TYLCV au Maroc : la maladie des feuilles jaunes en cuillère est une virose majeure de la tomate, transmise principalement par la mouche blanche Bemisia tabaci. Elle provoque un jaunissement et un enroulement des jeunes feuilles, un raccourcissement des entre-nœuds, un arrêt de croissance et une forte réduction de la nouaison lorsque l’infection intervient précocement.

Une faible population de mouches blanches peut suffire à transmettre le virus. Il ne faut donc pas attendre l’apparition d’un nuage d’adultes, de miellat ou de fumagine pour surveiller les plantations.
Les symptômes visuels ne permettent cependant pas de confirmer seuls le TYLCV. Une chaleur excessive, un stress hydrique, une phytotoxicité, une dérive d’herbicide, une carence, le ToBRFV et d’autres virus peuvent également déformer les feuilles ou ralentir la croissance.
Aucun fongicide, insecticide ou produit foliaire ne guérit une plante infectée. La protection repose sur les plants sains, les variétés résistantes ou tolérantes, l’exclusion de Bemisia tabaci, la surveillance précoce, le biocontrôle, la suppression maîtrisée des sources virales et la protection intégrée du vecteur.
Ce guide complète notre article central sur les maladies de la tomate au Maroc, notre dossier consacré à la mouche blanche sur tomate, notre méthode de diagnostic phytosanitaire et la page centrale sur les traitements phytosanitaires au Maroc.
Conduite immédiate devant une plante suspecte
Marquez la plante, photographiez les symptômes, observez le dessous des feuilles et vérifiez la présence de Bemisia tabaci. Limitez les déplacements inutiles dans le foyer et organisez une confirmation avant de conclure définitivement au TYLCV.
La maîtrise des mouches blanches peut ralentir la propagation vers les plantes saines, mais elle ne débarrasse pas du virus les plantes déjà contaminées.
TYLCV au Maroc : quels symptômes faut-il reconnaître ?
Le TYLCV affecte principalement les jeunes tissus situés dans la partie supérieure de la tomate. Les signes visibles dépendent notamment :
- du stade de la plante au moment de l’infection ;
- de la variété et de son niveau de résistance ;
- de la souche ou de l’espèce virale impliquée ;
- de la température ;
- de la vigueur de la plante ;
- de la présence éventuelle d’une infection mixte ;
- de la pression exercée par les mouches blanches.
Une plante peut présenter seulement une partie des symptômes. L’absence d’une feuille parfaitement recourbée en cuillère ne permet donc pas d’exclure la maladie.
Jaunissement des jeunes feuilles
Les feuilles situées près de l’apex peuvent devenir :
- vert pâle ;
- jaunes sur les marges ;
- chlorotiques entre les nervures ;
- irrégulièrement décolorées ;
- plus petites que les feuilles normales.
Les nervures peuvent rester plus vertes que le reste du limbe. Le contraste est parfois plus visible lorsque l’on compare la plante suspecte avec une plante saine du même âge et de la même variété.
Enroulement en forme de cuillère
Les bords des folioles ont tendance à se recourber vers le haut. Les feuilles deviennent souvent :
- épaissies ;
- rigides ;
- froissées ;
- gaufrées ;
- réduites ;
- orientées vers le haut.
L’expression « feuilles jaunes en cuillère » décrit cette association entre jaunissement, réduction du limbe et recourbement des bords.
Raccourcissement des entre-nœuds
Les nouvelles portions de tige s’allongent moins. La partie supérieure devient compacte et donne parfois à la plante un aspect :
- rabougri ;
- buissonnant ;
- tassé ;
- anormalement dense ;
- déséquilibré par rapport aux plantes voisines.
Ce raccourcissement est particulièrement évocateur lorsqu’il accompagne le jaunissement et l’enroulement des jeunes feuilles.
Arrêt ou ralentissement de la croissance
Une infection précoce peut entraîner :
- une croissance très lente ;
- un faible développement du sommet ;
- des bouquets plus petits ;
- une réduction du nombre de fleurs ;
- un retard de production ;
- une faible couverture végétale.
Les feuilles déjà formées avant l’infection peuvent rester relativement normales, tandis que les nouvelles pousses expriment fortement la maladie.
Chute des fleurs et mauvaise nouaison
La plante peut continuer à produire des fleurs, mais celles-ci :
- avortent ;
- tombent avant la nouaison ;
- forment peu de fruits ;
- donnent des bouquets irréguliers ;
- produisent des fruits de calibre réduit.
Une infection très précoce peut compromettre une grande partie de la récolte. Une infection tardive peut laisser se développer les fruits déjà noués avant la contamination.
Comment évoluent les symptômes selon la date d’infection ?
| Moment probable de l’infection | Conséquences possibles |
|---|---|
| Pépinière ou très jeune plantation | Rabougrissement marqué, entre-nœuds courts, faible floraison et production fortement compromise |
| Avant les premiers bouquets | Réduction importante de la nouaison et de la croissance future |
| Après plusieurs bouquets noués | Partie supérieure symptomatique, mais certains fruits déjà formés peuvent poursuivre leur développement |
| Fin de culture | Impact parfois plus limité sur la récolte en cours, mais maintien d’une source virale pour les jeunes cultures voisines |
La date d’apparition des symptômes ne correspond pas exactement à la date de contamination. Une période d’incubation sépare l’inoculation du virus et l’expression visible de la maladie.
Comment distinguer le TYLCV des autres problèmes ?
Le syndrome des feuilles jaunes en cuillère n’est pas spécifique à une seule cause. Plusieurs problèmes produisent des feuilles jaunes, petites ou déformées.
| Problème comparable | Ressemblance possible | Vérification prioritaire |
|---|---|---|
| ToBRFV | Déformation, réduction du limbe et croissance irrégulière | Mosaïque, cloques, fruits marbrés ou rugueux et analyse spécifique |
| ToCV | Jaunissement et affaiblissement associés aux aleurodes | Chlorose apparaissant souvent d’abord sur les feuilles basses ou intermédiaires |
| TSWV | Nanisme, déformation et chute des fleurs | Bronzage, anneaux, nécroses et présence de thrips |
| ToLCNDV ou autre bégomovirus | Enroulement apical, jaunissement et baisse de nouaison | Analyse moléculaire différenciant les espèces virales |
| Phytotoxicité ou dérive d’herbicide | Feuilles étroites, déformées et croissance bloquée | Apparition après une application, répartition en bandes ou bordure exposée |
| Chaleur excessive | Enroulement des feuilles et mauvaise nouaison | Symptômes généralisés associés à une période climatique précise |
| Stress hydrique ou salinité | Petites feuilles, ralentissement et chute des fleurs | Humidité du sol, débit des goutteurs, conductivité de l’eau et du sol |
| Carence nutritionnelle | Chlorose, petites feuilles ou déformation | Âge des feuilles touchées, pH, racines et analyses agronomiques |
Une infection mixte peut également associer plusieurs virus. La présence de Bemisia tabaci ne prouve donc pas que tous les symptômes observés sont causés uniquement par le TYLCV.
Qu’est-ce que le TYLCV ?
Le Tomato yellow leaf curl virus appartient à la famille des Geminiviridae et au groupe des bégomovirus.
La taxonomie internationale évolue régulièrement. La base de l’OEPP utilise actuellement le nom scientifique Begomovirus coheni pour le virus historiquement désigné par le sigle TYLCV.
Dans les publications agronomiques, les laboratoires et les exploitations, le sigle TYLCV reste cependant largement employé.
Le syndrome des feuilles jaunes en cuillère peut également être associé à d’autres bégomovirus apparentés, notamment le Tomato yellow leaf curl Sardinia virus, ou TYLCSV, déjà détecté historiquement au Maroc.
Le TYLCV est-il présent au Maroc ?
Les premiers foyers marocains ont été observés à la fin des années 1990. Les données historiques ont confirmé :
- le TYLCV ;
- le TYLCSV ;
- plusieurs introductions ou variants viraux ;
- la présence du vecteur Bemisia tabaci.
Des foyers importants avaient notamment été décrits dans les bassins d’El Jadida, d’Agadir et de Berkane.
Ces informations prouvent l’installation historique du complexe viral, mais ne constituent pas une carte actualisée de la pression en 2026. Le risque réel doit être évalué localement selon :
- les observations des producteurs ;
- les résultats des laboratoires ;
- la pression de Bemisia tabaci ;
- les variétés cultivées ;
- la continuité des cultures hôtes ;
- les informations des services phytosanitaires.
Comment Bemisia tabaci transmet-elle le TYLCV ?
Le virus est acquis lorsqu’une mouche blanche adulte ou larvaire s’alimente sur une plante infectée.
Après son passage dans l’insecte, le virus peut être inoculé à une plante saine lors d’une nouvelle prise alimentaire.
La transmission est décrite comme :
- circulative, car le virus traverse l’organisme de l’insecte avant d’atteindre les glandes salivaires ;
- persistante, car l’insecte peut conserver sa capacité de transmission longtemps après l’acquisition.
Selon les isolats et les conditions expérimentales, des périodes d’alimentation relativement courtes peuvent suffire pour acquérir ou inoculer le virus.
Cette efficacité explique pourquoi une faible population d’adultes virulifères peut contaminer de jeunes tomates avant d’être repérée sur les panneaux jaunes.
Le virus se transmet-il par les outils ou le contact ?
Le TYLCV ne se comporte pas comme le ToBRFV.
Dans les conditions naturelles, sa transmission principale repose sur Bemisia tabaci. Il n’est pas considéré comme un virus se diffusant facilement par les mains, les sécateurs ou le simple contact entre feuilles.
Le greffage avec un matériel infecté peut néanmoins transmettre le virus, et le déplacement de plants contaminés constitue une voie importante de dissémination entre pépinières, exploitations ou régions.
Il faut donc distinguer :
- TYLCV : maîtrise prioritaire de la mouche blanche et des plants infectés ;
- ToBRFV : maîtrise prioritaire des contacts mécaniques, des outils et des équipements contaminés.
Le TYLCV est-il transmis par les semences ?
L’OEPP ne considère pas actuellement la transmission par semences comme une voie établie de propagation, sur la base d’études moléculaires récentes, malgré des publications antérieures ayant évoqué cette possibilité.
Le principal risque associé au matériel végétal reste celui de jeunes plants contaminés après exposition précoce à des mouches blanches virulifères.
Une semence de qualité ne dispense donc pas de protéger la pépinière contre Bemisia tabaci.
Pourquoi les jeunes plantations sont-elles très vulnérables ?
Une jeune tomate possède peu de feuilles et peu de bouquets déjà formés. Lorsqu’elle est contaminée :
- toute la croissance future se développe sous l’influence du virus ;
- les entre-nœuds restent courts ;
- la surface foliaire se réduit ;
- la floraison est fortement perturbée ;
- le nombre de fruits potentiels diminue ;
- la plante devient une source virale pour les mouches blanches voisines.
La pépinière et les premières semaines après plantation constituent donc une période stratégique de prévention.
Comment confirmer le diagnostic ?
La confirmation repose généralement sur des méthodes moléculaires, notamment la PCR ou des techniques apparentées capables de détecter et différencier les bégomovirus.
Une analyse devient particulièrement importante lorsque :
- les symptômes apparaissent dans plusieurs rangs ;
- des plantes résistantes expriment des signes inhabituels ;
- une autre virose est suspectée ;
- les symptômes persistent sans population visible d’aleurodes ;
- la production est destinée à l’exportation ;
- la décision implique l’élimination d’un nombre important de plantes ;
- plusieurs serres partagent la même pépinière.
Quels tissus prélever ?
Suivez les instructions du laboratoire. Il peut demander :
- les jeunes feuilles symptomatiques ;
- les pétioles associés ;
- des feuilles récemment atteintes plutôt que totalement desséchées ;
- plusieurs plantes du même foyer ;
- des plantes apparemment saines du même lot ;
- des échantillons provenant de plusieurs serres.
Identifiez chaque échantillon séparément et joignez les informations sur la variété, le lot, la date de plantation, la répartition des symptômes et la présence de mouches blanches.
Que faire devant les premières plantes suspectes ?
- Marquer les plantes et noter leur rang et leur position.
- Photographier les jeunes feuilles, l’apex et l’ensemble de la plante.
- Examiner le dessous des feuilles à la recherche d’adultes, d’œufs et de larves de Bemisia tabaci.
- Contrôler les panneaux jaunes situés dans le bloc.
- Comparer avec des plantes saines de même variété et de même âge.
- Vérifier l’irrigation et la fertigation afin d’éliminer les causes agronomiques évidentes.
- Consulter le registre pour rechercher une phytotoxicité ou une dérive.
- Contacter un laboratoire lorsque la suspicion reste importante.
- Renforcer immédiatement la maîtrise du vecteur dans le foyer et les serres voisines.
Évitez de secouer fortement les plantes suspectes avant leur retrait, car les adultes présents peuvent s’envoler vers les tomates voisines.
10 mesures essentielles de prévention du TYLCV
1. Produire ou acheter des plants protégés
La pépinière doit être protégée contre les mouches blanches dès la levée.
Avant l’achat ou l’introduction des plants, vérifiez :
- l’origine du lot ;
- la variété et le porte-greffe ;
- le niveau de résistance annoncé ;
- l’état des filets de la pépinière ;
- la présence de panneaux jaunes ;
- l’absence d’adultes ou de larves sous les feuilles ;
- l’uniformité de croissance ;
- la traçabilité de la livraison.
2. Utiliser des variétés résistantes ou tolérantes
Plusieurs variétés possèdent des gènes de résistance appartenant notamment à la série des gènes Ty.
La résistance peut :
- réduire la multiplication virale ;
- retarder les symptômes ;
- limiter la baisse de rendement ;
- maintenir une production dans un contexte à risque.
Elle ne doit pas être confondue avec une immunité absolue.
Une variété résistante peut :
- être infectée sans exprimer de symptômes sévères ;
- réagir différemment selon l’isolat viral ;
- perdre une partie de sa protection sous forte pression ;
- rester exposée à d’autres virus ;
- héberger des mouches blanches.
Demandez au semencier la signification exacte du code de résistance et distinguez la résistance du greffon de celle du porte-greffe.
3. Installer des filets anti-insectes adaptés
Les ouvertures latérales, les aérations de toiture et les portes doivent réduire l’entrée de Bemisia tabaci.
Contrôlez régulièrement :
- les déchirures ;
- les bordures décollées ;
- les jonctions avec la structure ;
- les passages de tuyaux ;
- les portes mal fermées ;
- les dommages provoqués par le vent.
Le filet doit également rester compatible avec la ventilation et la gestion thermique de la serre.
4. Organiser un sas d’entrée
Une double porte ou un sas réduit les entrées d’adultes lors des mouvements de personnel, des récoltes et des livraisons.
Évitez de laisser les deux portes ouvertes simultanément. Réduisez le temps d’ouverture et organisez les sorties de caisses afin de limiter les échanges avec l’extérieur.
5. Installer les panneaux jaunes dès la plantation
Les panneaux jaunes englués servent à détecter les premiers adultes ailés.
Placez-les notamment :
- près des portes ;
- à proximité des aérations ;
- au centre des blocs ;
- près des zones historiquement infestées ;
- dans les jeunes plantations ;
- à hauteur du sommet de la culture.
Ajustez leur position à mesure que les plantes grandissent et relevez les captures à fréquence régulière.
6. Observer directement le dessous des feuilles
Les panneaux ne capturent que les adultes ailés. Ils ne montrent pas les œufs et les larves fixées sous les feuilles.
Chaque semaine, examinez plusieurs étages :
- jeunes feuilles pour les adultes et les pontes ;
- feuilles intermédiaires pour les jeunes larves ;
- feuilles âgées pour les larves avancées, pupariums et parasitoïdes.
Dans une situation à risque viral élevé, augmentez la fréquence de surveillance.
7. Supprimer les sources de virus et les plantes réservoirs
Les vieilles cultures infectées, les repousses et certaines adventices peuvent maintenir simultanément le virus et son vecteur.
La gestion doit couvrir :
- l’intérieur des serres ;
- les abords ;
- les fossés ;
- les zones de déchets ;
- les anciennes parcelles ;
- les plantes ornementales sensibles ;
- les cultures hôtes voisines.
La destruction brutale d’une végétation fortement infestée peut provoquer une migration des adultes vers les jeunes tomates. Planifiez donc l’opération avec la protection des unités voisines.
8. Retirer précocement les plantes confirmées
Lorsqu’une plante est confirmée infectée et que le foyer reste limité, son retrait peut réduire la source virale.
La procédure doit éviter l’envol des mouches blanches :
- intervenir lorsque l’activité des adultes est limitée ;
- enfermer ou ensacher la plante avant de la déplacer lorsque cela est possible ;
- retirer la plante avec précaution ;
- fermer immédiatement le contenant ;
- éliminer le matériel selon le protocole de l’exploitation ;
- surveiller les plantes voisines pendant plusieurs semaines.
La décision doit être adaptée au nombre de plantes, au stade de la culture et aux instructions du conseiller ou du service phytosanitaire.
9. Installer précocement le biocontrôle
Les parasitoïdes et prédateurs peuvent contribuer à maintenir les populations de mouches blanches à un niveau faible.
Les auxiliaires utilisés selon les situations peuvent comprendre :
- Eretmocerus mundus ;
- Encarsia formosa ;
- Eretmocerus eremicus ;
- Macrolophus pygmaeus ;
- Nesidiocoris tenuis ;
- certains acariens prédateurs.
Le choix dépend de l’espèce d’aleurode, des températures, de la culture, des produits déjà appliqués et des auxiliaires disponibles.
10. Gérer la fin de culture sans disperser le vecteur
Une vieille culture infectée peut devenir une source majeure de mouches blanches virulifères pour les jeunes plantations voisines.
Avant l’arrachage :
- évaluez la population d’adultes ;
- protégez les serres voisines ;
- maintenez les filets et les portes fermés ;
- organisez l’évacuation des résidus ;
- supprimez rapidement les repousses ;
- nettoyez les zones de stockage ;
- maintenez une période sans hôte lorsque le calendrier le permet.
Comment lutter contre la mouche blanche vectrice ?
La stratégie détaillée figure dans notre guide consacré à la mouche blanche sur tomate.
Pour limiter la transmission du TYLCV, il faut agir sur plusieurs niveaux :
- exclure les adultes avant leur entrée ;
- détecter rapidement les premières captures ;
- observer les stades fixés sous les feuilles ;
- préserver les parasitoïdes et les prédateurs ;
- réduire les plantes sources de virus ;
- éviter les réinfestations provenant des anciennes cultures ;
- raisonner les interventions selon le risque viral.
Une intervention qui réduit temporairement les adultes sans atteindre les larves, sans protéger les auxiliaires et sans supprimer les plantes infectées ne suffit pas à interrompre durablement l’épidémie.
Existe-t-il un seuil d’intervention universel ?
Non. Dans une culture où aucun virus transmis par aleurodes ne circule, la décision peut être fondée principalement sur les dégâts directs et la dynamique de la population.
Lorsque le TYLCV est présent, la tolérance au vecteur devient beaucoup plus faible, particulièrement :
- en pépinière ;
- sur de jeunes plantations ;
- sur des variétés sensibles ;
- près d’une vieille culture infectée ;
- dans une serre dont les filets sont endommagés ;
- lorsque les premières plantes symptomatiques sont détectées.
Les captures sur panneaux doivent être croisées avec les observations foliaires, les auxiliaires, les symptômes et l’historique du bassin de production.
Pourquoi les insecticides ne suffisent-ils pas ?
Plusieurs limites réduisent leur efficacité contre la transmission virale :
- la mouche blanche peut inoculer le virus avant de mourir ;
- les œufs et larves se trouvent sous les feuilles ;
- plusieurs stades coexistent dans la serre ;
- les adultes peuvent revenir depuis l’extérieur ;
- Bemisia tabaci développe facilement des résistances ;
- les produits non sélectifs détruisent les auxiliaires ;
- les plantes infectées restent porteuses du virus.
Le traitement du vecteur doit donc compléter les filets, la surveillance, les plants protégés, la résistance variétale et la suppression des sources virales.
Comment vérifier les produits autorisés au Maroc ?
Consultez l’Index phytosanitaire officiel de l’ONSSA.
Recherchez et vérifiez ensemble :
- le nom commercial exact ;
- la culture « tomate » ;
- l’usage contre la mouche blanche ou l’aleurode ;
- la formulation ;
- la dose autorisée ;
- le nombre maximal d’applications ;
- le délai avant récolte ;
- le délai de rentrée ;
- les précautions concernant les auxiliaires et pollinisateurs ;
- la validité de l’autorisation.
Aucun traitement curatif contre le virus
Les produits figurant dans l’Index concernent la maîtrise de la mouche blanche ou d’autres organismes nuisibles. Ils ne guérissent pas une tomate infectée par le TYLCV.
En cas de doute, les attestations d’homologation ou d’autorisation de vente en vigueur font foi pour le produit commercial exact.
Résistance aux insecticides et rotation des modes d’action
Changer de marque commerciale ne signifie pas nécessairement changer de mode d’action.
Deux produits de marques différentes peuvent appartenir au même groupe IRAC et sélectionner les mêmes mécanismes de résistance.
Une stratégie responsable consiste à :
- identifier le groupe IRAC de chaque produit ;
- éviter les répétitions injustifiées ;
- respecter le nombre maximal d’applications ;
- ne pas modifier arbitrairement la dose ;
- maintenir une couverture suffisante du dessous des feuilles ;
- préserver les auxiliaires ;
- enregistrer le résultat de chaque intervention ;
- analyser les causes d’une baisse d’efficacité.
Un défaut de calibrage pulvérisateur agricole ou une mauvaise buse pulvérisateur agricole peut également empêcher la bouillie d’atteindre les stades fixés sous les feuilles.
Comment interpréter la résistance variétale ?
Les catalogues utilisent souvent des mentions comme HR ou IR correspondant à différents niveaux de résistance.
Avant de choisir une variété, demandez :
- le code exact de résistance au TYLCV ;
- le niveau annoncé ;
- les isolats ou espèces virales évalués ;
- les résultats dans des conditions méditerranéennes ;
- la performance sous forte pression de Bemisia tabaci ;
- les résistances du greffon et du porte-greffe ;
- la compatibilité avec le marché visé.
Une variété résistante reste exposée :
- aux dégâts directs de la mouche blanche ;
- à la fumagine ;
- au ToCV ;
- au ToBRFV ;
- à Tuta absoluta ;
- aux autres maladies de la tomate.
La résistance au TYLCV ne remplace donc pas la protection intégrée.
Plan d’action selon la situation observée
| Situation | Actions prioritaires |
|---|---|
| Aucune mouche blanche ni symptôme | Maintenir les filets, les panneaux, l’inspection des plants et le programme biologique |
| Premiers adultes sans symptômes | Rechercher le point d’entrée, inspecter les feuilles et renforcer le biocontrôle |
| Première plante suspecte | Marquer, photographier, prélever et renforcer immédiatement la maîtrise du vecteur |
| Résultat TYLCV positif et foyer limité | Retrait contrôlé des plantes, surveillance des voisines et réduction maximale de Bemisia tabaci |
| Plusieurs rangs atteints | Cartographier, analyser la source, vérifier les plants, les filets, les variétés et la stratégie du vecteur |
| Vieille culture infestée près d’une jeune plantation | Éviter une migration massive, protéger la jeune unité et organiser la destruction de l’ancienne culture |
Que faut-il enregistrer dans l’exploitation ?
La surveillance peut être intégrée au registre traitement phytosanitaire.
Notez notamment :
- la variété et le porte-greffe ;
- le lot de semences ou de plants ;
- la pépinière ;
- la date de plantation ;
- le code de la serre et du rang ;
- les captures sur panneaux jaunes ;
- les stades de mouches blanches observés ;
- les auxiliaires présents ou introduits ;
- les plantes suspectes ;
- la date du prélèvement ;
- le laboratoire et le résultat ;
- les plantes retirées ;
- les produits et groupes IRAC utilisés ;
- le DAR ;
- l’évolution lors des contrôles suivants.
Erreurs fréquentes face au TYLCV
| Erreur | Conséquence | Bonne pratique |
|---|---|---|
| Diagnostiquer uniquement avec une photo | Confusion avec un stress ou une autre virose | Comparer les symptômes et confirmer au laboratoire |
| Attendre une forte infestation d’aleurodes | Transmission virale déjà engagée | Surveiller dès la pépinière et la plantation |
| Traiter avec un fongicide | Aucun effet sur le virus | Confirmer puis agir sur le vecteur et les sources virales |
| Secouer une plante infectée avant son retrait | Envol des adultes virulifères | Enfermer la plante avant son déplacement |
| Se fier uniquement à une variété résistante | Maintien du vecteur et d’autres maladies | Associer génétique, filets, surveillance et biocontrôle |
| Répéter le même groupe IRAC | Sélection de résistance chez Bemisia tabaci | Alterner réellement les modes d’action |
| Arracher une vieille culture infestée sans préparation | Migration vers les jeunes plantations | Planifier la destruction et protéger les unités voisines |
Fiche rapide de suspicion du TYLCV
- Exploitation : …………………………………
- Serre ou parcelle : …………………………………
- Variété : …………………………………
- Porte-greffe : …………………………………
- Résistance TYLCV annoncée : …………………………………
- Origine et lot des plants : …………………………………
- Date de plantation : …………………………………
- Date des premiers symptômes : …………………………………
- Rang et position : …………………………………
- Jeunes feuilles jaunes : oui / non
- Feuilles recourbées vers le haut : oui / non
- Entre-nœuds courts : oui / non
- Chute des fleurs : oui / non
- Bemisia tabaci observée : oui / non
- Captures sur panneaux : …………………………………
- Échantillon envoyé : …………………………………
- Laboratoire : …………………………………
- Résultat : …………………………………
- Mesures appliquées : …………………………………
Questions fréquentes sur le TYLCV au Maroc
Le TYLCV est-il présent au Maroc ?
Oui. Le virus a été officiellement signalé à la fin des années 1990. Le TYLCV et le TYLCSV ont été historiquement détectés dans plusieurs régions marocaines.
Quels sont les premiers symptômes ?
Les jeunes feuilles deviennent petites, jaunes, épaissies et recourbées vers le haut. La croissance ralentit et les entre-nœuds se raccourcissent.
La mouche blanche transmet-elle toujours le virus ?
Non. Toutes les mouches blanches ne sont pas nécessairement virulifères. Elles doivent d’abord acquérir le virus sur une plante infectée. Leur présence constitue toutefois un risque important.
Une seule mouche blanche peut-elle transmettre le TYLCV ?
Une faible population virulifère peut suffire à transmettre le virus à de jeunes plants. La prévention doit donc commencer avant une infestation visible.
Peut-on guérir une plante infectée ?
Non. Aucun pesticide ne débarrasse la plante du virus. Les mesures visent à limiter sa propagation et à protéger les plantes encore saines.
Faut-il arracher les plantes malades ?
Le retrait précoce des plantes confirmées peut réduire la source virale lorsque le foyer est limité. L’opération doit empêcher l’envol des mouches blanches présentes.
Les outils transmettent-ils le TYLCV ?
La transmission naturelle repose principalement sur Bemisia tabaci. Le TYLCV n’est pas considéré comme facilement transmis mécaniquement par les outils, contrairement au ToBRFV.
Une variété résistante peut-elle être infectée ?
Oui. La résistance réduit généralement les symptômes ou la multiplication virale, mais ne garantit pas une immunité absolue.
Comment distinguer le TYLCV du ToBRFV ?
Le TYLCV provoque surtout un jaunissement, un recourbement en cuillère, des entre-nœuds courts et une chute des fleurs. Le ToBRFV est davantage associé aux mosaïques, cloques et fruits marbrés ou rugueux. Une analyse reste nécessaire.
Le TYLCV est-il transmis par les semences ?
La transmission par semences n’est pas considérée actuellement comme une voie établie par l’OEPP. Les plants infectés après une exposition précoce à Bemisia tabaci représentent un risque plus clairement reconnu.
Pourquoi traiter la mouche blanche ne suffit-il pas ?
Le virus peut être transmis avant la mort de l’insecte, tandis que les plantes déjà infectées restent des sources virales. La stratégie doit associer exclusion, surveillance, résistance variétale et gestion des foyers.
TYLCV au Maroc : protéger les jeunes tomates avant la contamination
Le TYLCV au Maroc représente un risque particulièrement important lorsque de jeunes tomates sensibles sont exposées à des mouches blanches ayant acquis le virus sur une vieille culture ou une plante réservoir.
Les feuilles jaunes et recourbées, les entre-nœuds courts et la chute des fleurs orientent le diagnostic, mais ne permettent pas de distinguer avec certitude le TYLCV des autres bégomovirus, d’une phytotoxicité ou d’un stress agronomique.
La confirmation moléculaire reste la méthode la plus fiable. Aucun traitement curatif ne permet ensuite de guérir la plante.
La prévention doit commencer en pépinière avec des plants protégés et traçables. Elle se poursuit par les variétés résistantes, les filets, les panneaux jaunes, l’observation du dessous des feuilles, les auxiliaires et la suppression maîtrisée des plantes confirmées.
Cette stratégie protège les jeunes plantations avant que la maladie ne réduise définitivement leur croissance et leur capacité de production.
Agir avant l’apparition des feuilles en cuillère
Protégez la pépinière, installez les panneaux dès la plantation et examinez chaque semaine le dessous des jeunes feuilles.
Consulter la fiche TYLCV de l’OEPP Vérifier les usages autorisés
Sources officielles et techniques
- OEPP — Situation du TYLCV au Maroc
- OEPP — Biologie, transmission, diagnostic et prévention du TYLCV
- OEPP — Enquête sur les bégomovirus de la tomate et Bemisia tabaci au Maroc
- INRAE — Virus des feuilles jaunes en cuillère de la tomate
- INRAE — Aleurodes vectrices et dégâts sur tomate
- ONSSA — Index phytosanitaire officiel
- ONSSA — Homologation des produits phytopharmaceutiques


