;
- la fermeture des ouvertures pendant les opérations à risque ;
- le retrait rapide des plantes ;
- la gestion des résidus et adventices ;
- le nettoyage des caisses et chariots ;
- la suppression des repousses ;
- un vide sanitaire lorsque cela est possible ;
- la surveillance de la culture suivante.
Déplacer des plantes encore couvertes d’adultes à travers l’exploitation peut disséminer le ravageur vers les pépinières et jeunes plantations.
Biocontrôle de la mouche blanche
Le biocontrôle fonctionne mieux lorsqu’il est introduit tôt, avant l’installation d’une forte population et avant l’accumulation de résidus insecticides incompatibles.
Eretmocerus mundus
Eretmocerus mundus est un parasitoïde particulièrement associé à Bemisia tabaci.
La femelle dépose son œuf sous une larve d’aleurode. Après l’éclosion, le parasitoïde pénètre dans son hôte et poursuit son développement.
Son installation dépend notamment :
- de la présence des stades larvaires appropriés ;
- de la température ;
- de la date des lâchers ;
- de la répartition des cartes ou supports ;
- de la compatibilité avec les traitements ;
- de la qualité du produit biologique livré.
Encarsia formosa
Encarsia formosa est un parasitoïde largement utilisé contre les aleurodes sous serre. Il est particulièrement connu contre Trialeurodes vaporariorum, mais peut contribuer à la gestion de certaines populations de Bemisia tabaci.
Les pupariums parasités peuvent prendre une coloration sombre caractéristique selon l’espèce d’aleurode et le parasitoïde concerné.
Eretmocerus eremicus
Eretmocerus eremicus peut également parasiter des larves d’aleurodes. Son intérêt dépend de l’espèce présente, de la température et du programme de protection biologique.
Macrolophus pygmaeus
Cette punaise prédatrice peut consommer :
- des œufs et larves d’aleurodes ;
- des œufs de Tuta absoluta ;
- de petites larves et d’autres proies.
Son installation précoce peut renforcer la protection contre plusieurs ravageurs de la tomate.
Nesidiocoris tenuis
Nesidiocoris tenuis est également capable de consommer des aleurodes et des œufs ou jeunes larves de Tuta absoluta.
Il peut cependant piquer la plante lorsque :
- sa population devient très élevée ;
- les proies deviennent rares ;
- les conditions de culture favorisent son comportement phytophage.
Sa population doit donc être suivie et gérée selon un protocole technique.
Acariens prédateurs
Certains acariens prédateurs, notamment Amblyseius swirskii, peuvent consommer des œufs ou de très jeunes stades d’aleurodes, ainsi que des larves de thrips.
Leur efficacité dépend de la température, de l’humidité, de la disponibilité de nourriture et de leur compatibilité avec les interventions.
Champignons entomopathogènes
Des produits microbiens fondés sur des champignons entomopathogènes peuvent agir sur certains stades d’aleurodes lorsque :
- le produit commercial est autorisé pour l’usage ;
- l’humidité et la température permettent son activité ;
- la couverture atteint la face inférieure des feuilles ;
- les conditions de conservation ont été respectées ;
- le produit reste compatible avec les auxiliaires présents.
La simple présence du nom d’un micro-organisme dans un document étranger ne prouve pas qu’un produit commercial correspondant est autorisé sur tomate au Maroc.
Comment vérifier la réussite du biocontrôle ?
Ne vous limitez pas au nombre d’auxiliaires introduits.
Recherchez :
- les parasitoïdes adultes ;
- les larves ou pupariums parasités ;
- les prédateurs installés sur plusieurs rangs ;
- la diminution des jeunes stades vivants ;
- la stabilisation des captures ;
- la baisse de la production de miellat ;
- l’absence de nouveaux foyers de virose.
Une introduction biologique peut échouer en raison :
- d’un lâcher trop tardif ;
- d’une température inadaptée ;
- de résidus insecticides ;
- d’une mauvaise répartition ;
- d’une infestation initiale trop élevée ;
- d’une confusion sur l’espèce d’aleurode ;
- d’une mauvaise qualité ou conservation des auxiliaires.
Quand envisager une intervention phytopharmaceutique ?
La décision doit intégrer :
- les captures sur panneaux ;
- les adultes observés sur les feuilles ;
- le nombre de larves vivantes ;
- le niveau de parasitisme ;
- la présence de prédateurs ;
- le risque de virose ;
- le stade de la culture ;
- la proximité de la récolte ;
- l’historique des groupes IRAC déjà employés.
Une intervention généralisée contre quelques adultes isolés peut détruire les auxiliaires et provoquer une reprise ultérieure plus difficile à maîtriser.
Comment vérifier les produits autorisés au Maroc ?
Consultez l’Index phytosanitaire officiel de l’ONSSA.
Effectuez une recherche multicritère et vérifiez :
- le nom commercial exact ;
- la culture « tomate » ;
- l’organisme nuisible « mouche blanche » ou l’usage correspondant ;
- la formulation ;
- la dose autorisée ;
- le nombre maximal d’applications ;
- le délai avant récolte ;
- le délai de rentrée ;
- les précautions pour les auxiliaires et pollinisateurs ;
- la date d’expiration ou la validité de l’autorisation.
Vérification dynamique obligatoire
L’Index phytosanitaire contient les produits homologués, qu’ils soient effectivement commercialisés ou non.
En cas de différence ou de doute, l’attestation d’homologation ou l’autorisation de vente en vigueur constitue la référence pour le produit commercial exact.
Résistance de Bemisia tabaci aux insecticides
Bemisia tabaci possède une forte capacité à développer des résistances, particulièrement dans les systèmes où les mêmes familles d’insecticides sont utilisées à répétition.
La sélection est favorisée par :
- un cycle rapide ;
- plusieurs générations annuelles ;
- une forte pression de traitement ;
- la présence permanente de plantes hôtes ;
- des doses ou couvertures insuffisantes ;
- des applications répétées sur des populations déjà peu sensibles ;
- la destruction des ennemis naturels.
Changer de marque ne signifie pas changer de mode d’action
Deux produits commerciaux différents peuvent appartenir au même groupe IRAC.
Pour construire une véritable rotation :
- identifiez le groupe IRAC de chaque produit ;
- évitez de répéter le même groupe sur des générations successives ;
- respectez le nombre maximal d’applications ;
- n’utilisez pas une dose inférieure ou supérieure à la dose autorisée ;
- alternez uniquement avec des usages homologués ;
- associez les méthodes physiques et biologiques ;
- enregistrez les résultats après chaque intervention.
Pourquoi un traitement peut-il échouer ?
Une baisse d’efficacité ne prouve pas automatiquement une résistance.
Vérifiez :
- l’espèce réellement présente ;
- le stade ciblé ;
- la date d’application ;
- la face inférieure des feuilles ;
- le débit des buses ;
- le volume appliqué ;
- la pression ;
- la pénétration dans le couvert ;
- la qualité de l’eau ;
- le pH et les incompatibilités du mélange ;
- la température pendant l’intervention ;
- la réinfestation provenant de l’extérieur.
Une mauvaise buse pulvérisateur agricole ou un défaut de calibrage pulvérisateur agricole peut empêcher la bouillie d’atteindre le dessous des feuilles.
Les œufs et larves restant sur la plante après une application peuvent également produire une nouvelle population d’adultes quelques jours plus tard.
Protéger les auxiliaires et les pollinisateurs
Avant toute intervention, vérifiez :
- la sélectivité du produit pour les parasitoïdes ;
- ses effets sur les punaises prédatrices ;
- ses effets sur les acariens prédateurs ;
- sa compatibilité avec les bourdons ;
- la durée des effets résiduels ;
- le délai avant un nouveau lâcher ;
- la possibilité de traiter uniquement le foyer.
Un produit ayant un effet rapide sur les adultes peut compromettre plusieurs semaines de protection biologique s’il détruit également les auxiliaires installés.
12 leviers de lutte intégrée
- Introduire uniquement des plants inspectés et traçables.
- Installer des filets adaptés sur toutes les ouvertures.
- Maintenir les portes fermées et organiser un sas.
- Placer les panneaux jaunes dès l’arrivée des plants.
- Observer régulièrement le dessous des feuilles.
- Cartographier les premiers foyers.
- Éliminer les adventices et repousses réservoirs.
- Introduire les auxiliaires suffisamment tôt.
- Préserver les parasitoïdes et prédateurs déjà présents.
- Utiliser uniquement des produits autorisés et justifiés.
- Alterner réellement les groupes IRAC.
- Gérer rapidement les résidus en fin de culture.
Plan d’action selon la situation
| Situation observée | Actions prioritaires |
|---|---|
| Aucune capture ni présence sur les feuilles | Maintenir les panneaux, contrôler les plants et les filets, préparer le programme biologique |
| Premiers adultes isolés | Inspecter les feuilles, rechercher la porte d’entrée, renforcer la surveillance et les auxiliaires |
| Œufs ou jeunes larves localisés | Marquer le foyer, intensifier le biocontrôle, vérifier les adventices et suivre plusieurs fois la zone |
| Miellat et début de fumagine | Évaluer tous les stades, protéger les fruits, corriger la stratégie avant l’augmentation de la population |
| Plantes présentant des symptômes de virose | Marquer, limiter les déplacements, demander un diagnostic et renforcer immédiatement la maîtrise du vecteur |
| Population élevée malgré les interventions | Contrôler l’identification, le matériel, la résistance, les groupes IRAC, les sources extérieures et la fin de culture |
Que faut-il inscrire dans le registre ?
Le suivi doit être intégré au registre traitement phytosanitaire.
Notez :
- la date d’observation ;
- la serre, le bloc et le rang ;
- le numéro des panneaux jaunes ;
- les captures d’adultes ;
- les feuilles examinées ;
- les œufs et larves observés ;
- le niveau de parasitisme ;
- les prédateurs présents ;
- la présence de miellat ou de fumagine ;
- les plantes suspectes de virose ;
- les lâchers d’auxiliaires ;
- les produits microbiens ou phytopharmaceutiques utilisés ;
- le groupe IRAC ;
- le DAR ;
- le résultat du contrôle suivant.
Matériel utile pour la surveillance et le biocontrôle
- panneaux jaunes englués ;
- supports réglables ;
- loupe de terrain ;
- aspirateur entomologique manuel ;
- sachets de prélèvement ;
- marqueurs de foyers ;
- compteur manuel ;
- cartes ou supports d’auxiliaires ;
- filets anti-insectes ;
- matériel de réparation des ouvertures ;
- contenants fermés pour les résidus ;
- tableau ou application de suivi.
Erreurs fréquentes contre la mouche blanche
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Attendre la fumagine | Détection tardive et risque viral déjà présent | Installer les panneaux dès la plantation |
| Observer seulement les adultes | Œufs et larves ignorés | Examiner plusieurs étages foliaires |
| Confondre fumagine et maladie du tissu | Mauvais diagnostic et traitement inutile | Tester le caractère superficiel et rechercher le miellat |
| Traiter uniquement la face supérieure | Stades fixés insuffisamment atteints | Contrôler la couverture sous les feuilles |
| Répéter le même groupe IRAC | Sélection rapide de résistance | Alterner réellement les modes d’action |
| Détruire les auxiliaires | Reprise rapide des populations | Vérifier la sélectivité avant l’application |
| Laisser les adventices sous la serre | Réservoirs du ravageur et de virus | Mettre en place une gestion régulière des hôtes |
| Diagnostiquer le TYLCV uniquement avec une photo | Confusion avec stress, phytotoxicité ou autre virose | Comparer la répartition et demander une confirmation |
Questions fréquentes sur la mouche blanche sur tomate
Comment savoir si une tomate porte des mouches blanches ?
Retournez doucement les jeunes feuilles et recherchez les adultes blancs, les œufs et les larves aplaties. Le déplacement de la plante peut également provoquer l’envol de petits adultes, mais ce signe ne suffit pas pour déterminer l’espèce.
Pourquoi les feuilles deviennent-elles collantes ?
Le liquide collant est généralement du miellat rejeté par les aleurodes ou d’autres insectes suceurs. Il favorise ensuite le développement de la fumagine.
La fumagine est-elle un virus ?
Non. Il s’agit d’un dépôt fongique superficiel se développant sur le miellat. Elle indique généralement la présence d’une population importante d’insectes producteurs de miellat.
La mouche blanche transmet-elle le TYLCV ?
Oui. Bemisia tabaci est le vecteur du TYLCV et d’autres virus de la tomate. La lutte contre les adultes limite la diffusion, mais ne guérit pas les plantes déjà infectées.
La mouche blanche transmet-elle le ToBRFV ?
Elle n’est pas considérée comme le vecteur biologique du ToBRFV. Ce dernier se transmet surtout par les contacts, les outils, les plants, les mains et les équipements contaminés.
Les panneaux jaunes éliminent-ils l’infestation ?
Non. Ils servent surtout à détecter et suivre les adultes. Ils ne capturent pas les œufs et larves fixés sous les feuilles et peuvent aussi piéger des auxiliaires.
Quel auxiliaire utiliser contre Bemisia tabaci ?
Eretmocerus mundus, certains autres parasitoïdes et des prédateurs comme Macrolophus pygmaeus ou Nesidiocoris tenuis peuvent participer à la lutte. Le choix dépend de l’espèce présente, du climat, des traitements antérieurs et de la disponibilité de solutions autorisées.
Pourquoi les insecticides deviennent-ils moins efficaces ?
Bemisia tabaci développe facilement des résistances lorsque les mêmes modes d’action sont répétés. Une mauvaise couverture, une réinfestation ou un mauvais ciblage des stades peuvent également expliquer l’échec.
Peut-on nettoyer la fumagine sur les fruits ?
Une partie du dépôt peut parfois être nettoyée, mais le fruit peut rester taché ou déclassé. La priorité consiste à supprimer la production de miellat en maîtrisant le ravageur.
Faut-il arracher une plante suspecte de TYLCV ?
La conduite dépend du niveau de suspicion, du nombre de plantes et du protocole de l’exploitation. Marquez d’abord la plante, limitez les déplacements, contrôlez les aleurodes et organisez une confirmation avant une manipulation susceptible de disperser les adultes.
Comment protéger les jeunes plants ?
Utilisez des plants inspectés, des abris protégés par des filets, des panneaux jaunes précoces, une surveillance fréquente et des auxiliaires installés avant l’augmentation des populations.
Mouche blanche sur tomate : maîtriser le vecteur avant les dégâts visibles
La mouche blanche sur tomate ne doit pas être évaluée uniquement selon la quantité de fumagine ou le nombre d’adultes qui s’envolent.
Bemisia tabaci provoque des dégâts directs, produit le miellat qui favorise la fumagine et transmet des virus capables d’affecter durablement le rendement.
La stratégie la plus efficace commence par l’exclusion : plants sains, filets adaptés, portes contrôlées, suppression des hôtes réservoirs et surveillance par panneaux jaunes.
L’observation des stades fixés sous les feuilles permet ensuite de vérifier si la population augmente ou si les parasitoïdes et prédateurs la régulent.
Le biocontrôle doit être installé précocement et protégé des traitements incompatibles. Lorsqu’une intervention phytopharmaceutique devient nécessaire, elle doit utiliser un produit autorisé sur tomate au Maroc, atteindre le stade visé et s’inscrire dans une véritable alternance des groupes IRAC.
Cette combinaison permet de réduire la fumagine, préserver la qualité des fruits, limiter les viroses et ralentir l’apparition des résistances.
Ne pas attendre le nuage blanc
Installez les panneaux dès la plantation, inspectez le dessous des feuilles et signalez rapidement les plantes présentant un jaunissement ou un enroulement inhabituel.
Reconnaître les aleurodes Vérifier les usages autorisés
Sources officielles et techniques
- ONSSA — Index phytosanitaire officiel des produits homologués au Maroc
- ONSSA — Homologation des produits phytopharmaceutiques
- OEPP — Enquête sur Bemisia tabaci et les bégomovirus de la tomate au Maroc
- OEPP — Données techniques sur Bemisia tabaci
- INRAE — Aleurodes sur tomate : identification, biologie et protection
- INRAE — Biocontrôle de Bemisia tabaci
- IRAC — Bemisia tabaci, résistance et protection intégrée
- IRAC — Ressources sur la gestion des résistances


