Fusariose de la tomate : au Maroc, cette expression peut désigner deux maladies telluriques différentes. La fusariose vasculaire envahit principalement les vaisseaux conducteurs et provoque un jaunissement, un flétrissement et un brunissement interne de la tige. La fusariose racinaire attaque d’abord les racines et le collet, où elle entraîne des lésions brun rougeâtre, une pourriture et parfois un chancre en forme de flamme.

Les symptômes visibles sur le feuillage ne permettent pas de confirmer seuls la maladie. Une irrigation insuffisante, une salinité élevée, une asphyxie racinaire, des nématodes, une verticilliose ou une maladie bactérienne peuvent également provoquer un jaunissement et un flétrissement.
Le diagnostic doit donc associer l’observation de la répartition des plantes atteintes, l’examen des racines, une coupe longitudinale de la tige et, lorsque l’enjeu le justifie, une analyse de laboratoire distinguant les différentes formes de Fusarium oxysporum.
Une plante déjà fortement atteinte est difficile à guérir. La protection repose principalement sur les plants sains, les variétés ou porte-greffes résistants, l’hygiène, la maîtrise de l’eau et de la salinité, l’élimination des racines contaminées, la prévention du transport de terre et la préparation de la culture suivante.
Ce guide complète notre dossier sur les maladies de la tomate au Maroc, notre méthode de diagnostic phytosanitaire, notre article sur les nématodes de la tomate et la page centrale consacrée aux traitements phytosanitaires au Maroc.
Conduite immédiate devant une plante flétrie
Marquez la plante, mesurez le débit du goutteur, examinez l’humidité du sol ou du substrat puis déterrez soigneusement une partie du système racinaire. Coupez ensuite la tige dans le sens longitudinal afin de rechercher un brunissement des vaisseaux.
Ne versez pas automatiquement un fongicide au pied. Une erreur de diagnostic peut masquer un problème d’irrigation, de salinité, de racines asphyxiées, de nématodes ou de flétrissement bactérien.
Fusariose de la tomate : quels symptômes faut-il reconnaître ?
La fusariose peut toucher les jeunes plants comme les tomates adultes. L’expression de la maladie dépend :
- de l’agent responsable ;
- de la variété ou du porte-greffe ;
- de la race de la fusariose vasculaire ;
- de la température du sol ;
- de l’humidité et de l’aération des racines ;
- de la salinité ;
- de la charge en fruits ;
- de la présence de nématodes ou d’autres maladies racinaires.
Deux plantes contaminées ne présentent donc pas toujours exactement la même succession de symptômes.
Deux fusarioses différentes sur tomate
| Critère | Fusariose vasculaire | Fusariose racinaire |
|---|---|---|
| Agent | Fusarium oxysporum f. sp. lycopersici, appelé FOL | Fusarium oxysporum f. sp. radicis-lycopersici, appelé FORL |
| Organe principalement atteint | Vaisseaux du xylème | Racines, pivot et collet |
| Premier signe aérien fréquent | Jaunissement souvent unilatéral des feuilles basses | Flétrissement de l’apex ou jaunissement des feuilles basses |
| Racines | Parfois peu altérées extérieurement | Lésions brun rougeâtre, pourriture et disparition des radicelles |
| Collet | Pas de chancre caractéristique obligatoire | Chancre brun, déprimé, pouvant prendre la forme d’une flamme |
| Vaisseaux | Brunissement marqué pouvant remonter dans la tige | Brunissement surtout à partir des racines et du collet |
| Températures généralement favorables | Conditions chaudes, autour de 28 °C pour l’optimum indiqué | Conditions plus fraîches, souvent entre 10 et 20 °C |
Symptômes de la fusariose vasculaire
Jaunissement unilatéral des feuilles
La fusariose vasculaire commence souvent sur les feuilles les plus âgées.
Le jaunissement peut :
- affecter seulement quelques folioles ;
- se limiter à un côté de la feuille ;
- former un secteur chlorotique irrégulier ;
- progresser ensuite vers l’ensemble du limbe ;
- gagner progressivement les feuilles supérieures.
Cette répartition partielle ou unilatérale constitue une orientation importante vers une maladie vasculaire, mais elle ne suffit pas à identifier précisément le champignon.
Flétrissement pendant les heures chaudes
Les premières plantes atteintes peuvent se flétrir lorsque la demande en eau augmente pendant la journée.
Au début :
- les feuilles perdent leur turgescence à midi ;
- la plante récupère partiellement pendant la nuit ;
- le flétrissement revient le lendemain ;
- les symptômes s’aggravent lors des journées chaudes.
À mesure que les vaisseaux sont colonisés et obstrués, la récupération nocturne devient moins complète. La plante finit par rester flétrie puis se dessèche.
Strie jaune ou brune sur un côté de la tige
Une bande longitudinale peut apparaître extérieurement sur un côté de la tige.
Elle évolue généralement de la manière suivante :
- teinte vert pâle ou jaune ;
- brunissement progressif ;
- nécrose allongée ;
- extension sur plusieurs centimètres ;
- développement occasionnel de racines adventives.
Brunissement des vaisseaux
Une coupe longitudinale de la tige constitue une étape importante du diagnostic.
Dans une fusariose vasculaire :
- les vaisseaux prennent une teinte brun foncé ;
- le brunissement peut être plus marqué sur un côté ;
- la coloration remonte à différentes hauteurs ;
- la moelle centrale reste généralement moins affectée.
Une simple coloration brune ne confirme toutefois pas la fusariose. D’autres champignons, certaines bactéries et une dégradation avancée des racines peuvent également modifier les tissus conducteurs.
Symptômes de la fusariose racinaire et du collet
Lésions brun rougeâtre des racines
Avec le FORL, les premiers symptômes doivent être recherchés sur les racines.
Les altérations peuvent comprendre :
- petites lésions marron à brun rougeâtre ;
- brunissement progressif du cortex ;
- pourriture des racines fines ;
- disparition d’une partie du chevelu racinaire ;
- pivot brun et fragilisé ;
- racines se décomposant facilement au toucher.
Les radicelles peuvent avoir presque disparu au moment où le flétrissement devient clairement visible sur le feuillage.
Chancre du collet en forme de flamme
Une lésion humide et brune peut apparaître au niveau du sol ou du substrat.
Le chancre est souvent :
- bien délimité ;
- légèrement déprimé ;
- plus développé sur un côté de la tige ;
- allongé vers le haut ;
- pointu à son extrémité supérieure ;
- comparable à une flamme lorsqu’il est bien développé.
Il peut remonter sur plusieurs dizaines de centimètres, tandis que la partie située au-dessus commence à flétrir.
Sporulation rose saumon
Lorsque les conditions sont favorables, le centre du chancre peut porter :
- un dépôt rose pâle ;
- une coloration saumon ;
- un aspect légèrement muqueux ;
- de petites masses produisant les spores du champignon.
Cette observation constitue un indice utile, mais elle doit être confirmée par le laboratoire. D’autres espèces de Fusarium peuvent produire des colorations voisines sur des tissus altérés.
Flétrissement de l’apex
Contrairement à la fusariose vasculaire, qui débute fréquemment sur les feuilles basses, la fusariose racinaire peut provoquer :
- un flétrissement des feuilles supérieures ;
- un amincissement de la tige près de l’apex ;
- une perte de turgescence pendant les heures chaudes ;
- une récupération nocturne temporaire ;
- un dépérissement rapide lorsque les racines sont très détruites.
Les symptômes deviennent souvent plus visibles lorsque les plantes commencent à porter une charge importante de fruits.
Comment examiner une plante suspecte ?
1. Vérifier l’irrigation
Avant de conclure à une maladie, mesurez :
- le débit du goutteur ;
- la pression du réseau ;
- l’humidité à différentes profondeurs ;
- la distribution de l’eau autour de la motte ;
- le drainage ;
- la conductivité lorsque la salinité est suspectée.
2. Observer la répartition dans la parcelle
Notez si les plantes atteintes forment :
- un foyer irrégulier ;
- une ligne suivant le réseau d’irrigation ;
- une bande suivant le passage d’une machine ;
- une zone basse ou mal drainée ;
- un secteur correspondant à un lot de plants ;
- plusieurs foyers indépendants.
3. Déterrer les racines
Utilisez une pelle propre et creusez autour de la plante afin de conserver :
- le pivot ;
- les grosses racines ;
- les radicelles ;
- une partie du sol ou du substrat proche des racines.
Ne tirez pas uniquement sur la tige, car les racines fines malades risquent de rester dans le sol.
4. Laver doucement une partie des racines
Un rinçage léger à l’eau permet d’observer :
- la couleur du cortex ;
- la présence de pourritures ;
- les galles de nématodes ;
- la disparition des radicelles ;
- les lésions du pivot ;
- la zone de transition entre tissus sains et malades.
Conservez toutefois une partie non lavée lorsque le laboratoire doit recevoir le sol rhizosphérique.
5. Couper la tige
Effectuez plusieurs coupes avec un outil propre :
- au niveau du collet ;
- quelques centimètres au-dessus ;
- au milieu de la tige ;
- près de la limite supérieure du brunissement.
Photographiez chaque coupe avant que les tissus ne s’oxydent et ne changent de couleur.
Fusariose ou verticilliose ?
| Critère | Fusariose vasculaire | Verticilliose |
|---|---|---|
| Température favorable | Plutôt chaude | Généralement plus fraîche |
| Jaunissement | Souvent unilatéral et progressif | Souvent internervaire, parfois en forme de V |
| Vaisseaux | Brunissement souvent foncé et marqué | Brunissement parfois plus clair ou plus limité |
| Confirmation | Isolement ou analyse moléculaire | Isolement ou analyse moléculaire |
Les différences visuelles restent insuffisantes dans de nombreux cas. Un laboratoire est souvent nécessaire pour séparer les deux maladies vasculaires.
Fusariose ou flétrissement bactérien ?
Le flétrissement bactérien peut évoluer très rapidement et toucher une plante encore verte.
Les éléments à rechercher comprennent :
- un flétrissement soudain ;
- un brunissement vasculaire ;
- un éventuel exsudat bactérien ;
- une moelle parfois altérée ;
- une extension rapide dans les zones chaudes et humides.
Le test de l’écoulement bactérien dans l’eau peut fournir une orientation, mais il ne remplace pas une analyse spécialisée.
Évitez de déplacer des plantes suspectes ou de partager des outils avant d’avoir exclu une maladie bactérienne transmissible par l’eau, le matériel ou les plants.
Fusariose ou nématodes de la tomate ?
Les nématodes de la tomate peuvent provoquer les mêmes signes généraux :
- croissance ralentie ;
- jaunissement ;
- flétrissement pendant les heures chaudes ;
- faible réponse à l’irrigation ;
- baisse du calibre des fruits.
La présence de galles intégrées aux racines oriente vers les nématodes à galles.
Les deux problèmes peuvent aussi coexister. Les blessures et le dysfonctionnement racinaire provoqués par les nématodes peuvent augmenter la sensibilité de la tomate à la fusariose.
Fusariose ou asphyxie racinaire ?
Un sol saturé ou un substrat mal drainé entraîne :
- racines brunes ;
- disparition des radicelles ;
- odeur anormale ;
- flétrissement malgré un sol humide ;
- jaunissement généralisé ;
- développement de pourritures secondaires.
L’asphyxie peut précéder l’installation de Fusarium. Il faut donc déterminer si le champignon constitue la cause principale ou s’il colonise des racines déjà détruites par un défaut de drainage.
Conditions favorables à la fusariose vasculaire
La fusariose vasculaire est généralement favorisée par :
- des températures élevées du sol ;
- les périodes chaudes ;
- les sols sableux ;
- les sols acides ;
- les blessures racinaires ;
- les attaques de nématodes ;
- l’asphyxie racinaire ;
- une nutrition déséquilibrée ;
- un excès d’azote ammoniacal.
Une variété annoncée résistante peut parfois exprimer des symptômes lorsque le système racinaire est gravement endommagé. Cette situation ne prouve pas automatiquement l’apparition d’une nouvelle race.
Conditions favorables à la fusariose racinaire
Le FORL est généralement plus actif lorsque le sol ou le substrat reste relativement frais.
Son développement peut être favorisé par :
- des températures du sol comprises approximativement entre 10 et 20 °C ;
- les plantations en saison fraîche ;
- une eau d’irrigation très froide ;
- un sol acide ;
- un excès d’eau ;
- une salinité élevée ;
- les stress hydriques ou thermiques ;
- les blessures provoquées à la plantation ;
- la réutilisation de substrats contaminés ;
- le recyclage d’une solution nutritive contaminée.
Le flétrissement peut devenir particulièrement visible à l’approche de la récolte, lorsque les plantes portent de nombreux fruits et que les racines malades ne répondent plus à leurs besoins.
Comment la maladie se conserve-t-elle ?
Les formes pathogènes de Fusarium oxysporum peuvent produire des chlamydospores résistantes.
Elles se maintiennent dans :
- le sol ;
- les racines laissées après la récolte ;
- les débris végétaux ;
- les substrats réutilisés ;
- les poussières de sol ;
- les piquets et supports souillés ;
- les canalisations d’irrigation ;
- les bassins et solutions nutritives contaminés.
Le champignon peut donc persister pendant plusieurs années, même lorsque la tomate est temporairement absente.
Comment la fusariose se dissémine-t-elle ?
La contamination d’une nouvelle zone peut se produire par :
- des plants infectés ;
- un substrat contaminé ;
- la terre fixée aux roues et aux outils ;
- les chaussures ;
- les caisses et chariots ;
- les piquets réutilisés ;
- les eaux de ruissellement ;
- l’eau d’irrigation ;
- une solution nutritive recyclée ;
- les débris de culture.
Une machine travaillant successivement une zone contaminée puis une zone saine peut transporter le champignon avec une faible quantité de terre.
Comment réaliser un prélèvement fiable ?
Contactez le laboratoire avant de commencer. Le protocole peut varier selon que l’objectif consiste à rechercher :
- la fusariose vasculaire ;
- la fusariose racinaire ;
- une maladie bactérienne ;
- un complexe associant champignons et nématodes ;
- une contamination du substrat ou de l’eau.
Prélever une plante modérément atteinte
Choisissez de préférence :
- une plante encore vivante ;
- le bord actif du foyer ;
- une plante présentant des symptômes récents ;
- une plante saine comparable comme témoin.
Une plante entièrement sèche peut être colonisée par plusieurs organismes secondaires qui compliquent l’interprétation.
Conserver les organes utiles
Le prélèvement peut comprendre :
- le système racinaire ;
- le collet ;
- une portion de tige avec brunissement vasculaire ;
- la limite entre tissu sain et malade ;
- un peu de sol ou de substrat rhizosphérique ;
- un échantillon d’eau lorsque sa contamination est suspectée.
Identifier chaque échantillon
Indiquez :
- la serre ou la parcelle ;
- le rang et la position ;
- la variété ;
- le porte-greffe ;
- les résistances annoncées ;
- la date de plantation ;
- l’origine du lot de plants ;
- la date des premiers symptômes ;
- la température et la salinité du sol ou du substrat ;
- les traitements récents.
Conserver correctement l’échantillon
Ne laissez pas les racines et les tiges au soleil ou dans un véhicule fermé. Placez-les dans les contenants demandés par le laboratoire et expédiez-les rapidement sans les congeler.
Ne désinfectez pas les racines avant l’analyse et ne mélangez pas plusieurs foyers dans le même sac.
Que peut faire le laboratoire ?
La confirmation peut reposer sur :
- l’observation des symptômes internes ;
- l’isolement du champignon sur milieu de culture ;
- l’examen microscopique des conidies ;
- des tests de pathogénicité ;
- des méthodes moléculaires ;
- des marqueurs permettant de distinguer FOL et FORL ;
- des analyses complémentaires pour rechercher les bactéries ou nématodes associés.
L’isolement d’un Fusarium non identifié à partir d’une racine malade ne confirme pas automatiquement la fusariose spécifique de la tomate. De nombreuses espèces ou souches non pathogènes peuvent vivre dans le sol et coloniser des tissus morts.
Que faire pendant une culture atteinte ?
Il n’existe généralement pas de méthode permettant de restaurer complètement une plante dont les vaisseaux ou les racines sont fortement colonisés.
Les objectifs deviennent alors :
- confirmer le diagnostic ;
- limiter la dissémination ;
- réduire les stress hydriques ;
- protéger les zones encore saines ;
- organiser le retrait des plantes les plus atteintes ;
- préparer la culture suivante.
Balisage du foyer
Identifiez clairement la zone et organisez le travail de la manière suivante :
- commencer par les rangs apparemment sains ;
- terminer par le foyer contaminé ;
- réserver si possible des outils au foyer ;
- éviter le passage des chariots dans la zone ;
- nettoyer les roues et chaussures à la sortie ;
- enregistrer les plantes retirées.
Retrait des plantes très atteintes
Lorsqu’un foyer reste limité :
- préparer un sac ou un contenant fermé ;
- débrancher ou isoler le goutteur si nécessaire ;
- déchausser la plante sans secouer les racines ;
- retirer autant que possible le système racinaire ;
- placer immédiatement la plante dans le contenant ;
- éviter de disperser le substrat ou la terre ;
- nettoyer le matériel après l’opération.
Les plantes et racines contaminées ne doivent pas être déposées dans les allées ni conservées près d’une future culture de tomate.
Maintenir une irrigation régulière
Les plantes dont les racines sont malades supportent difficilement :
- les périodes de dessèchement ;
- les excès d’eau ;
- une eau trop froide ;
- une conductivité excessive ;
- les variations brutales de disponibilité en eau.
L’objectif n’est pas de sur-irriguer, mais de limiter les stress supplémentaires en adaptant les apports au volume racinaire encore fonctionnel.
Pourquoi les traitements curatifs sont-ils décevants ?
La fusariose vasculaire se développe dans les vaisseaux et la fusariose racinaire colonise profondément les tissus souterrains.
Lorsque le flétrissement devient visible :
- une partie importante des vaisseaux peut déjà être obstruée ;
- les racines fines peuvent être détruites ;
- le champignon peut être présent dans le collet ;
- le sol ou le substrat reste contaminé ;
- les tissus détruits ne peuvent pas se régénérer rapidement.
Une intervention phytopharmaceutique ne doit donc pas être présentée comme une guérison garantie. Elle doit être envisagée uniquement après confirmation du diagnostic et vérification de l’usage autorisé.
Comment vérifier les produits autorisés au Maroc ?
Consultez l’Index phytosanitaire officiel de l’ONSSA.
Vérifiez simultanément :
- le nom commercial exact ;
- la culture « tomate » ;
- l’usage précis ;
- l’organisme nuisible concerné ;
- le mode d’application ;
- la dose autorisée ;
- le nombre maximal d’applications ;
- le délai avant récolte ;
- le délai de rentrée ;
- la validité de l’autorisation.
Ne pas extrapoler un usage
Un produit autorisé contre un autre champignon du sol, sur une autre culture ou dans un autre pays n’est pas automatiquement autorisé contre la fusariose de la tomate au Maroc.
L’Index recense des produits homologués indépendamment de leur disponibilité commerciale. En cas de doute, l’attestation d’homologation ou l’autorisation de vente en vigueur constitue la référence.
Prévenir avec des variétés résistantes
La résistance génétique constitue l’un des principaux moyens de prévention.
Résistance à la fusariose vasculaire
Les codes variétaux peuvent notamment faire référence aux gènes :
- I, associé à la résistance à la race 1 ;
- I-2, associé à la résistance à la race 2 ;
- I-3, associé à la résistance à la race 3.
Les catalogues peuvent employer des systèmes de numérotation différents. Il faut demander au semencier :
- les races réellement couvertes ;
- le niveau de résistance annoncé ;
- le code précis de la variété ;
- les résultats dans les conditions marocaines ;
- la résistance séparée du greffon et du porte-greffe.
Résistance à la fusariose racinaire
La résistance au FORL peut être indiquée par le code For ou par la référence au gène Frl, selon le catalogue.
Des porte-greffes résistants permettent de cultiver des variétés commerciales dont les qualités de fruits sont recherchées, même lorsque leur propre système racinaire serait sensible.
Résistance ne signifie pas immunité générale
Une variété résistante au FOL peut rester sensible au FORL, aux nématodes, à la verticilliose ou aux pourritures provoquées par d’autres champignons.
La résistance doit toujours être associée aux plants sains, au drainage, à l’hygiène et à la maîtrise de la salinité.
Plants sains et pépinière protégée
Les plants doivent être produits :
- dans un substrat traçable ;
- dans des plateaux propres ;
- sur des supports évitant le contact direct avec le sol ;
- avec une eau de qualité contrôlée ;
- à l’écart des déchets et cultures contaminées ;
- sans réutilisation non maîtrisée de mottes ou cubes.
À la réception, inspectez :
- l’uniformité des plants ;
- la couleur des feuilles basses ;
- le collet ;
- les racines de quelques mottes ;
- l’odeur du substrat ;
- la traçabilité du lot ;
- les résistances variétales annoncées.
Nettoyage du matériel et prévention du transport de terre
Après le travail dans une zone contaminée :
- retirez mécaniquement toute la terre ;
- nettoyez les outils ;
- lavez les roues et châssis ;
- nettoyez les bottes et chaussures ;
- séparez les caisses utilisées dans le foyer ;
- contrôlez les piquets et ficelles réutilisés ;
- commencez toujours les opérations par les zones saines.
L’application d’un désinfectant sur un outil encore couvert de terre ne constitue pas une procédure fiable. Le nettoyage physique doit précéder toute désinfection validée.
Gestion de l’eau et des circuits d’irrigation
Le risque est particulièrement important en culture hors-sol ou lorsque la solution nutritive est recyclée.
Il faut surveiller :
- la qualité microbiologique de l’eau ;
- les bassins ouverts ;
- les dépôts présents dans les conduites ;
- les retours de drainage ;
- les zones de mélange entre lots ;
- les fuites et stagnations ;
- la température de l’eau.
En présence d’un foyer confirmé, analysez le risque de contamination du circuit avant de transférer la solution vers d’autres serres.
L’article sur l’analyse eau irrigation permet de compléter l’évaluation de la salinité et des paramètres agronomiques, mais une recherche microbiologique spécifique doit être demandée lorsqu’un champignon pathogène est suspecté.
Drainage, salinité et pH
La prévention doit limiter les stress favorisant l’expression de la maladie.
Contrôlez :
- le drainage de la parcelle ;
- la saturation prolongée du sol ;
- la conductivité électrique ;
- la salinité de l’eau ;
- le pH du sol ou du substrat ;
- la proportion d’azote ammoniacal ;
- l’équilibre entre croissance végétative et charge en fruits.
Une forte salinité et un excès d’eau peuvent accentuer les symptômes de la fusariose racinaire. Un sol très acide peut également favoriser certaines formes de fusariose.
Rotation culturale
La rotation peut contribuer à réduire la multiplication du champignon, mais elle ne garantit pas sa disparition.
Son efficacité est limitée par :
- la longue persistance des chlamydospores ;
- la présence d’adventices hôtes ;
- les autres plantes capables d’héberger le FORL sans symptômes ;
- la recontamination par les outils ou l’eau ;
- la présence de racines infectées laissées dans le sol.
La rotation doit être construite après identification de la forme de fusariose. Une simple alternance entre tomate, poivron et aubergine n’est pas nécessairement protectrice contre la fusariose racinaire.
Solarisation et préparation du sol
La solarisation peut contribuer à réduire une partie de l’inoculum lorsque les conditions estivales marocaines permettent un échauffement suffisant.
Les principales étapes sont :
- retirer les racines contaminées ;
- préparer un sol fin et nivelé ;
- humidifier le profil ;
- poser un film transparent au contact du sol ;
- fermer soigneusement les bordures ;
- maintenir le dispositif pendant la période la plus chaude ;
- éviter de ramener ensuite du sol profond contaminé en surface.
La solarisation ne doit pas être présentée comme une éradication garantie. Les Fusarium peuvent recoloniser rapidement un sol traité lorsque les plants, les outils, l’eau ou les poussières réintroduisent l’inoculum.
Matière organique et biocontrôle
Certains composts et micro-organismes antagonistes peuvent réduire l’incidence de la fusariose dans des conditions déterminées.
Les organismes étudiés comprennent notamment certaines souches de :
- Trichoderma ;
- Bacillus ;
- Pseudomonas ;
- Streptomyces ;
- Fusarium oxysporum non pathogènes ;
- champignons mycorhiziens.
Leur efficacité dépend :
- de la souche précise ;
- de la formulation ;
- de la concentration viable ;
- de la température ;
- de l’humidité ;
- du moment d’application ;
- de la population initiale du pathogène ;
- de la compatibilité avec les autres produits.
Un résultat obtenu avec une souche expérimentale ne peut pas être généralisé à tous les produits portant le nom Trichoderma ou Bacillus.
Vérifiez le produit commercial exact et son usage dans l’Index phytosanitaire de l’ONSSA.
Gestion de la fin de culture
Après la dernière récolte :
- cartographiez les foyers ;
- retirez les plantes avec leurs racines ;
- ne broyez pas les plantes contaminées dans une zone saine ;
- évacuez les résidus dans des contenants adaptés ;
- nettoyez les machines et les allées ;
- contrôlez les goutteurs et le drainage ;
- éliminez les substrats fortement contaminés lorsqu’ils ne peuvent pas être assainis de manière fiable ;
- analysez le risque avant la plantation suivante.
L’enfouissement des racines malades fournit au champignon une matière végétale qu’il peut coloniser et dans laquelle il produit des structures de conservation.
Plan de prévention en 12 mesures
- Identifier la forme de fusariose avant de choisir la stratégie.
- Utiliser des semences, plants et substrats traçables.
- Choisir une variété ou un porte-greffe résistant au risque identifié.
- Inspecter les racines de plusieurs plants à la réception.
- Éviter les blessures racinaires pendant la plantation.
- Maîtriser le drainage, la salinité et la température de l’eau.
- Nettoyer les outils, roues, chaussures et caisses.
- Empêcher le déplacement de terre entre zones contaminées et saines.
- Retirer les premières plantes malades avec leur système racinaire.
- Éliminer rapidement les résidus contaminés.
- Préparer la culture suivante par la rotation, la solarisation et l’hygiène.
- Vérifier tout produit biologique ou phytopharmaceutique dans l’Index ONSSA.
Plan d’action selon la situation observée
| Situation | Actions prioritaires |
|---|---|
| Une plante flétrie | Vérifier le goutteur, l’humidité, les racines et les vaisseaux avant toute intervention |
| Jaunissement unilatéral et vaisseaux bruns | Suspecter une maladie vasculaire et envoyer un prélèvement au laboratoire |
| Racines pourries et chancre au collet | Rechercher le FORL, contrôler l’eau, le substrat, le drainage et la température racinaire |
| Galles racinaires associées | Demander une analyse combinée Fusarium–nématodes |
| Foyer confirmé et limité | Balisage, retrait contrôlé des plantes, nettoyage et surveillance des voisines |
| Plusieurs rangs atteints | Cartographier, analyser l’eau et les plants, limiter les transferts et préparer la culture suivante |
| Symptômes sur une variété résistante | Vérifier le code de résistance, le porte-greffe, les nématodes, les stress racinaires et l’identification du pathogène |
Que faut-il inscrire dans le registre ?
Le suivi peut être associé au registre traitement phytosanitaire.
- serre, parcelle et rang ;
- variété et porte-greffe ;
- codes de résistance ;
- origine et lot des plants ;
- date de plantation ;
- date des premiers symptômes ;
- répartition du foyer ;
- débit des goutteurs ;
- conductivité et pH ;
- état des racines et du collet ;
- hauteur du brunissement vasculaire ;
- date du prélèvement ;
- laboratoire et résultat ;
- plantes retirées ;
- mesures d’hygiène appliquées ;
- évolution lors des contrôles suivants.
Matériel utile au diagnostic
- pelle ou transplantoir propre ;
- couteau ou sécateur désinfectable ;
- loupe de terrain ;
- récipients de prélèvement ;
- sacs acceptés par le laboratoire ;
- marqueurs de foyers ;
- appareil de mesure du débit ;
- humidimètre ou sonde de sol ;
- conductimètre et pH-mètre ;
- glacière non congelante ;
- matériel de nettoyage des outils et chaussures.
Erreurs fréquentes face à la fusariose
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Diagnostiquer d’après le flétrissement seul | Confusion avec irrigation, salinité ou bactéries | Examiner les racines et les vaisseaux |
| Confondre FOL et FORL | Prévention variétale mal adaptée | Différencier maladie vasculaire et pourriture du collet |
| Verser automatiquement un fongicide au pied | Coût, résidus et efficacité incertaine | Confirmer le diagnostic et vérifier l’usage ONSSA |
| Arracher la tige sans les racines | Inoculum maintenu dans le sol | Déterrer le système racinaire complet |
| Déplacer la terre sur les roues | Création de nouveaux foyers | Nettoyer avant de quitter la zone |
| Réutiliser un substrat contaminé | Contamination précoce de la nouvelle culture | Éliminer ou assainir selon un protocole validé |
| Se fier au seul mot « résistant » | Résistance ne couvrant pas la forme présente | Vérifier les codes FOL et FORL séparément |
| Enfouir les racines malades | Augmentation des structures de conservation | Retirer et gérer les résidus contaminés |
Questions fréquentes sur la fusariose de la tomate
Comment commence la fusariose sur une tomate ?
La fusariose vasculaire commence souvent par un jaunissement partiel des feuilles basses et un flétrissement pendant les heures chaudes. La fusariose racinaire débute sous terre par des lésions brunes des racines avant l’apparition du flétrissement.
Comment reconnaître la fusariose en coupant la tige ?
Les vaisseaux apparaissent bruns dans la fusariose vasculaire. Cette observation fournit une orientation, mais elle ne suffit pas à exclure la verticilliose ou une maladie bactérienne.
Une plante peut-elle récupérer pendant la nuit ?
Oui. Au début, le flétrissement peut être réversible lorsque la température baisse. La récupération devient ensuite incomplète à mesure que les racines ou les vaisseaux sont détruits.
La fusariose provoque-t-elle des galles ?
Non. Les galles sont plutôt provoquées par les nématodes du genre Meloidogyne. Les nématodes et la fusariose peuvent cependant être présents sur la même plante.
Existe-t-il un traitement curatif ?
Aucune solution ne garantit la guérison d’une plante fortement atteinte. La stratégie vise surtout à limiter la dissémination et à prévenir la maladie dans la culture suivante.
Faut-il arracher les plantes malades ?
Le retrait précoce peut être utile lorsque le foyer est limité. Il faut enlever les racines, éviter de secouer la terre et placer la plante dans un contenant fermé.
La fusariose peut-elle revenir l’année suivante ?
Oui. Le champignon peut persister longtemps dans le sol, les racines, les substrats et les équipements contaminés.
Une rotation d’une année suffit-elle ?
Généralement non. Les structures de conservation persistent plusieurs années et certaines plantes peuvent maintenir le champignon sans exprimer de symptômes.
Une tomate greffée est-elle totalement protégée ?
Non. La protection dépend du porte-greffe, de la forme de fusariose, de la race de FOL et de la qualité de la greffe. Les racines émises par le greffon peuvent aussi être sensibles.
Pourquoi une variété résistante peut-elle flétrir ?
La résistance peut ne pas couvrir la race ou la forme présente. Les nématodes, l’asphyxie, la salinité ou une autre maladie peuvent également provoquer les symptômes.
La solarisation élimine-t-elle définitivement Fusarium ?
Elle peut réduire une partie de l’inoculum dans la couche chauffée, mais elle ne garantit pas l’éradication ni l’absence de recontamination.
Peut-on utiliser un produit à base de Trichoderma ?
Uniquement après vérification de la souche, du produit commercial, de son usage autorisé et de ses conditions d’emploi. Tous les produits à base de Trichoderma ne sont pas équivalents.
Fusariose de la tomate : prévenir avant la destruction des racines
La fusariose de la tomate ne doit pas être réduite à un simple flétrissement du feuillage.
La fusariose vasculaire provoque surtout un jaunissement unilatéral et un brunissement des vaisseaux. La fusariose racinaire détruit les racines et peut former un chancre brun en forme de flamme au niveau du collet.
La distinction nécessite l’examen du système racinaire, des coupes de tige et, dans les situations importantes, une confirmation de laboratoire.
Lorsqu’une plante est fortement atteinte, les possibilités curatives restent limitées. La stratégie la plus fiable repose sur les plants sains, les résistances génétiques adaptées, le drainage, la maîtrise de la salinité, le nettoyage du matériel et le retrait des racines contaminées.
Cette prévention protège les parcelles encore saines et réduit le risque de retrouver une pression plus importante lors de la culture suivante.
Devant une tomate flétrie, commencez par les racines
Vérifiez le goutteur, déterrez la plante, coupez la tige et distinguez la fusariose vasculaire de la pourriture des racines et du collet.
Reconnaître la fusariose vasculaire Reconnaître la fusariose racinaire Vérifier les produits autorisés
Sources officielles et techniques
- INRAE — Fusariose vasculaire de la tomate
- INRAE — Symptômes de Fusarium oxysporum f. sp. lycopersici
- INRAE — Biologie et épidémiologie de la fusariose vasculaire
- INRAE — Méthodes de prévention de la fusariose vasculaire
- INRAE — Fusariose des racines et du collet de la tomate
- INRAE — Symptômes de Fusarium oxysporum f. sp. radicis-lycopersici
- INRAE — Biologie et dissémination du FORL
- INRAE — Protection contre la fusariose racinaire
- OEPP — Fusarium oxysporum f. sp. lycopersici
- OEPP — Fusarium oxysporum f. sp. radicis-lycopersici
- ONSSA — Index phytosanitaire officiel


