Phytophthora des agrumes : au Maroc, ces oomycètes telluriques peuvent provoquer une gommose du tronc, une pourriture du collet, la destruction des racines fines et un dépérissement progressif des arbres. Leur développement est étroitement lié à l’eau libre, aux sols mal drainés, aux irrigations excessives et au mouillage répété de la base du tronc.

La présence de gomme constitue un signe important, mais elle n’apparaît pas dans toutes les formes de la maladie. Lorsque les racines sont principalement atteintes, l’arbre peut jaunir, perdre ses feuilles et décliner sans aucune exsudation visible sur le tronc.
Deux espèces sont historiquement documentées dans les vergers marocains : Phytophthora citrophthora et Phytophthora parasitica, aujourd’hui généralement appelé Phytophthora nicotianae. Leur importance relative varie avec la région, la saison, le sol, le porte-greffe et les conditions d’irrigation.
Le diagnostic ne doit pas reposer uniquement sur une photographie de gomme. Des blessures mécaniques, des chancres, des dégâts de rongeurs, une mauvaise profondeur de plantation, une salinité élevée, une asphyxie racinaire, des nématodes ou un pourridié peuvent provoquer des symptômes voisins.
La protection commence donc par l’examen du drainage et des racines, avant la recherche d’un produit phytopharmaceutique. Ce guide complète notre méthode de diagnostic phytosanitaire, notre dossier sur l’analyse de sol agricole, notre guide consacré à l’analyse de l’eau d’irrigation et la page centrale sur les traitements phytosanitaires au Maroc.
Conduite immédiate devant un agrume qui gomme
Dégagez délicatement le collet sans blesser davantage l’écorce. Vérifiez la profondeur de plantation, l’humidité du sol, le fonctionnement des goutteurs, la présence d’eau stagnante et l’étendue réelle de la lésion.
Ne recouvrez pas la zone avec de la terre, du fumier ou un paillage humide. Ne versez pas automatiquement un fongicide au pied sans avoir examiné les racines et confirmé la cause du dépérissement.
Phytophthora des agrumes : quels symptômes faut-il reconnaître ?
Les symptômes dépendent de l’organe atteint. Le même oomycète peut provoquer une maladie du tronc, du collet, des racines ou, dans certaines conditions humides, des fruits.
Les principaux signes d’alerte sont :
- une plage sombre ou humide à la base du tronc ;
- une exsudation de gomme ambrée ;
- une écorce qui se craquelle verticalement ;
- un tissu brun ou orangé sous l’écorce ;
- une lésion qui progresse autour du collet ;
- des racines fines brunies et fragiles ;
- un cortex racinaire qui se détache facilement ;
- un feuillage jaune, clairsemé ou de petite taille ;
- un dépérissement malgré une irrigation apparemment suffisante ;
- des foyers concentrés dans les zones humides ou mal drainées.
Trois formes principales de la maladie
| Forme | Organe atteint | Symptômes dominants |
|---|---|---|
| Gommose ou pourriture du pied | Tronc près du sol et partie sensible située au-dessus du point de greffe | Écorce morte, gomme, brunissement interne et craquelures |
| Pourriture du collet | Base du porte-greffe, parfois sous le niveau du sol | Lésion humide, ceinturage, faiblesse et dépérissement rapide |
| Pourriture racinaire | Radicelles et racines nourricières | Cortex brun et mou, disparition des racines fines, jaunissement sans gomme obligatoire |
Comment reconnaître la gommose du tronc ?
Première lésion de l’écorce
La maladie commence souvent par une zone :
- foncée ;
- humide ;
- brun rougeâtre ;
- légèrement enfoncée ;
- située près du sol ou du point de greffe ;
- plus visible après une période humide.
La limite entre l’écorce saine et l’écorce atteinte peut rester irrégulière. La lésion progresse généralement plus vite lorsque le tronc reste mouillé ou lorsqu’il est recouvert de terre humide.
Exsudation de gomme
La gomme peut apparaître sous forme :
- de gouttelettes translucides ;
- d’un liquide ambré ;
- d’une coulure collante ;
- d’une masse brunâtre après séchage ;
- d’un dépôt limité à une fissure ;
- de plusieurs points répartis sur la lésion.
La quantité de gomme varie. Une lésion active peut parfois produire peu de gomme, notamment si l’écorce sèche rapidement.
Aspect sous l’écorce
En soulevant uniquement une petite portion à la marge active, avec un outil propre, on peut observer :
- une coloration brun cannelle ;
- un tissu humide ;
- une séparation entre l’écorce et le bois ;
- une infiltration de gomme ;
- une transition nette avec le tissu clair encore sain.
Il ne faut pas décortiquer largement le tronc pour « vérifier ». Une blessure excessive augmente la surface exposée et peut accélérer le ceinturage de l’arbre.
Pourquoi le point de greffe doit-il rester visible ?
Le greffon commercial peut être plus sensible que le porte-greffe. Lorsque le point de greffe est enterré ou trop proche du sol :
- l’écorce sensible reste au contact de l’humidité ;
- les éclaboussures atteignent plus facilement le greffon ;
- la terre peut cacher une lésion active ;
- des racines peuvent être émises au-dessus du porte-greffe ;
- le bénéfice de la tolérance du porte-greffe peut être perdu.
Dans un jeune verger, vérifiez que le renflement de greffe reste nettement au-dessus du niveau définitif du sol, après tassement et irrigation.
Il faut également empêcher les paillages, amendements organiques ou dépôts de terre de former une butte humide contre l’écorce.
Pourriture du collet et ceinturage
La pourriture du collet peut se développer sous le niveau apparent du sol. Elle devient visible lorsque l’arbre commence déjà à décliner.
Les signes possibles sont :
- un décollement de l’écorce à la base ;
- un tissu brun et humide ;
- une odeur de fermentation ou de pourriture ;
- une diminution rapide de la vigueur ;
- un feuillage pâle ;
- un dessèchement de petites branches ;
- une rupture de l’arbre dans les cas avancés.
Lorsque la lésion entoure une part importante de la circonférence, le transport de l’eau et des assimilats devient insuffisant. La récupération de l’arbre est alors très incertaine.
Symptômes de Phytophthora sur les racines
La pourriture racinaire commence souvent sur les racines nourricières les plus fines.
Racines fines atteintes
Les racines malades peuvent être :
- brun clair à brun foncé ;
- molles ;
- imbibées d’eau ;
- fragiles ;
- faciles à dépouiller de leur cortex ;
- réduites à un mince axe central blanchâtre.
La disparition des radicelles réduit l’absorption de l’eau et des éléments minéraux. L’arbre peut alors présenter un stress hydrique alors que le sol reste humide.
Symptômes sur la frondaison
Les signes aériens sont peu spécifiques :
- feuilles petites ;
- couleur vert pâle ou jaune ;
- défoliation progressive ;
- pousses courtes ;
- floraison ou nouaison irrégulière ;
- fruits de faible calibre ;
- dessèchement des extrémités ;
- faible réponse à la fertilisation.
Une attaque racinaire peut donc être confondue avec une carence, une salinité élevée, une asphyxie ou des nématodes.
Absence de gomme ne signifie pas absence de Phytophthora
Un arbre dont seules les racines sont atteintes peut dépérir sans aucune coulure sur le tronc. L’examen du système racinaire et du drainage devient alors prioritaire.
Phytophthora citrophthora et Phytophthora nicotianae
Plusieurs espèces de Phytophthora peuvent attaquer les agrumes. Au Maroc, les travaux historiques citent principalement :
- Phytophthora citrophthora ;
- Phytophthora parasitica, synonyme couramment rattaché à Phytophthora nicotianae.
Une étude conduite entre 2013 et 2014 dans un verger expérimental du Gharb a retrouvé les deux espèces, avec une dominance de P. citrophthora dans les échantillons analysés.
Cette observation doit être interprétée avec prudence :
- elle concernait un verger expérimental particulier ;
- elle ne décrit pas toutes les régions agrumicoles ;
- la composition des populations peut évoluer ;
- les saisons et les porte-greffes influencent les résultats ;
- une identification de laboratoire reste nécessaire dans un nouveau foyer.
Pourquoi l’eau joue-t-elle un rôle central ?
Les Phytophthora sont des oomycètes souvent appelés moisissures aquatiques. Ils produisent des zoospores capables de se déplacer dans l’eau.
Lorsque le sol est saturé :
- les structures du pathogène produisent des zoospores ;
- les zoospores se déplacent dans le film d’eau ;
- elles sont attirées par les extrémités racinaires ;
- elles germent sur les tissus sensibles ;
- le cortex racinaire est colonisé ;
- de nouvelles structures contaminent le sol environnant.
Les éclaboussures et le mouillage du tronc peuvent également transporter l’inoculum vers les blessures et fissures de l’écorce.
Conditions qui favorisent la maladie
Le risque augmente avec :
- les sols lourds et compacts ;
- les bas-fonds ;
- les nappes temporairement proches de la surface ;
- les cuvettes autour des arbres ;
- les pluies prolongées ;
- les irrigations trop longues ou trop fréquentes ;
- les goutteurs placés contre le tronc ;
- les fuites du réseau ;
- les paillages humides contre l’écorce ;
- les arbres plantés trop profondément ;
- les blessures au collet ;
- les plants déjà contaminés en pépinière.
Pourquoi le drainage doit-il être examiné avant tout traitement ?
Un produit ne peut pas compenser un sol restant saturé pendant plusieurs jours.
Le diagnostic du drainage doit vérifier :
- la pente générale de la parcelle ;
- les zones où l’eau s’accumule après la pluie ;
- la profondeur d’apparition d’une couche compacte ;
- la vitesse d’infiltration ;
- la présence d’une semelle de travail ;
- le niveau de la nappe ;
- le fonctionnement des drains ;
- la durée d’humidité autour des racines ;
- la répartition des arbres malades.
Un alignement de symptômes dans une zone basse ou le long d’un écoulement constitue un indice important.
Test simple d’infiltration dans le verger
Un test de terrain ne remplace pas une étude pédologique, mais il permet de comparer les zones.
- Choisissez un point sain et un point où les arbres déclinent.
- Écartez les débris superficiels sans remuer profondément le sol.
- Enfoncez un cylindre de diamètre connu.
- Ajoutez une hauteur d’eau identique à chaque point.
- Mesurez le temps nécessaire à l’infiltration.
- Répétez après une première humidification.
- Complétez par l’examen d’un profil de sol.
Une infiltration lente peut être liée à la texture, à la compaction, à la sodicité ou à une couche peu perméable. La correction doit être adaptée à la cause réelle.
Inspecter le profil de sol
Une fosse réalisée en dehors des grosses racines permet d’observer :
- la profondeur réellement explorée par les racines ;
- une couche compacte ;
- des zones grisâtres indiquant un manque d’oxygène ;
- des marbrures liées à des engorgements répétés ;
- la présence d’eau libre ;
- une accumulation de sels ;
- la répartition du bulbe d’irrigation.
Évitez de creuser trop près du tronc ou de sectionner les principales racines de charpente.
Irrigation au goutte-à-goutte et risque de Phytophthora
Le goutte-à-goutte peut limiter le mouillage du tronc, mais il ne protège pas automatiquement contre la pourriture racinaire.
Le risque persiste lorsque :
- le goutteur touche le collet ;
- les irrigations sont trop rapprochées ;
- le sol ne sèche jamais suffisamment ;
- un trop grand volume est concentré dans une petite zone ;
- la texture du sol est mal prise en compte ;
- le débit réel diffère du débit théorique ;
- plusieurs goutteurs fuient continuellement ;
- la parcelle possède un drainage insuffisant.
Éloigner progressivement les goutteurs
Chez les arbres établis, les émetteurs doivent humidifier la zone active des racines sans maintenir le collet mouillé.
Leur emplacement doit évoluer avec :
- l’âge de l’arbre ;
- le diamètre de la frondaison ;
- la texture du sol ;
- le nombre de goutteurs ;
- le volume par irrigation ;
- la profondeur du bulbe humide.
Une modification brutale du réseau peut néanmoins assécher une partie du système racinaire. L’ajustement doit être progressif et contrôlé.
Comment vérifier une irrigation suspecte ?
Mesurez sur plusieurs arbres :
- le débit réel de chaque goutteur ;
- la durée de l’irrigation ;
- le volume apporté ;
- l’humidité à plusieurs profondeurs ;
- la largeur du bulbe humide ;
- le drainage après irrigation ;
- la conductivité de l’eau et du sol ;
- les différences entre le début et la fin du réseau.
Une analyse de l’eau d’irrigation est utile pour évaluer la salinité, le sodium, les bicarbonates et les risques d’altération de la structure du sol.
Salinité, sodium et sensibilité des racines
Un sol salin ou sodique peut aggraver le problème de plusieurs manières :
- stress osmotique des racines ;
- réduction de leur renouvellement ;
- dispersion des argiles en présence de sodium ;
- baisse de l’infiltration ;
- engorgement plus long ;
- affaiblissement de la tolérance du porte-greffe.
Le drainage et le lessivage ne peuvent être raisonnés qu’après interprétation conjointe de l’eau, du sol et du niveau de nappe.
Phytophthora ou simple asphyxie racinaire ?
Un excès d’eau peut détruire les racines même en l’absence de Phytophthora.
| Critère | Phytophthora probable | Asphyxie principalement abiotique |
|---|---|---|
| Répartition | Foyers pouvant s’étendre avec l’eau et le déplacement de sol | Correspondance étroite avec les zones engorgées |
| Collet | Lésion brune, parfois gomme et limite active | Pas nécessairement de lésion parasitaire distincte |
| Racines | Cortex pourri avec isolement ou détection du pathogène | Racines mortes par manque d’oxygène, puis colonisation secondaire possible |
| Confirmation | Isolement, appâtage ou méthode moléculaire | Étude du drainage sans détection concluante du pathogène |
Les deux problèmes peuvent coexister. L’engorgement affaiblit les racines et crée des conditions favorables à l’infection.
Phytophthora ou Armillaria ?
Le pourridié à Armillaria peut également provoquer un dépérissement et une pourriture de la base du tronc.
Les indices orientant vers Armillaria sont :
- un feutrage blanc en éventail sous l’écorce ;
- des cordons noirs ressemblant à des lacets ;
- une odeur prononcée de champignon ou de pourriture ;
- la présence de champignons au pied en période favorable ;
- d’anciennes racines ou souches ligneuses contaminées.
La gommose à Phytophthora est davantage associée à une lésion brunâtre, à l’humidité du sol et au mouillage du collet.
Phytophthora ou blessure mécanique ?
Une débroussailleuse, un outil, un tuteur ou un rongeur peut blesser l’écorce et provoquer une coulure de gomme.
Une blessure mécanique est plus probable lorsqu’elle :
- possède une forme nette correspondant à l’outil ;
- est située à une hauteur uniforme sur plusieurs arbres ;
- apparaît immédiatement après une opération ;
- ne progresse plus après cicatrisation ;
- ne s’accompagne pas de pourriture racinaire.
Une blessure peut néanmoins devenir une porte d’entrée. Il faut donc observer sa progression et maintenir la zone sèche.
Phytophthora ou gommose physiologique ?
Une exsudation peut également être liée à :
- un éclatement de l’écorce ;
- un stress thermique ;
- une surcharge en fruits ;
- une incompatibilité de greffe ;
- une salinité élevée ;
- un chancre provoqué par un autre agent ;
- une taille ou une blessure mal cicatrisée.
La gomme est donc un symptôme à interpréter et non le nom d’une maladie unique.
Comment réaliser un diagnostic de terrain ?
1. Cartographier les arbres
Notez :
- les arbres malades ;
- leur position topographique ;
- les canalisations et goutteurs ;
- les zones de stagnation ;
- les variétés et porte-greffes ;
- l’âge des plantations ;
- la date des premiers symptômes.
2. Vérifier le collet
Dégagez uniquement la terre ajoutée autour du tronc et recherchez :
- le niveau du point de greffe ;
- la profondeur du collet ;
- les zones humides ;
- les fissures ;
- les lésions brunes ;
- la gomme récente ou ancienne.
3. Examiner les racines fines
Prélevez des racines à la limite du foyer, dans la zone humide sous la frondaison. Comparez-les avec celles d’un arbre sain du même bloc.
4. Contrôler l’irrigation
Mesurez les débits et observez le sol avant et après l’irrigation. Une simple vérification visuelle du réseau ne suffit pas.
5. Rechercher les autres causes
Contrôlez simultanément :
- la salinité ;
- les nématodes ;
- le pourridié ;
- les blessures ;
- les ravageurs du collet ;
- les carences ;
- la compatibilité du porte-greffe.
Comment prélever pour le laboratoire ?
Contactez le laboratoire avant le prélèvement. Les méthodes de conservation varient selon que l’analyse repose sur l’isolement, un appâtage ou une méthode moléculaire.
Pour une lésion du tronc
Prélevez :
- un fragment comprenant la limite entre tissu sain et malade ;
- de l’écorce encore ferme, non totalement décomposée ;
- plusieurs échantillons de lésions différentes ;
- des photographies avant prélèvement.
Pour une atteinte racinaire
Prélevez :
- des racines fines récemment brunies ;
- des racines partiellement saines ;
- du sol humide de la rhizosphère ;
- un témoin provenant d’un arbre comparable ;
- des échantillons séparés pour chaque zone homogène.
Évitez les racines totalement sèches ou décomposées, car elles peuvent être colonisées par de nombreux organismes secondaires.
Transport
Les échantillons doivent être :
- étiquetés ;
- protégés du soleil ;
- conservés frais selon le protocole du laboratoire ;
- non congelés ;
- expédiés rapidement ;
- accompagnés des informations agronomiques.
Comment le laboratoire confirme-t-il Phytophthora ?
Les méthodes peuvent comprendre :
- l’isolement sur milieu sélectif ;
- l’appâtage biologique du sol ou de l’eau ;
- l’observation des sporanges ;
- la caractérisation morphologique ;
- une méthode immunologique ;
- une PCR ou une autre méthode moléculaire ;
- une quantification des propagules dans le sol.
Une détection générique de Phytophthora ne précise pas toujours l’espèce ni son rôle exact dans le dépérissement. Le résultat doit être interprété avec les symptômes, le drainage et la viabilité des racines.
Existe-t-il un seuil marocain de traitement ?
Les travaux réalisés dans le Gharb ont signalé qu’aucun seuil de nuisibilité spécifique aux vergers marocains n’était alors établi.
Il ne faut donc pas reprendre automatiquement un seuil provenant de Floride ou d’un autre pays. Les méthodes de prélèvement, les unités, les espèces, les porte-greffes et les conditions de sol peuvent être différents.
L’interprétation doit prendre en compte :
- la méthode analytique ;
- l’espèce détectée ;
- la densité des propagules ;
- la proportion de racines pourries ;
- le porte-greffe ;
- la saison ;
- le drainage ;
- la progression des symptômes.
Prévenir dès la pépinière
Les plants doivent être produits dans des conditions limitant l’introduction du pathogène :
- substrat propre et traçable ;
- contenants ne touchant pas directement le sol contaminé ;
- eau d’irrigation contrôlée ;
- absence de stagnation sous les pots ;
- désinfection validée des plateaux réutilisés ;
- séparation des lots ;
- élimination des plants présentant des racines brunes ;
- traçabilité du greffon et du porte-greffe.
Un plant apparemment vert peut déjà porter une infection racinaire limitée. L’examen de plusieurs mottes avant plantation est donc utile.
Choisir un porte-greffe adapté
La tolérance aux Phytophthora constitue un critère majeur, mais elle ne doit pas être examinée isolément.
Le choix doit aussi intégrer :
- la texture et le pH du sol ;
- la salinité ;
- le calcaire actif ;
- la qualité de l’eau ;
- la variété greffée ;
- les nématodes ;
- les viroses et maladies transmissibles par greffage ;
- la vigueur recherchée ;
- les références régionales.
Un porte-greffe tolérant à la gommose du tronc n’est pas nécessairement aussi tolérant à la pourriture des racines. Sa résistance peut également diminuer lorsqu’il est placé dans un sol inadapté ou soumis à une forte salinité.
Plantation en butte et nivellement
Dans les sols présentant un risque temporaire d’engorgement, une plantation sur une butte correctement conçue peut aider à maintenir le collet au-dessus de la zone saturée.
La butte doit :
- être assez large pour accueillir les racines ;
- être stable après tassement ;
- ne pas se transformer en petite cuvette ;
- évacuer l’eau vers un réseau fonctionnel ;
- maintenir le point de greffe nettement visible ;
- être adaptée à la texture du sol.
Une petite motte très étroite peut se dessécher rapidement en été et ne constitue pas un drainage durable.
Drains de surface et drains enterrés
Selon la topographie et la profondeur de la nappe, les corrections peuvent inclure :
- nivellement raisonné ;
- fossés d’évacuation ;
- drains collecteurs ;
- drainage enterré ;
- décompactage ciblé avant plantation ;
- planche ou billon large ;
- réparation des points de fuite ;
- gestion des eaux provenant des parcelles voisines.
Un drainage installé sans étude des pentes, de l’exutoire et de la nappe peut déplacer l’eau sans réellement résoudre le problème.
Éviter le mouillage du tronc
Les mesures utiles comprennent :
- placer les goutteurs à distance du collet ;
- réparer les microjets mal orientés ;
- éviter l’aspersion contre les troncs ;
- retirer les protections maintenant l’écorce humide ;
- ne pas accumuler de terre ou compost contre le tronc ;
- tuteurer les branches basses en contact avec le sol ;
- limiter les éclaboussures de sol.
Que faire devant un arbre atteint ?
Assécher raisonnablement le collet
Écartez la terre ajoutée contre l’écorce et corrigez la fuite ou le goutteur responsable. Il ne faut pas exposer brutalement toutes les grosses racines au soleil.
Évaluer l’étendue de la lésion
Mesurez :
- sa hauteur ;
- sa largeur ;
- la part de circonférence touchée ;
- sa progression entre deux dates ;
- la position par rapport au point de greffe ;
- l’état des racines.
Décider du maintien ou du remplacement
Le remplacement devient souvent plus rationnel lorsque :
- la lésion ceinture une grande partie du tronc ;
- le porte-greffe est gravement pourri ;
- les racines nourricières ont presque disparu ;
- l’arbre décline malgré la correction du drainage ;
- le plant constitue une source permanente dans une jeune plantation ;
- la reprise économique est improbable.
La décision doit intégrer l’âge, la valeur de l’arbre, le niveau d’inoculum et la possibilité de corriger durablement le site.
Faut-il gratter une lésion de gommose ?
Le grattage historique des tissus atteints doit être conduit avec beaucoup de prudence.
Une intervention mal exécutée peut :
- agrandir la blessure ;
- sectionner des tissus encore fonctionnels ;
- contaminer les outils ;
- favoriser d’autres chancres ;
- accélérer le ceinturage.
Lorsqu’une excision est recommandée par un spécialiste :
- travaillez par temps sec ;
- utilisez un outil propre et affûté ;
- limitez-vous aux tissus clairement atteints ;
- nettoyez l’outil entre les arbres ;
- appliquez uniquement un produit autorisé pour cet usage ;
- surveillez la cicatrisation.
Quand envisager une intervention phytopharmaceutique ?
Une intervention ne doit être envisagée qu’après :
- confirmation ou forte présomption diagnostique ;
- correction du drainage ;
- suppression du mouillage du tronc ;
- évaluation du porte-greffe ;
- examen des racines ;
- vérification du produit autorisé ;
- prise en compte du délai avant récolte.
Un produit peut réduire l’activité du pathogène ou protéger certaines repousses racinaires, mais il ne restaure pas un cortex détruit, un collet ceinturé ou un drainage défaillant.
Comment vérifier les produits autorisés au Maroc ?
Consultez l’Index phytosanitaire officiel de l’ONSSA.
Effectuez une recherche multicritère et vérifiez :
- le nom commercial exact ;
- la culture « agrumes » ;
- l’usage contre Phytophthora, la gommose ou la pourriture racinaire ;
- la formulation ;
- la dose autorisée ;
- le mode d’application ;
- le nombre maximal d’interventions ;
- le délai avant récolte ;
- le délai de rentrée ;
- les restrictions liées au sol ou à l’eau ;
- la date de validité de l’autorisation.
Produit homologué ne signifie pas produit disponible
L’Index ONSSA contient les produits homologués au Maroc, qu’ils soient commercialisés ou non.
En cas de doute, seules l’attestation d’homologation ou l’autorisation de vente en vigueur font foi pour le produit commercial exact.
Ne pas transposer une matière active étrangère
Un produit recommandé en Floride, en Espagne ou en France n’est pas automatiquement autorisé au Maroc.
L’autorisation dépend :
- du produit commercial ;
- de la formulation ;
- de la culture ;
- de l’usage précis ;
- de la dose ;
- du mode d’application ;
- de la période de validité.
La mention d’une matière active dans une publication scientifique ne constitue pas une recommandation réglementaire.
Résistance et alternance des modes d’action
Des utilisations répétées d’un même mode d’action peuvent sélectionner des populations moins sensibles.
La gestion responsable consiste à :
- identifier le groupe FRAC du produit ;
- respecter le nombre maximal d’applications ;
- éviter les répétitions prolongées du même groupe ;
- alterner uniquement avec des modes d’action autorisés et réellement différents ;
- ne pas réduire arbitrairement les doses ;
- corriger simultanément l’excès d’eau ;
- contrôler l’évolution des lésions et des racines.
Une baisse d’efficacité peut également résulter d’un mauvais diagnostic, d’une application trop tardive ou d’une recontamination continue par l’eau et le sol.
Biocontrôle et matières organiques
Des micro-organismes antagonistes et des composts suppressifs sont étudiés contre différentes espèces de Phytophthora.
Les organismes étudiés comprennent notamment certaines souches de :
- Trichoderma ;
- Bacillus ;
- Pseudomonas ;
- micro-organismes associés à des composts matures.
Leur efficacité dépend :
- de la souche exacte ;
- de la formulation ;
- de la viabilité du produit ;
- de la température ;
- du pH ;
- de la salinité ;
- de la densité initiale du pathogène ;
- de la persistance de l’engorgement.
Aucun produit biologique ne doit être présenté comme une solution capable de compenser un mauvais drainage. Vérifiez toujours son autorisation commerciale et son usage exact au Maroc.
Fertilisation après une atteinte racinaire
Une forte dose d’engrais n’aide pas une racine pourrie à absorber davantage.
Après le diagnostic :
- réduisez les apports non justifiés ;
- fractionnez la fertigation ;
- contrôlez la conductivité ;
- évitez une concentration excessive près des racines restantes ;
- corrigez uniquement les carences confirmées ;
- adaptez la charge en fruits à la vigueur résiduelle.
Une fertilisation azotée excessive peut stimuler une frondaison que le système racinaire affaibli ne peut pas alimenter.
Assainissement du matériel et déplacement de terre
Le pathogène peut être déplacé avec :
- la terre collée aux roues ;
- les outils de plantation ;
- les chaussures ;
- les plants contaminés ;
- l’eau de ruissellement ;
- les boues de curage ;
- les contenants de pépinière ;
- les racines arrachées.
Après un travail dans un foyer :
- retirez mécaniquement la terre ;
- nettoyez les outils et roues ;
- appliquez ensuite un protocole de désinfection validé ;
- évitez de déplacer les boues vers une zone saine ;
- commencez les opérations dans les secteurs non atteints.
Plan de prévention en 12 leviers
- Utiliser des plants sains, traçables et contrôlés en pépinière.
- Choisir un porte-greffe adapté au sol, à l’eau et au risque Phytophthora.
- Planter sans enterrer le collet ni le point de greffe.
- Corriger le nivellement et le drainage avant la plantation.
- Éviter toute accumulation d’eau autour des arbres.
- Maintenir les goutteurs à distance du tronc.
- Mesurer les débits et adapter la durée d’irrigation au sol.
- Contrôler la salinité et le risque sodique de l’eau.
- Éviter les blessures et protéger le collet contre les éclaboussures.
- Cartographier immédiatement les arbres présentant une gommose.
- Confirmer la maladie par un prélèvement représentatif.
- Vérifier tout produit dans l’Index ONSSA et alterner les groupes FRAC.
Plan d’action selon la situation observée
| Situation | Actions prioritaires |
|---|---|
| Gomme isolée après une blessure | Nettoyer l’outil responsable, maintenir la zone sèche et suivre la cicatrisation |
| Lésion humide près du sol | Dégager le collet, vérifier le point de greffe, l’irrigation et prélever la marge active |
| Jaunissement sans gomme | Examiner les racines fines, la salinité, les nématodes et le drainage |
| Plusieurs arbres dans une zone basse | Cartographier l’engorgement, contrôler la nappe et corriger l’évacuation de l’eau |
| Racines pourries et Phytophthora confirmé | Corriger l’irrigation, limiter les déplacements de terre et construire un programme autorisé |
| Tronc largement ceinturé | Évaluer le remplacement de l’arbre et assainir le site avant replantation |
| Récidive après traitement | Revoir le diagnostic, le drainage, les débits, le porte-greffe et les modes d’action utilisés |
Que faut-il inscrire dans le registre ?
Le suivi peut être intégré au registre de traitement phytosanitaire.
- parcelle, rang et numéro de l’arbre ;
- variété et porte-greffe ;
- âge et date de plantation ;
- profondeur du point de greffe ;
- date de la première gommose ;
- hauteur et largeur de la lésion ;
- part de circonférence atteinte ;
- état des racines fines ;
- humidité et drainage du sol ;
- débit des goutteurs ;
- conductivité de l’eau et du sol ;
- prélèvement et résultat du laboratoire ;
- corrections apportées au réseau ;
- produit commercial éventuellement utilisé ;
- groupe FRAC, dose, DAR et délai de rentrée ;
- évolution lors du contrôle suivant.
Matériel utile au diagnostic
- pelle étroite ou transplantoir propre ;
- couteau ou gouge désinfectable ;
- loupe de terrain ;
- sonde d’humidité ;
- matériel de mesure du débit ;
- conductimètre et pH-mètre ;
- cylindre d’infiltration ;
- sachets et contenants de prélèvement ;
- glacière non congelante ;
- marqueurs permanents de foyers ;
- plan de la parcelle ou application de géolocalisation.
Erreurs fréquentes face au Phytophthora
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Diagnostiquer uniquement d’après la gomme | Confusion avec une blessure ou un autre chancre | Examiner la marge de la lésion, les racines et le drainage |
| Écarter Phytophthora faute de gomme | Pourriture racinaire non détectée | Inspecter les radicelles et le cortex |
| Enterrer le point de greffe | Écorce sensible maintenue dans l’humidité | Maintenir le point de greffe visible au-dessus du sol |
| Placer le goutteur contre le tronc | Mouillage prolongé du collet | Humidifier la zone racinaire active à distance |
| Traiter sans corriger le drainage | Recontamination permanente | Réduire d’abord l’engorgement et l’excès d’irrigation |
| Gratter largement le tronc | Blessure agrandie et ceinturage accéléré | Limiter toute excision aux recommandations d’un spécialiste |
| Transposer un seuil étranger | Décision non adaptée aux méthodes marocaines | Interpréter avec le laboratoire et le contexte du verger |
| Utiliser une matière active trouvée sur Internet | Usage non homologué ou dose incorrecte | Vérifier le produit commercial exact dans l’Index ONSSA |
Questions fréquentes sur le Phytophthora des agrumes
Comment commence la gommose d’un agrume ?
Elle commence souvent par une petite plage sombre et humide près du sol ou du point de greffe. L’écorce brunit, puis une gomme translucide ou ambrée peut apparaître.
Un arbre atteint produit-il toujours de la gomme ?
Non. Une attaque limitée aux racines peut provoquer un dépérissement général sans exsudation sur le tronc.
Pourquoi les feuilles jaunissent-elles alors que le sol est humide ?
Les racines pourries n’absorbent plus correctement l’eau et les éléments nutritifs. Un sol humide peut donc accompagner un stress hydrique de la frondaison.
Peut-on reconnaître l’espèce de Phytophthora visuellement ?
Non. Les symptômes de plusieurs espèces se ressemblent. L’isolement ou une méthode moléculaire est nécessaire pour une identification fiable.
Le goutte-à-goutte empêche-t-il la maladie ?
Non. Il réduit le mouillage du feuillage, mais une irrigation trop fréquente ou un goutteur placé contre le tronc peut maintenir le sol saturé.
Faut-il enlever la terre autour du tronc ?
Il faut retirer uniquement les apports qui enterrent le collet ou le point de greffe, sans exposer brutalement toutes les racines principales.
Une butte suffit-elle à corriger un mauvais drainage ?
Pas toujours. Elle doit être intégrée à un système évacuant réellement l’eau et adaptée au profil de sol et au niveau de la nappe.
La gommose peut-elle tuer l’arbre ?
Oui. Une lésion qui ceinture une grande partie du tronc ou du collet peut interrompre les échanges et provoquer le dépérissement complet.
Peut-on sauver un arbre dont les racines sont atteintes ?
La récupération dépend de la proportion de racines encore fonctionnelles, du porte-greffe et de la possibilité de corriger immédiatement le drainage et l’irrigation.
Faut-il appliquer un fongicide dès l’apparition de gomme ?
Non. Il faut d’abord vérifier la cause, l’étendue de la lésion, l’état des racines et la réglementation du produit envisagé.
Un produit biologique peut-il remplacer le drainage ?
Non. Aucun antagoniste microbien ne peut fonctionner durablement lorsque les racines restent continuellement asphyxiées dans un sol saturé.
Comment éviter la récidive après replantation ?
Utilisez un plant sain et un porte-greffe adapté, corrigez le drainage, maintenez le point de greffe au-dessus du sol et empêchez le mouillage du collet.
Phytophthora des agrumes : restaurer le drainage avant de traiter
Le Phytophthora des agrumes ne doit pas être réduit à une simple coulure de gomme.
La gommose atteint l’écorce du tronc ou du collet, tandis que la pourriture racinaire détruit les radicelles et peut provoquer un dépérissement sans gomme visible.
Le diagnostic doit associer l’observation de la lésion, l’examen des racines, la cartographie des zones humides, le contrôle des goutteurs et, lorsque l’enjeu le justifie, une analyse spécialisée.
La mesure la plus durable consiste à empêcher la saturation prolongée du sol : drainage fonctionnel, irrigation adaptée, point de greffe maintenu au-dessus du sol et absence de mouillage continu du tronc.
Une intervention phytopharmaceutique ne devient pertinente qu’après ces corrections, avec un produit autorisé sur agrumes au Maroc et une véritable alternance des modes d’action.
Devant une gommose, observez d’abord où va l’eau
Contrôlez le point de greffe, le collet, les racines fines, les goutteurs et la durée d’engorgement avant de rechercher un traitement.
Reconnaître la gommose Vérifier les produits autorisés
Sources officielles et techniques
- INRAE–CIRAD — Gommose parasitaire des agrumes
- Université de Floride — Phytophthora foot rot, crown rot and root rot
- INRA Maroc et Université Ibn Tofaïl — Populations de Phytophthora dans le Gharb
- INRA Maroc — Étude de l’agressivité de Phytophthora citrophthora
- ONSSA — Index phytosanitaire officiel du Maroc


