Cochenille du cactus : au Maroc, ce ravageur forme des amas cireux blancs sur les raquettes du figuier de Barbarie, aspire la sève et peut provoquer le jaunissement, le dessèchement puis l’effondrement complet des plantes sensibles. Une détection précoce reste indispensable, car les jeunes larves se dispersent facilement et les colonies deviennent beaucoup plus difficiles à contenir lorsqu’elles recouvrent plusieurs raquettes.

L’espèce responsable est Dactylopius opuntiae, parfois appelée cochenille sauvage ou fausse cochenille carminée du cactus. Elle ne doit pas être confondue avec une simple moisissure blanche, une sécrétion naturelle de la plante ou une autre cochenille élevée pour produire un colorant.
Les femelles restent fixées sur les raquettes et sont protégées par une cire blanche cotonneuse. Lorsqu’une femelle vivante est délicatement écrasée, elle libère un liquide rouge carmin caractéristique. Les mâles adultes, beaucoup plus rares et de courte durée de vie, sont petits et ailés.
La lutte ne repose pas sur une pulvérisation unique. Elle associe la surveillance, l’interdiction de déplacer du matériel infesté, l’assainissement rapide des foyers, le nettoyage des caisses et véhicules, l’utilisation de matériel végétal résistant et l’application éventuelle d’un produit autorisé pour l’usage exact au Maroc.
La solution la plus durable pour reconstruire les plantations détruites repose sur les huit variétés résistantes sélectionnées par l’INRA : Marjana, Belara, Karama, Ghalia, Angad, Cherratia, Akria ou Aakria, et Melk Zhar.
Ce guide complète notre méthode de diagnostic phytosanitaire, notre page consacrée aux traitements phytosanitaires au Maroc, notre guide sur le calibrage du pulvérisateur agricole et notre article sur les buses de pulvérisation agricole.
Conduite immédiate devant un amas blanc sur une raquette
Ne déplacez pas la raquette, le fruit, la caisse ou l’outil vers une parcelle saine. Isolez la zone, examinez plusieurs amas à la loupe et vérifiez si un léger écrasement révèle le corps rouge de la cochenille.
Marquez les plantes suspectes et contactez le service local de protection des végétaux lorsque le foyer apparaît dans une zone jusque-là indemne ou lorsque sa gestion exige l’arrachage et la destruction de nombreuses plantes.
Cochenille du cactus : quels symptômes faut-il reconnaître ?
Les premiers foyers peuvent rester limités à une seule raquette ou à une zone protégée près de sa base.
Les signes caractéristiques comprennent :
- de très petits points blancs sur une jeune raquette ;
- des filaments ou flocons cireux ressemblant à du coton ;
- des colonies blanches disposées le long des aréoles ;
- un corps rouge sombre sous la cire ;
- un jaunissement localisé autour des colonies ;
- une perte de fermeté de la raquette ;
- des zones desséchées ou brunies ;
- une raquette qui se ratatine puis s’affaisse ;
- une extension progressive vers les raquettes voisines ;
- la mort de la plante lors d’une forte infestation.
Comment reconnaître Dactylopius opuntiae ?
Femelles adultes
Les femelles sont les formes les plus visibles et les plus dommageables.
Elles présentent :
- un corps ovale et aplati ;
- une couleur rouge carmin à rouge sombre ;
- une absence d’ailes ;
- un corps recouvert d’une sécrétion cireuse blanche ;
- une installation fixe sur la surface de la raquette ;
- des colonies pouvant fusionner en larges masses cotonneuses.
La couche cireuse limite la perte d’eau et protège partiellement l’insecte contre le soleil, la pluie et les produits agissant uniquement par contact.
Jeunes larves mobiles
Les premières larves, souvent appelées jeunes stades mobiles ou crawlers, sont beaucoup plus petites que les femelles.
Elles sont :
- rouges à orangées ;
- pourvues de pattes fonctionnelles ;
- capables de se déplacer sur la raquette ;
- facilement transportées par le vent ;
- souvent associées à de fins filaments cireux ;
- plus difficiles à observer sans loupe.
Après avoir trouvé un emplacement favorable, elles se fixent, commencent à aspirer la sève et produisent progressivement leur couverture cireuse.
Mâles adultes
Les mâles adultes sont :
- plus petits que les femelles ;
- dotés d’ailes ;
- de courte durée de vie ;
- principalement destinés à la reproduction ;
- moins responsables des dégâts directs.
Le vol de nombreux petits mâles peut gêner ponctuellement les habitants proches d’une plantation très infestée. L’ONSSA précise toutefois que cet insecte ne constitue pas un danger pour l’être humain ou les animaux.
Pourquoi la cochenille paraît-elle blanche alors que son corps est rouge ?
Le corps de l’insecte contient un liquide rouge carmin, mais il est recouvert de filaments cireux blancs.
Cette cire lui permet notamment :
- de limiter la déshydratation ;
- de se protéger d’un rayonnement solaire intense ;
- de réduire le contact direct avec certaines gouttelettes ;
- de faciliter la dispersion des jeunes stades par le vent ;
- de masquer les individus au sein d’un amas cotonneux.
Le contraste entre la cire blanche et le contenu rouge constitue un critère de terrain important, sans remplacer une identification spécialisée lorsque le diagnostic reste incertain.
Comment les dégâts évoluent-ils sur les raquettes ?
Début d’infestation
La colonie commence souvent par quelques points blancs situés :
- près d’une aréole ;
- dans une légère dépression ;
- à la base d’une raquette ;
- dans une zone protégée du vent ;
- entre deux raquettes proches.
À ce stade, la raquette reste verte et ferme, mais une observation à la loupe révèle les jeunes stades et les premières femelles.
Infestation intermédiaire
Lorsque la population augmente :
- les amas blancs deviennent plus nombreux ;
- les colonies se rejoignent ;
- la surface perd sa couleur verte uniforme ;
- des plages jaunâtres apparaissent ;
- la croissance ralentit ;
- la raquette commence à perdre sa turgescence.
Infestation sévère
Une forte infestation entraîne :
- une décoloration généralisée ;
- un flétrissement permanent ;
- un dessèchement du tissu ;
- une chute des jeunes raquettes ;
- un affaissement des parties plus anciennes ;
- une réduction ou une disparition de la fructification ;
- la mort de la plante sensible.
Comment la cochenille se nourrit-elle ?
Les femelles et les jeunes stades introduisent leurs pièces buccales dans les tissus de la raquette et aspirent les liquides végétaux.
Une colonie importante provoque :
- une perte continue de sève ;
- une perturbation des tissus superficiels ;
- une diminution de la turgescence ;
- un affaiblissement des nouvelles pousses ;
- une baisse de la capacité de la plante à résister à la sécheresse ;
- un dessèchement progressif des raquettes.
Les plantes jeunes, récemment transplantées ou déjà stressées peuvent dépérir plus rapidement.
Cycle biologique de la cochenille du cactus
Le cycle comprend plusieurs étapes dont la durée varie avec la température, la saison, la variété de cactus et l’état de la plante.
- La femelle produit des œufs ou de très jeunes larves sous sa protection cireuse.
- Les jeunes larves mobiles quittent la femelle.
- Elles se déplacent sur la raquette ou sont emportées par le vent.
- Elles se fixent sur un tissu favorable.
- Les femelles passent par plusieurs stades avant de devenir adultes.
- Les mâles accomplissent des stades supplémentaires, dont une phase comparable à une pupe.
- Le mâle ailé féconde les femelles.
- De nouvelles générations se succèdent tant que les conditions restent favorables.
Plusieurs générations peuvent se chevaucher. Une même raquette peut donc porter simultanément des jeunes larves mobiles, des femelles immatures et des femelles adultes.
Comment la cochenille se disperse-t-elle ?
La dissémination peut être naturelle ou liée aux activités humaines.
Dispersion naturelle
Les jeunes stades peuvent être déplacés par :
- le vent ;
- les filaments cireux ;
- les contacts entre raquettes ;
- la pluie ou les éclaboussures ;
- les oiseaux ;
- les animaux traversant les plantations.
Dispersion par les activités agricoles
La propagation à longue distance est favorisée par :
- les raquettes destinées à la plantation ;
- les plants non contrôlés ;
- les fruits provenant d’une zone infestée ;
- les caisses en bois difficiles à nettoyer ;
- les outils portant des fragments de cire ou des insectes ;
- les vêtements et gants ;
- les remorques et véhicules stationnés dans un foyer ;
- la terre et les déchets transportés d’une parcelle à l’autre.
Le déplacement d’une raquette apparemment peu atteinte peut introduire quelques jeunes stades invisibles dans une zone saine.
Pourquoi faut-il éviter de déplacer les fruits d’une zone infestée ?
Les fruits ne constituent pas seulement une marchandise. Ils peuvent transporter :
- des larves dissimulées près de leur base ;
- des filaments cireux ;
- des insectes présents sur les caisses ;
- des fragments de raquettes ;
- des contaminants fixés aux véhicules.
L’ONSSA recommande de ne pas déplacer les fruits d’une zone infestée vers une zone saine sans respecter les mesures phytosanitaires applicables.
Les caisses en plastique lavables sont préférables aux caisses en bois poreuses. Elles doivent être nettoyées et désinfectées selon un protocole validé avant leur réutilisation.
Cochenille du cactus ou moisissure blanche ?
Une moisissure peut produire un feutrage blanc, mais son aspect et son comportement diffèrent.
| Critère | Cochenille du cactus | Moisissure ou champignon superficiel |
|---|---|---|
| Aspect | Amas cotonneux constitués de cire et d’insectes | Feutrage diffus ou poudreux |
| Sous la couche blanche | Corps ovales rouges à rouge sombre | Absence de corps d’insecte rouge |
| Mobilité | Petites larves mobiles visibles à la loupe | Aucun insecte mobile |
| Écrasement | Liquide rouge carmin possible | Pas de liquide rouge caractéristique |
Cochenille ou dépôt naturel sur la raquette ?
Les aréoles du cactus peuvent porter des soies, des glochides ou de petits dépôts naturels.
Un élément naturel est généralement :
- régulièrement associé aux aréoles ;
- présent de manière comparable sur plusieurs raquettes saines ;
- dépourvu de corps rouge ;
- sans progression rapide ;
- sans jaunissement périphérique ;
- sans larves mobiles.
Une colonie de cochenilles augmente au fil des observations et finit par s’étendre au-delà des aréoles initialement touchées.
La cochenille du cactus est-elle dangereuse pour l’être humain ?
L’insecte constitue un danger majeur pour la culture, mais l’ONSSA indique qu’il ne présente pas de risque pour l’être humain ou l’animal.
Cette absence de risque sanitaire direct ne signifie pas que les fruits infestés peuvent être transportés librement. Le principal danger réside dans la dissémination du ravageur vers les plantations encore saines.
Un fruit fortement souillé, déformé ou provenant d’une zone soumise à des restrictions phytosanitaires doit être géré conformément aux instructions locales.
Comment surveiller une plantation de cactus ?
Définir un parcours permanent
Inspectez en priorité :
- les bordures exposées au vent ;
- les abords des routes ;
- les zones de chargement ;
- les entrées de parcelles ;
- les plantations proches d’un foyer connu ;
- les jeunes replantations ;
- les zones où des raquettes ont récemment été introduites.
Examiner plusieurs niveaux
Sur chaque plante sélectionnée, observez :
- les jeunes raquettes ;
- la base des raquettes ;
- les zones de contact ;
- les aréoles ;
- les parties protégées du vent ;
- les fruits et leur pédoncule ;
- les déchets présents au pied.
Utiliser une loupe
Une loupe de terrain facilite la détection :
- des jeunes larves rouges ;
- des premiers filaments cireux ;
- des femelles encore peu développées ;
- des prédateurs éventuellement présents ;
- de la viabilité réelle d’une colonie.
Marquer les foyers
Chaque plante suspecte doit être identifiée afin de suivre :
- la date de première détection ;
- le nombre de raquettes atteintes ;
- la progression vers les plantes voisines ;
- les mesures appliquées ;
- le résultat du contrôle suivant.
Existe-t-il un seuil universel d’intervention ?
Il n’existe pas de seuil unique adapté à toutes les situations marocaines.
La décision dépend :
- du caractère sain ou déjà infesté de la région ;
- du nombre de plantes touchées ;
- du nombre de raquettes colonisées ;
- de la variété sensible ou résistante ;
- de la proximité d’une pépinière ou d’une jeune plantation ;
- de la possibilité d’éliminer immédiatement le foyer ;
- de la vitesse de progression ;
- des instructions du service de protection des végétaux.
Dans une zone encore indemne, la découverte d’une seule colonie peut justifier une réaction officielle rapide afin d’empêcher son établissement.
Que faire devant un petit foyer isolé ?
La priorité consiste à empêcher la dispersion.
- Interdisez temporairement le déplacement de raquettes et fruits.
- Marquez les plantes infestées et leur périphérie.
- Commencez les travaux par la zone saine.
- Utilisez des gants et outils réservés au foyer.
- Placez les fragments infestés dans des contenants fermés.
- Nettoyez les outils, chaussures et véhicules avant de quitter la zone.
- Appliquez les mesures de destruction ou de traitement prescrites.
- Surveillez les plantes voisines pendant plusieurs cycles.
Il ne faut pas secouer, brosser ou transporter une raquette infestée à l’air libre, car cette manipulation peut projeter de nombreuses larves.
Pourquoi l’arrachage peut-il être nécessaire ?
Une plante fortement colonisée contient une quantité importante de femelles et de jeunes stades capables d’alimenter de nouveaux foyers.
L’élimination peut être nécessaire lorsque :
- la majorité des raquettes est infestée ;
- la plante est déjà desséchée ;
- le foyer vient d’apparaître dans une zone saine ;
- les interventions localisées ont échoué ;
- la plante sensible se trouve au milieu de variétés résistantes ;
- le maintien de la plante menace une pépinière voisine.
L’arrachage, le transport et la destruction doivent suivre les instructions de l’ONSSA ou du service local compétent. Les raquettes ne doivent pas être abandonnées sur une bordure ni utilisées comme fourrage.
Gestion des raquettes infestées
Les résidus infestés doivent être confinés pour éviter la fuite des larves.
Le protocole doit préciser :
- le type de contenant ;
- l’itinéraire de transport ;
- le lieu autorisé de destruction ;
- la profondeur d’enfouissement lorsque cette méthode est retenue ;
- les conditions éventuelles de brûlage autorisé ;
- le nettoyage des outils et véhicules ;
- la surveillance ultérieure de la zone.
Le brûlage ne doit jamais être improvisé. Il dépend des règles locales, des conditions de sécurité, du risque d’incendie et des prescriptions de l’autorité compétente.
Nettoyage des outils, caisses et véhicules
Avant de quitter un foyer :
- retirez les fragments végétaux visibles ;
- collectez les amas cireux sans les disperser ;
- lavez les surfaces lavables dans une zone contrôlée ;
- appliquez le protocole de désinfection validé ;
- nettoyez les roues et bas de caisse ;
- changez ou nettoyez les gants et vêtements ;
- conservez une traçabilité des déplacements.
L’eau de lavage ne doit pas s’écouler vers une plantation saine.
Variétés résistantes à la cochenille du cactus
L’INRA marocain a sélectionné huit variétés inscrites au catalogue officiel :
- Marjana ;
- Belara ;
- Karama ;
- Ghalia ;
- Angad ;
- Cherratia ;
- Akria, également transcrit Aakria ;
- Melk Zhar.
Ces variétés ont été sélectionnées après l’évaluation d’une importante collection d’écotypes marocains. Leur résistance représente aujourd’hui le principal levier de reconstruction durable de la filière.
Résistance signifie-t-elle immunité absolue ?
Une variété résistante limite fortement l’installation, la survie ou la reproduction du ravageur. Cela ne signifie pas nécessairement qu’aucun insecte ne pourra jamais être observé sur une raquette.
La surveillance reste nécessaire afin de :
- vérifier l’authenticité variétale ;
- détecter une contamination de plants sensibles mélangés au lot ;
- repérer une éventuelle évolution du ravageur ;
- contrôler les autres maladies et ravageurs ;
- éviter que les résidus cireux soient confondus avec une colonie active ;
- documenter la stabilité de la résistance dans chaque région.
Pourquoi l’origine des raquettes résistantes est-elle essentielle ?
Une raquette vendue sous le nom d’une variété résistante peut être mal identifiée ou mélangée avec du matériel sensible.
Le producteur doit rechercher :
- une origine officielle ou reconnue ;
- une identité variétale documentée ;
- une parcelle mère contrôlée ;
- une absence de cochenille ;
- une absence de pourriture ou de blessure ;
- une traçabilité du lot ;
- une adaptation à la région et à la destination du produit.
Une raquette résistante mais contaminée par d’autres agents pathogènes ne constitue pas un matériel de plantation satisfaisant.
Comment choisir parmi les huit variétés ?
La résistance à la cochenille constitue un critère déterminant, mais elle ne suffit pas à choisir la meilleure variété pour chaque exploitation.
Il faut également comparer :
- la période de floraison ;
- la date de maturité ;
- la couleur de la pulpe et de l’épiderme ;
- le calibre des fruits ;
- leur teneur en sucres ;
- le nombre et la taille des graines ;
- la productivité ;
- la facilité de récolte ;
- la présence d’épines ou de glochides ;
- la valeur fourragère des raquettes ;
- la tolérance à la sécheresse et au froid ;
- l’adaptation au sol local.
Un essai sur une petite surface permet de comparer les variétés avant une plantation à grande échelle.
Implanter une nouvelle plantation résistante
Préparer une parcelle propre
Avant la plantation :
- retirez les restes de cactus sensibles infestés ;
- surveillez les repousses ;
- nettoyez le matériel utilisé pour les travaux ;
- contrôlez les bordures et haies ;
- évitez l’introduction de caisses provenant d’un foyer ;
- organisez un accès distinct pour les véhicules.
Inspecter les raquettes
Chaque raquette doit être :
- ferme ;
- bien cicatrisée ;
- sans amas blanc ;
- sans pourriture ;
- sans blessure profonde ;
- conforme à la variété annoncée ;
- rattachée à un lot traçable.
Éviter le mélange avec des variétés sensibles
Quelques plantes sensibles peuvent devenir des foyers importants au milieu d’une plantation résistante.
Les lots doivent être identifiés dès la plantation et contrôlés au cours de la croissance.
Lutte biologique et ennemis naturels
Plusieurs prédateurs naturels ont été observés ou étudiés au Maroc, notamment des coccinelles, des syrphes et d’autres insectes consommant certains stades de la cochenille.
La coccinelle mexicaine Hyperaspis trifurcata a notamment fait l’objet d’évaluations dans le cadre de programmes de lutte biologique.
Son utilisation ne doit toutefois pas être improvisée. L’introduction, la multiplication et le lâcher d’un organisme exotique nécessitent :
- une évaluation scientifique ;
- une autorisation officielle ;
- un contrôle de l’identité et de la santé des insectes ;
- un protocole de lâcher ;
- un suivi de l’établissement ;
- une analyse des effets sur les espèces non ciblées.
Les producteurs ne doivent pas importer ou transporter eux-mêmes des coccinelles provenant d’une autre région ou d’un autre pays.
Prédateurs indigènes
Des études marocaines ont identifié plusieurs prédateurs associés à Dactylopius opuntiae.
Leur présence peut être favorisée par :
- la réduction des traitements non sélectifs ;
- le maintien d’une diversité végétale maîtrisée ;
- l’absence de poussière excessive ;
- la conservation de refuges adaptés ;
- une surveillance permettant de distinguer prédateurs et ravageurs.
La prédation naturelle peut ralentir un foyer, mais elle ne suffit pas toujours à empêcher la destruction d’une plantation sensible fortement infestée.
Biopesticides et solutions expérimentales
Des recherches marocaines évaluent notamment :
- des bactéries entomopathogènes ;
- des champignons entomopathogènes ;
- des nématodes entomopathogènes ;
- des extraits botaniques ;
- des produits à action physique ;
- des associations avec une taille sanitaire.
Un résultat expérimental ne constitue pas automatiquement une autorisation d’utilisation agricole.
Avant tout emploi, il faut vérifier :
- le produit commercial exact ;
- son autorisation au Maroc ;
- la culture « cactus » ou figuier de Barbarie ;
- l’usage contre la cochenille concernée ;
- la dose ;
- le mode d’application ;
- les équipements de protection ;
- les restrictions environnementales.
Quand envisager un traitement phytopharmaceutique ?
Un traitement peut être envisagé dans le cadre d’un programme officiel ou d’une lutte intégrée lorsque :
- le diagnostic est confirmé ;
- le foyer est encore limité ;
- les raquettes restent suffisamment vivantes ;
- la destruction immédiate n’est pas la seule mesure retenue ;
- le produit commercial est autorisé ;
- la couverture peut atteindre les colonies ;
- les risques de dispersion ont été maîtrisés.
Une plante presque entièrement desséchée ne retrouve pas sa productivité après la disparition des insectes. Son maintien peut au contraire prolonger la dissémination.
Pourquoi les traitements de contact peuvent-ils échouer ?
L’efficacité peut être limitée par :
- la couche cireuse protectrice ;
- la densité des amas cotonneux ;
- une couverture insuffisante ;
- la présence simultanée de plusieurs stades ;
- une application trop tardive ;
- une réinfestation par le vent ;
- des raquettes voisines non traitées ;
- un mauvais réglage du pulvérisateur ;
- un produit non autorisé ou mal adapté.
Une mortalité visible quelques jours après l’application ne dispense pas d’un contrôle ultérieur des jeunes larves.
Comment vérifier les produits autorisés au Maroc ?
Consultez l’Index phytosanitaire officiel de l’ONSSA.
La recherche doit vérifier simultanément :
- le nom commercial exact ;
- la culture indiquée ;
- l’usage contre la cochenille du cactus ;
- l’organisme nuisible mentionné ;
- la formulation ;
- la dose autorisée ;
- le volume ou mode d’application ;
- le nombre maximal d’interventions ;
- le délai avant récolte lorsqu’il est applicable ;
- le délai de rentrée ;
- les équipements de protection ;
- la validité de l’autorisation.
Vérification dynamique obligatoire
L’Index ONSSA, actualisé le 8 juillet 2026, répertorie les produits homologués au Maroc indépendamment de leur disponibilité commerciale.
En cas de doute, seules les attestations d’homologation ou d’autorisation de vente en vigueur font foi pour le produit commercial exact.
Qualité de pulvérisation
Lorsqu’une application autorisée est retenue, elle doit atteindre :
- les deux faces des raquettes ;
- les aréoles ;
- les zones de contact ;
- la base des jeunes pousses ;
- les colonies situées à l’intérieur de la plante ;
- la périphérie immédiate du foyer selon le protocole.
Avant de préparer le produit, contrôlez avec de l’eau propre :
- le calibrage du pulvérisateur agricole ;
- le débit de chaque buse de pulvérisation agricole ;
- la pression ;
- la vitesse d’avancement ;
- la couverture des deux faces ;
- le ruissellement ;
- la dérive vers les parcelles voisines.
Une pression excessive peut projeter les amas cireux et disperser les jeunes larves. L’objectif n’est donc pas de décaper mécaniquement les raquettes avec un jet violent.
Protéger les opérateurs
Les raquettes portent des épines ou des glochides capables de pénétrer la peau et les yeux.
Les personnes intervenant doivent utiliser :
- des gants résistants adaptés à la manipulation du cactus ;
- des lunettes ou une protection faciale ;
- des vêtements couvrants ;
- des chaussures fermées ;
- les équipements exigés par l’étiquette du produit ;
- des outils permettant de maintenir une distance avec les raquettes.
Consultez notre dossier sur l’équipement de protection contre les pesticides lorsqu’une application phytopharmaceutique est nécessaire.
Plan de lutte intégrée en 12 leviers
- Inspecter régulièrement les raquettes avec une loupe.
- Identifier les premiers amas blancs avant leur extension.
- Cartographier immédiatement chaque foyer.
- Interdire le déplacement non contrôlé de raquettes et fruits.
- Utiliser des caisses plastiques lavables et traçables.
- Nettoyer les outils, véhicules, vêtements et chaussures.
- Confiner et détruire les plantes fortement infestées selon les instructions officielles.
- Planter uniquement du matériel résistant authentifié.
- Éviter le mélange avec des variétés sensibles.
- Préserver et suivre les ennemis naturels.
- Vérifier chaque produit commercial dans l’Index ONSSA.
- Contrôler le foyer après l’intervention et pendant les générations suivantes.
Plan d’action selon la situation observée
| Situation | Actions prioritaires |
|---|---|
| Aucun symptôme dans une zone saine | Contrôler les entrées de raquettes, fruits, caisses et véhicules |
| Quelques points blancs isolés | Confirmer à la loupe, marquer la plante et suspendre les déplacements |
| Une seule raquette fortement atteinte | Confiner la raquette et appliquer le protocole local d’élimination ou de lutte |
| Plusieurs plantes infestées | Délimiter le foyer, contacter la protection des végétaux et organiser l’assainissement |
| Plantes entièrement desséchées | Éviter tout transport à l’air libre et procéder à une destruction encadrée |
| Nouvelle plantation résistante | Vérifier l’identité variétale, la traçabilité et l’absence de plantes sensibles |
| Amas observés sur une variété résistante | Confirmer la variété, vérifier la survie de la cochenille et signaler une évolution inhabituelle |
Que faut-il inscrire dans le registre ?
Le suivi peut être intégré au registre de traitement phytosanitaire.
- parcelle et localisation du foyer ;
- date de première observation ;
- variété de cactus ;
- origine des raquettes ;
- nombre de plantes inspectées ;
- nombre de plantes infestées ;
- nombre de raquettes atteintes ;
- présence de larves mobiles ;
- niveau de dessèchement ;
- mesures de confinement ;
- quantité de matériel retiré ;
- nettoyage des outils et véhicules ;
- produit commercial éventuellement appliqué ;
- dose, volume et délai de rentrée ;
- résultat des contrôles suivants.
Matériel utile pour la surveillance
- loupe de terrain ;
- gants résistants aux glochides ;
- lunettes de protection ;
- pince longue ;
- sécateur ou couteau désinfectable ;
- contenants solides et fermés ;
- sachets ou tubes de prélèvement ;
- marqueurs de foyers ;
- caisses plastiques lavables ;
- pulvérisateur correctement calibré lorsqu’un traitement autorisé est retenu ;
- fiche ou application de cartographie.
Erreurs fréquentes face à la cochenille du cactus
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Transporter une raquette légèrement infestée | Création d’un nouveau foyer | Confiner le matériel et respecter les restrictions |
| Confondre la cire avec une moisissure | Retard de diagnostic | Rechercher le corps rouge et les larves mobiles |
| Secouer les raquettes infestées | Projection des jeunes stades | Manipuler doucement dans un dispositif fermé |
| Abandonner les résidus en bordure | Maintien d’une source de dissémination | Appliquer le protocole officiel de destruction |
| Acheter des raquettes résistantes sans traçabilité | Mélange avec des variétés sensibles | Utiliser du matériel authentifié |
| Considérer la résistance comme une immunité définitive | Arrêt de la surveillance | Maintenir les observations et confirmer les cas inhabituels |
| Utiliser un jet très puissant | Dispersion mécanique des larves | Appliquer un protocole limitant les projections |
| Employer une recette trouvée sur Internet | Inefficacité, phytotoxicité ou usage non autorisé | Vérifier le produit commercial exact dans l’Index ONSSA |
Questions fréquentes sur la cochenille du cactus
Comment reconnaître rapidement la cochenille du cactus ?
Recherchez des amas cotonneux blancs sur les raquettes. Sous la cire, les femelles possèdent un corps rouge carmin et les jeunes larves sont mobiles.
La cochenille attaque-t-elle d’autres cultures ?
Dactylopius opuntiae est principalement spécialisée sur les cactus du genre Opuntia. Elle ne se comporte pas comme une cochenille généraliste des agrumes ou des plantes ornementales.
Pourquoi la plante sèche-t-elle ?
Les colonies aspirent les liquides végétaux. Une forte population provoque une perte de turgescence, un jaunissement puis le dessèchement des raquettes.
Le fruit est-il toxique lorsqu’une plante est infestée ?
L’ONSSA indique que l’insecte ne présente pas de danger sanitaire direct pour le consommateur. Le déplacement du fruit reste toutefois réglementé ou déconseillé lorsqu’il risque de disséminer le ravageur.
Peut-on transporter une raquette apparemment saine d’une zone infestée ?
Non sans contrôle et autorisation lorsque les mesures phytosanitaires l’exigent. Des jeunes larves presque invisibles peuvent être présentes.
Quelles sont les variétés résistantes marocaines ?
Marjana, Belara, Karama, Ghalia, Angad, Cherratia, Akria ou Aakria, et Melk Zhar.
Ces variétés sont-elles totalement immunisées ?
Elles présentent une résistance sélectionnée et confirmée dans les essais marocains. La surveillance doit néanmoins être maintenue et l’identité variétale vérifiée.
Peut-on replanter immédiatement après l’arrachage d’un foyer ?
La replantation doit attendre l’assainissement de la parcelle, le contrôle des repousses, le nettoyage du matériel et la disponibilité de raquettes résistantes authentifiées.
Les coccinelles peuvent-elles contrôler la cochenille ?
Plusieurs prédateurs sont étudiés ou utilisés dans des programmes encadrés. Ils constituent un complément, mais leur introduction doit être autorisée et suivie scientifiquement.
Pourquoi une pulvérisation peut-elle être inefficace ?
La cire protège les insectes, les colonies sont denses et plusieurs stades coexistent. Une couverture insuffisante ou une réinfestation rapide réduit également l’efficacité.
Faut-il traiter toutes les plantations résistantes ?
Non. Une variété résistante saine ne doit pas recevoir un traitement systématique sans diagnostic ni usage justifié.
Qui contacter devant un nouveau foyer ?
Le producteur peut contacter le service régional de protection des végétaux de l’ONSSA ou les services agricoles compétents de sa région.
Cochenille du cactus : reconstruire avec des variétés résistantes
La cochenille du cactus reste l’un des ravageurs les plus destructeurs du figuier de Barbarie au Maroc.
Son diagnostic repose sur les amas cireux blancs, les femelles rouges situées dessous, les jeunes larves mobiles et le dessèchement progressif des raquettes.
La première mesure consiste à empêcher la dispersion : aucun déplacement non contrôlé de raquettes, fruits, caisses, outils ou véhicules depuis un foyer vers une zone saine.
Les plantes très infestées doivent être confinées et gérées selon les prescriptions officielles. Une éventuelle application ne peut être efficace que si le produit est autorisé, la couverture suffisante et les sources de réinfestation éliminées.
Pour la reconstitution durable de la filière, le levier central reste l’utilisation des huit variétés résistantes marocaines, issues d’un matériel végétal authentifié, accompagnée d’une surveillance continue et d’une lutte intégrée.
Un seul amas blanc peut annoncer un nouveau foyer
Isolez la plante, empêchez tout déplacement de matériel et confirmez la présence de la cochenille avant qu’elle ne gagne les raquettes voisines.
Consulter la fiche ONSSA Découvrir les variétés résistantes Vérifier les produits autorisés
Sources officielles et scientifiques
- ONSSA — Fiche de reconnaissance et de lutte contre la cochenille du cactus
- INRA Maroc — Identification de huit variétés résistantes
- INRA Maroc — Fiche technique des variétés résistantes
- ICARDA et INRA — Sources de résistance d’Opuntia spp.
- FAO — Surveillance et gestion méditerranéenne de la cochenille
- INRA Maroc — Évaluation d’Hyperaspis trifurcata
- Étude marocaine — Bactéries entomopathogènes contre Dactylopius opuntiae
- ONSSA — Index phytosanitaire officiel du Maroc


