Cochenille farineuse de la vigne : au Maroc, ce ravageur doit être recherché sous les écorces, sur le tronc, les cordons, les feuilles, les grappes et parfois dans la zone racinaire. Une infestation commence souvent discrètement avant de devenir visible par la présence de cire blanche, de miellat collant, de fourmis et de fumagine sur les raisins.

L’espèce principalement concernée est Planococcus ficus, appelée cochenille farineuse ou cochenille de la vigne. La femelle est dépourvue d’ailes. Son corps rosâtre, mou et segmenté est recouvert d’une cire farineuse blanche prolongée par de courts filaments périphériques.
D’autres cochenilles farineuses peuvent toutefois coloniser la vigne. Une identification fiable est importante, car la biologie, les phéromones sexuelles, les auxiliaires et les stratégies de lutte ne sont pas nécessairement identiques d’une espèce à l’autre.
Les dégâts directs résultent du prélèvement de sève, de la production de miellat et de la contamination des grappes. Le risque indirect concerne la transmission de certains virus associés à l’enroulement de la vigne. Une faible population peut donc présenter une importance sanitaire supérieure à ce que laisse supposer son seul nombre.
La lutte intégrée associe plants sains, surveillance des foyers, pièges à phéromone adaptés à l’espèce, nettoyage du matériel, maîtrise des fourmis, préservation des auxiliaires et intervention ciblée sur les stades les plus accessibles.
Ce guide complète notre méthode de diagnostic phytosanitaire, notre article sur le calibrage du pulvérisateur agricole, notre guide consacré aux buses de pulvérisation agricole et la page centrale sur les traitements phytosanitaires au Maroc.
Conduite immédiate devant un foyer suspect
Inspectez les grappes, l’envers des feuilles, les aisselles des rameaux, le cordon, le tronc et les écorces décollées. Recherchez simultanément les femelles farineuses, les jeunes larves mobiles, les ovisacs, le miellat, les fourmis et les premières plages de fumagine.
Marquez les ceps concernés et évitez de commencer les travaux dans cette zone. Les équipes et les machines doivent progresser des parcelles indemnes vers les parcelles infestées, jamais dans le sens inverse.
Cochenille farineuse de la vigne : quels signes faut-il surveiller ?
Les premiers signes peuvent être très discrets.
La surveillance doit rechercher :
- de petits insectes ovales couverts d’une cire blanche farineuse ;
- des amas cotonneux dans les fissures de l’écorce ;
- de jeunes larves jaunâtres ou rosées se déplaçant sur le tronc ;
- des colonies cachées sous une écorce décollée ;
- des cochenilles installées près du point de greffe ;
- des individus à l’aisselle des feuilles ou des rameaux ;
- des colonies à l’intérieur d’une grappe compacte ;
- des gouttes de miellat sur les feuilles et les raisins ;
- une surface brillante et collante ;
- une fumagine noire se développant sur le miellat ;
- une circulation inhabituelle de fourmis le long du cep ;
- des raisins souillés par de la cire, des exuvies ou des insectes.
Comment reconnaître Planococcus ficus ?
La femelle adulte de Planococcus ficus est généralement :
- longue de quelques millimètres seulement ;
- ovale et légèrement aplatie ;
- molle et nettement segmentée ;
- rosâtre ou couleur chair sous la cire ;
- recouverte d’une poudre cireuse blanche ;
- entourée de courts filaments latéraux ;
- dépourvue de longs filaments caudaux ;
- incapable de voler.
La cire protège partiellement l’insecte contre le dessèchement, les contacts directs et certaines pulvérisations.
Une manipulation trop forte peut retirer cette cire et rendre l’insecte plus rose ou brunâtre. La couleur d’un individu écrasé ne constitue donc pas un critère suffisant.
Les jeunes larves mobiles ou crawlers
Les jeunes larves nouvellement écloses sont souvent appelées crawlers.
Elles sont :
- beaucoup plus petites que les femelles ;
- jaunâtres, rosées ou crème ;
- peu recouvertes de cire au début ;
- mobiles ;
- capables de coloniser de nouveaux organes ;
- plus exposées qu’une femelle dissimulée sous l’écorce.
Ce stade constitue un moment important pour la surveillance et pour toute intervention autorisée, car les jeunes larves sont moins protégées par la cire et par les structures de la vigne.
La période de sortie des crawlers varie selon la région, la température, le stade de la vigne et la génération. Un calendrier étranger ne doit donc pas être appliqué automatiquement au Maroc.
À quoi ressemble le mâle ?
Le mâle adulte est très différent de la femelle.
Il est :
- minuscule ;
- plus petit que de nombreux thrips adultes ;
- doté d’une paire d’ailes ;
- muni de longues antennes ;
- capable de voler sur une courte distance ;
- principalement destiné à rechercher une femelle et à s’accoupler.
Il est difficile à identifier avec une simple loupe. L’examen d’un mâle capturé sur une plaque engluée nécessite généralement une loupe binoculaire et un opérateur formé.
Planococcus ficus ou autre cochenille farineuse ?
Plusieurs espèces de Pseudococcidae se ressemblent fortement.
La confusion peut notamment concerner :
- Planococcus citri ;
- différentes espèces du genre Pseudococcus ;
- des cochenilles portant des filaments postérieurs plus longs ;
- des femelles ayant perdu une partie de leur cire ;
- de jeunes stades encore peu caractéristiques.
Les différences utiles comprennent :
- la longueur des filaments périphériques ;
- la présence ou l’absence de longs filaments caudaux ;
- la forme du corps ;
- la couleur du liquide défensif ;
- la localisation sur le cep ;
- la morphologie microscopique des pores et conduits ;
- les caractères du mâle ;
- une confirmation moléculaire lorsque cela devient nécessaire.
Une phéromone sexuelle attire une espèce précise. Un piège ne doit donc être installé qu’après avoir vérifié l’identité de la phéromone et de la cochenille ciblée.
Où la cochenille se cache-t-elle sur la vigne ?
Planococcus ficus peut coloniser presque toutes les parties du cep.
Il faut examiner :
- le collet ;
- la zone du point de greffe ;
- les fissures du tronc ;
- les écorces décollées ;
- les plaies de taille ;
- les cordons ;
- la base des coursons ;
- les rameaux de l’année ;
- l’envers des feuilles ;
- les pétioles ;
- les grappes ;
- les racines superficielles dans certaines situations.
La répartition évolue avec la saison. Les colonies peuvent rester cachées dans les parties protégées lorsque les températures sont basses, puis remonter progressivement vers le couvert végétal et les grappes lorsque le temps se réchauffe.
Pourquoi l’écorce doit-elle être inspectée ?
Une vigne peut sembler saine lorsque seule la surface extérieure du tronc est observée.
Sous une écorce décollée, on peut découvrir :
- des femelles adultes ;
- des larves ;
- des ovisacs cotonneux ;
- des exuvies blanches ;
- du miellat ;
- des fourmis ;
- des colonies protégées de la pluie et des pulvérisations.
L’écorce ne doit pas être arrachée sur tous les ceps. Soulevez seulement une petite portion déjà décollée sur des plantes représentatives et évitez de blesser le bois vivant.
Dégâts directs sur les ceps
Les cochenilles introduisent leur rostre dans les tissus conducteurs afin de prélever la sève.
Lorsque les populations deviennent importantes, elles peuvent provoquer :
- un affaiblissement progressif du cep ;
- une baisse de vigueur ;
- une croissance moins régulière des rameaux ;
- un développement réduit des grappes ;
- un retard de maturation ;
- une réduction de la qualité commerciale ;
- une contamination directe des raisins ;
- un déclassement des grappes de raisin de table.
L’importance économique dépend du type de production. Une faible présence à l’intérieur d’une grappe de table peut rendre celle-ci impropre à la commercialisation, alors que le même niveau d’infestation peut être moins immédiatement visible dans une production destinée à la transformation.
Miellat et fumagine
La cochenille absorbe une sève riche en sucres et rejette une partie de ces sucres sous forme de miellat.
Le miellat peut :
- rendre les feuilles brillantes ;
- coller les grains entre eux ;
- souiller les caisses et le matériel de récolte ;
- attirer les fourmis ;
- favoriser le développement de champignons noirs appelés fumagine ;
- réduire la qualité visuelle des grappes ;
- compliquer le tri et le conditionnement.
La fumagine se développe à la surface du miellat. Elle ne pénètre généralement pas profondément dans le tissu, mais son abondance révèle souvent une infestation déjà avancée.
Pourquoi les fourmis sont-elles un indice important ?
Les fourmis recherchent le miellat produit par les cochenilles.
Elles peuvent :
- circuler continuellement entre le sol et le couvert ;
- protéger les cochenilles contre certains prédateurs ;
- perturber l’activité des parasitoïdes ;
- déplacer parfois de jeunes cochenilles vers d’autres organes ;
- indiquer la présence d’une colonie invisible.
Une piste de fourmis montant sur un cep doit conduire à examiner :
- le collet ;
- les fissures du tronc ;
- le dessous des cordons ;
- les grappes situées près du parcours ;
- les feuilles collantes.
La présence de fourmis ne prouve pas à elle seule la présence de Planococcus ficus, car elles peuvent aussi exploiter des pucerons ou d’autres insectes produisant du miellat.
Cochenille farineuse et virus de l’enroulement
Planococcus ficus peut transmettre plusieurs virus associés à l’enroulement de la vigne, notamment le GLRaV-3.
La transmission est généralement décrite comme semi-persistante :
- la cochenille acquiert le virus en se nourrissant sur une vigne infectée ;
- elle peut ensuite l’inoculer à une vigne saine ;
- les jeunes stades mobiles peuvent être des vecteurs efficaces ;
- le virus ne se multiplie pas nécessairement dans le corps de l’insecte ;
- la capacité de transmission diminue après une période sans alimentation sur une plante infectée.
Un insecticide ne guérit pas une vigne déjà infectée par un virus. La lutte contre la cochenille vise à limiter de nouvelles transmissions vers des plantes encore saines.
Les viroses de la vigne sont-elles présentes au Maroc ?
Une enquête conduite entre 2011 et 2014 a analysé 1 115 échantillons provenant de raisins de table et de cuve dans cinq régions marocaines.
Cette étude a montré :
- la présence de plusieurs virus et maladies virales ;
- une proportion importante de vignes infectées dans les échantillons étudiés ;
- l’existence parallèle de sélections saines pour les cultivars examinés ;
- l’intérêt sanitaire du matériel de multiplication contrôlé.
Ces résultats ne permettent pas de conclure que chaque infection a été transmise par Planococcus ficus. La présence d’un virus peut aussi résulter de l’utilisation d’un greffon, d’un porte-greffe ou d’un plant déjà infecté.
Quels symptômes peuvent évoquer l’enroulement viral ?
Les symptômes varient selon le cépage, le virus, le porte-greffe, le climat et le stade de la saison.
Sur les cépages rouges, on peut observer :
- un rougissement entre les nervures ;
- des nervures restant plus vertes ;
- un enroulement du bord des feuilles vers la face inférieure ;
- une maturation insuffisante ou irrégulière des raisins ;
- une coloration réduite des baies ;
- une diminution progressive de vigueur.
Sur les cépages blancs, les symptômes peuvent être plus discrets :
- jaunissement ou chlorose des feuilles ;
- enroulement du limbe ;
- maturation retardée ;
- teneur en sucres insuffisante ;
- baisse progressive de production.
Un enroulement foliaire n’est pas un diagnostic. La sécheresse, la salinité, une carence, un problème racinaire, un herbicide ou d’autres virus peuvent produire des symptômes proches.
Comment confirmer une virose ?
La confirmation repose sur un prélèvement et une analyse de laboratoire.
Selon le virus et la saison, l’échantillon peut comprendre :
- des pétioles ;
- des nervures principales ;
- des fragments de sarments aoûtés ;
- du bois dormant ;
- des tissus provenant de plusieurs parties du cep ;
- des prélèvements séparés pour chaque cep cartographié.
Le laboratoire peut utiliser :
- des tests sérologiques ;
- une RT-PCR ;
- une PCR quantitative ;
- plusieurs amorces destinées à différencier les virus ou variants.
Une cochenille trouvée sur une vigne malade n’établit pas qu’elle porte le virus. L’insecte et la vigne doivent être analysés selon des protocoles adaptés.
Quand commencer la surveillance ?
La surveillance doit couvrir toute la campagne.
Pendant le repos végétatif
Examinez :
- le collet ;
- le point de greffe ;
- les plaies de taille anciennes ;
- les fissures du tronc ;
- la base des coursons ;
- les écorces naturellement décollées.
Du débourrement à la floraison
Recherchez :
- les premières larves mobiles ;
- les colonies sur le tronc et les cordons ;
- les fourmis ;
- les nouvelles exuvies blanches ;
- les premières captures de mâles dans les pièges adaptés.
De la nouaison à la fermeture de la grappe
Contrôlez :
- les aisselles des feuilles ;
- la base des rameaux ;
- les pédoncules ;
- l’intérieur des grappes ;
- la présence de miellat ;
- les grappes proches du tronc et des cordons.
De la véraison à la récolte
Surveillez particulièrement :
- les grappes collantes ;
- la fumagine ;
- les fourmis ;
- les cochenilles entre les baies ;
- les grappes signalées par les équipes de récolte ;
- les symptômes d’enroulement viral devenant plus visibles.
Parcours de surveillance dans la parcelle
Un parcours représentatif peut suivre une diagonale, un W ou un réseau de points permanents.
Incluez :
- les entrées de la parcelle ;
- les zones de stationnement des machines ;
- les secteurs proches des caisses et plateformes ;
- les bordures communes avec un autre vignoble ;
- les ceps de remplacement ;
- les zones où des plants ont récemment été introduits ;
- les secteurs où les fourmis sont nombreuses ;
- les parcelles ayant un historique de virose ;
- les cépages et porte-greffes différents.
Comment compter les cochenilles ?
Choisissez un nombre stable de ceps et examinez les mêmes organes à chaque visite.
Pour chaque cep, notez :
- présence ou absence de cochenilles ;
- stade dominant : œufs, crawlers, nymphes ou femelles ;
- organe colonisé ;
- nombre approximatif de colonies ;
- présence de miellat ;
- présence de fumagine ;
- activité des fourmis ;
- présence de grappes contaminées ;
- présence de momies parasitées ou de prédateurs.
Lorsque le comptage individuel devient impossible, utilisez des classes constantes :
- aucun individu ;
- individus isolés ;
- petite colonie localisée ;
- plusieurs colonies sur le cep ;
- grappes ou organes fortement contaminés.
Utilisation des pièges à phéromone
Les pièges à phéromone sexuelle attirent les mâles de l’espèce ciblée.
Ils peuvent servir à :
- détecter une présence difficile à observer visuellement ;
- suivre le début et l’évolution des vols ;
- comparer des blocs ;
- orienter les observations vers certaines zones ;
- repérer les périodes précédant l’apparition de nouveaux crawlers ;
- évaluer une stratégie de confusion sexuelle.
Ils ne permettent pas à eux seuls :
- de mesurer directement le nombre de femelles ;
- de localiser exactement les colonies ;
- d’estimer la contamination des grappes ;
- de déterminer le risque viral ;
- de décider automatiquement un traitement.
Une capture doit conduire à examiner les ceps voisins, les feuilles basses, les grappes, le tronc et les zones de miellat.
Où installer les pièges ?
Les emplacements utiles peuvent comprendre :
- le centre d’un bloc ;
- une bordure proche d’un chemin ou d’une aire de travail ;
- une zone où du matériel végétal a été introduit ;
- un secteur ayant présenté un foyer l’année précédente ;
- une limite avec une parcelle infestée ;
- une zone de dépôt de caisses ou de sarments.
Les pièges doivent être :
- identifiés par un code ;
- positionnés à une hauteur cohérente ;
- contrôlés à intervalles réguliers ;
- accompagnés de la date de pose et de remplacement ;
- interprétés par une personne capable d’identifier les mâles.
Les densités de pièges et les calendriers utilisés en Californie, en Espagne ou dans d’autres pays ne constituent pas des normes marocaines.
Pourquoi cartographier les foyers ?
La cartographie permet de distinguer :
- un foyer limité à quelques ceps ;
- une progression le long d’un rang ;
- une contamination associée à une machine ;
- une diffusion depuis une zone de chargement ;
- une présence généralisée dans le bloc ;
- une correspondance entre cochenilles et ceps virosés.
Marquez séparément :
- les ceps portant des cochenilles ;
- les pièges positifs ;
- les grappes contaminées ;
- les ceps présentant des symptômes viraux ;
- les ceps testés au laboratoire ;
- les ceps supprimés ou remplacés.
Comment la cochenille se déplace-t-elle entre les parcelles ?
Les femelles et la plupart des jeunes stades ne volent pas sur de longues distances.
La dissémination peut néanmoins se produire par :
- des plants infestés ;
- des greffons et porte-greffes ;
- les caisses de récolte ;
- les tracteurs et machines passant contre les ceps ;
- les outils ;
- les vêtements et chaussures ;
- les équipes de taille et de récolte ;
- les sarments, feuilles et grappes infestés ;
- les déchets de conditionnement ;
- les fourmis, oiseaux ou mouvements d’air pour certains jeunes stades.
Organiser les travaux du sain vers l’infesté
Le principe consiste à commencer par :
- les blocs indemnes et sans symptôme viral ;
- les blocs sous surveillance ;
- les parcelles faiblement infestées ;
- les foyers fortement infestés ou virosés en dernier.
Après une zone infestée :
- retirez les débris végétaux visibles ;
- nettoyez les outils ;
- nettoyez les caisses ;
- inspectez les vêtements ;
- nettoyez les chaussures ;
- lavez les parties de la machine ayant touché les ceps ;
- évitez de rejeter les eaux et débris vers une zone saine.
Plants certifiés et matériel de multiplication
Une nouvelle plantation doit utiliser des plants :
- d’origine connue ;
- accompagnés de documents de traçabilité ;
- produits dans une pépinière agréée ;
- inspectés contre les cochenilles ;
- contrôlés pour les principaux virus lorsque le programme le prévoit ;
- transportés dans des conditions limitant les contaminations.
Avant plantation, examinez :
- le point de greffe ;
- les racines ;
- les fissures de l’écorce ;
- les attaches et protections ;
- les amas cireux ;
- les insectes mobiles.
Une parcelle atteinte par un virus associé à l’enroulement ne doit pas fournir de greffons destinés à multiplier la vigne.
Gestion des sarments et grappes infestés
Les déchets infestés ne doivent pas être déplacés sans précaution vers une parcelle saine.
Il faut notamment gérer :
- les sarments issus de ceps fortement colonisés ;
- les feuilles portant des ovisacs ;
- les grappes écartées au tri ;
- les résidus de conditionnement ;
- le marc provenant de lots infestés ;
- les caisses et remorques souillées.
Le compostage n’est efficace que si le procédé atteint et maintient des conditions permettant de détruire les insectes présents. Un simple tas froid déposé près du vignoble peut contribuer à la dispersion.
Maîtrise de la vigueur et aération du couvert
Une végétation très dense crée de nombreux abris et complique l’observation des grappes.
Une conduite équilibrée facilite :
- l’accès visuel au tronc et aux cordons ;
- l’inspection des grappes ;
- la détection du miellat ;
- la circulation des auxiliaires ;
- la qualité d’une éventuelle couverture phytosanitaire ;
- la récolte des grappes propres.
La taille, l’ébourgeonnage et le palissage ne doivent cependant pas produire des blessures inutiles ni transporter les cochenilles entre les ceps.
Fertilisation et irrigation
Une fertilisation azotée excessive peut produire une végétation très tendre et dense.
Les apports doivent être adaptés :
- à l’analyse du sol ;
- à l’analyse foliaire ;
- au cépage ;
- au porte-greffe ;
- au rendement attendu ;
- à la disponibilité en eau ;
- au niveau réel de vigueur.
L’irrigation doit éviter à la fois le stress sévère et une croissance végétative excessive. Elle ne constitue pas un traitement contre la cochenille.
Auxiliaires de la cochenille farineuse
Plusieurs ennemis naturels peuvent participer à la régulation des cochenilles farineuses.
Ils comprennent notamment :
- des parasitoïdes du genre Anagyrus ;
- d’autres hyménoptères parasitoïdes ;
- des coccinelles prédatrices ;
- des larves de chrysopes ;
- certaines larves de syrphes ;
- des punaises prédatrices ;
- des araignées et prédateurs généralistes.
Anagyrus pseudococci est notamment connu comme parasitoïde de plusieurs espèces de cochenilles des genres Planococcus et Pseudococcus.
L’utilisation commerciale ou l’introduction d’un auxiliaire doit respecter la réglementation marocaine. Une espèce observée dans un programme étranger ne doit jamais être importée ou libérée sans autorisation.
Reconnaître une cochenille parasitée
Une cochenille parasitée peut se transformer en momie.
Elle devient généralement :
- plus gonflée ;
- immobile ;
- jaune brun ou beige ;
- moins farineuse ;
- fixée à l’organe végétal.
Après la sortie du parasitoïde, un petit trou circulaire peut être visible.
Une momie ne doit pas être comptée comme une cochenille vivante. Il est utile d’enregistrer séparément les insectes vivants, les momies et les prédateurs.
La coccinelle Cryptolaemus
Cryptolaemus montrouzieri est une coccinelle prédatrice de cochenilles farineuses utilisée dans certains programmes biologiques.
Sa larve :
- est couverte de filaments cireux blancs ;
- peut ressembler à une grande cochenille ;
- se déplace plus rapidement que sa proie ;
- possède un corps plus allongé ;
- consomme œufs, larves et femelles.
Cette ressemblance conduit parfois à détruire par erreur un auxiliaire.
Avant toute introduction, il faut vérifier la disponibilité, l’autorisation, l’espèce ciblée, les températures compatibles et l’impact des traitements déjà appliqués.
Pourquoi faut-il gérer les fourmis ?
Les fourmis peuvent protéger les colonies et repousser les parasitoïdes ou prédateurs.
Leur gestion peut comprendre selon la situation :
- l’identification de l’espèce de fourmi ;
- la localisation des nids ;
- la réduction des voies d’accès au cep ;
- la maîtrise des plantes créant des ponts vers le palissage ;
- l’emploi éventuel d’une méthode autorisée et ciblée ;
- la protection des auxiliaires non ciblés.
Une lutte insecticide généralisée contre toutes les fourmis peut perturber l’écosystème sans résoudre durablement l’infestation de cochenilles.
Confusion sexuelle et phéromones
La confusion sexuelle consiste à diffuser dans le vignoble une phéromone reproduisant le signal émis par les femelles.
Elle vise à :
- perturber la recherche des femelles par les mâles ;
- réduire les accouplements ;
- limiter progressivement la croissance de la population ;
- compléter d’autres mesures de lutte intégrée.
Son efficacité dépend notamment :
- de l’identification exacte de l’espèce ;
- de l’existence d’un diffuseur homologué ;
- de la superficie et de la forme du bloc ;
- de la densité initiale de cochenilles ;
- de la pression provenant des parcelles voisines ;
- de la date de pose ;
- du maintien correct des diffuseurs.
Une méthode disponible dans un autre pays n’est pas automatiquement autorisée ni commercialisée au Maroc.
Quand une intervention phytopharmaceutique devient-elle envisageable ?
La décision peut être évaluée lorsque plusieurs éléments convergent :
- l’espèce est correctement identifiée ;
- les captures ou observations montrent une population active ;
- des crawlers sont présents ;
- les colonies progressent entre deux visites ;
- les grappes commencent à être colonisées ;
- le miellat et les fourmis augmentent ;
- les auxiliaires restent insuffisants ;
- le risque de transmission virale est établi ;
- le stade de la vigne permet encore une intervention utile ;
- un produit commercial est autorisé au Maroc pour la vigne et l’usage exact.
Il n’existe pas de seuil marocain universel permettant de traiter automatiquement à partir d’un nombre fixe de mâles piégés ou de cochenilles par cep.
Pourquoi le ciblage des crawlers est-il important ?
Les femelles installées sous l’écorce ou entre les baies sont difficiles à atteindre.
Les crawlers sont généralement :
- moins couverts de cire ;
- plus exposés ;
- présents sur la surface des organes pendant leur déplacement ;
- plus sensibles à une couverture correctement réalisée.
La présence de jeunes stades doit être confirmée par l’observation de plusieurs ceps, et non déduite uniquement de la date.
Qualité de la pulvérisation
Lorsqu’une intervention autorisée est retenue, la couverture doit atteindre les zones réellement colonisées.
Avant la préparation du produit, vérifiez avec de l’eau propre :
- le calibrage du pulvérisateur agricole ;
- le débit des buses de pulvérisation agricole ;
- la vitesse d’avancement ;
- la pression ;
- le volume appliqué par hectare ;
- la répartition entre les deux faces du rang ;
- l’accès au tronc, aux cordons et à la zone des grappes ;
- la dérive hors de la parcelle.
Une pulvérisation uniquement déposée sur la face extérieure du feuillage peut laisser intactes les colonies abritées sous l’écorce ou à l’intérieur des grappes.
Attention aux mélanges et aux phytotoxicités
Une stratégie contre la cochenille peut coïncider avec des traitements visant l’oïdium, le mildiou ou d’autres ravageurs.
Avant tout mélange, vérifiez :
- la compatibilité indiquée sur les étiquettes ;
- le risque de phytotoxicité ;
- les restrictions associées aux huiles ;
- les délais nécessaires entre certaines formulations ;
- le stade de la vigne ;
- la température prévue ;
- la sensibilité du cépage ;
- le risque pour les auxiliaires et pollinisateurs.
L’absence de dépôt visible après un mélange ne garantit ni sa compatibilité biologique ni son innocuité pour la vigne.
Comment vérifier les produits autorisés au Maroc ?
Consultez l’Index phytosanitaire officiel de l’ONSSA.
Dans la recherche multicritère, vérifiez :
- le nom commercial exact ;
- la culture « vigne » ;
- l’usage « cochenille farineuse » ou l’organisme précisément indiqué ;
- la formulation ;
- la dose homologuée ;
- le stade d’application ;
- le nombre maximal d’interventions ;
- le délai avant récolte ;
- le délai de rentrée ;
- les mesures de protection de l’opérateur ;
- les restrictions relatives aux abeilles et auxiliaires ;
- la date de validité de l’autorisation.
Ne pas reprendre une recommandation étrangère
Une matière active, une phéromone ou un auxiliaire utilisé dans un autre pays n’est pas automatiquement autorisé au Maroc.
L’homologation concerne un produit commercial, une formulation, une culture, un organisme nuisible et des conditions d’emploi précis.
Alterner les groupes IRAC
Lorsque plusieurs interventions deviennent nécessaires, il faut connaître le groupe IRAC de chaque insecticide.
Une gestion responsable consiste à :
- ne pas confondre changement de marque et changement de mode d’action ;
- respecter le nombre maximal d’applications ;
- alterner les groupes autorisés ;
- respecter la dose homologuée ;
- cibler les stades les plus sensibles ;
- éviter les applications répétitives sans contrôle de l’efficacité ;
- préserver autant que possible les parasitoïdes et prédateurs.
Une efficacité insuffisante peut être liée à :
- une mauvaise identification de l’espèce ;
- une intervention trop tardive ;
- des femelles protégées sous l’écorce ;
- des grappes trop compactes ;
- une couverture insuffisante ;
- une nouvelle infestation provenant d’un autre bloc ;
- une résistance au mode d’action ;
- une réapparition après destruction des auxiliaires.
Protection de l’opérateur
L’opérateur doit porter l’équipement de protection contre les pesticides prescrit par l’étiquette.
Selon le produit, il peut comprendre :
- des gants adaptés ;
- un vêtement ou une combinaison de protection ;
- des chaussures ou bottes fermées ;
- une protection des yeux ;
- une protection respiratoire lorsqu’elle est exigée ;
- un tablier réservé à la préparation ;
- un équipement propre pour le rinçage.
Les délais de rentrée et avant récolte doivent être intégrés à l’organisation de l’effeuillage, de la surveillance, du tri et de la récolte.
Plan de lutte intégrée en 12 leviers
- Utiliser des plants et greffons traçables et contrôlés.
- Identifier précisément la cochenille présente.
- Inspecter le collet, les écorces, les cordons et les grappes.
- Suivre les mâles avec une phéromone spécifique lorsque celle-ci est disponible.
- Rechercher les crawlers plutôt que d’appliquer un calendrier fixe.
- Cartographier séparément les foyers de cochenilles et les ceps virosés.
- Organiser les travaux des blocs sains vers les blocs infestés.
- Nettoyer les machines, caisses, outils, vêtements et chaussures.
- Maîtriser les fourmis tout en préservant les auxiliaires.
- Éviter les excès de vigueur et maintenir un couvert accessible.
- Vérifier tout produit, auxiliaire ou phéromone dans la réglementation marocaine.
- Contrôler les résultats et consigner chaque décision dans le registre.
Plan d’action selon la situation observée
| Situation | Action prioritaire |
|---|---|
| Quelques fourmis sur un cep | Inspecter le collet, l’écorce, les cordons et les feuilles collantes |
| Un mâle dans un piège | Confirmer l’identification et renforcer l’observation autour du piège |
| Petite colonie sous l’écorce | Marquer le cep, rechercher les foyers voisins et suivre l’apparition des crawlers |
| Miellat et fumagine sur grappes | Évaluer rapidement l’étendue, les fourmis, les auxiliaires et la date de récolte |
| Nombreuses momies parasitées | Évaluer la régulation naturelle avant une intervention perturbatrice |
| Symptômes d’enroulement viral | Cartographier, prélever et faire analyser les ceps concernés |
| Foyer fortement infesté | Travailler cette zone en dernier et nettoyer tout le matériel avant de sortir |
| Échec après intervention | Vérifier l’espèce, le stade, la couverture, le groupe IRAC et une réinfestation |
Que faut-il inscrire dans le registre ?
Le suivi peut être intégré au registre de traitement phytosanitaire.
- parcelle, bloc et rang ;
- cépage et porte-greffe ;
- origine des plants ;
- date et stade de la vigne ;
- nombre de ceps inspectés ;
- organes examinés ;
- espèce de cochenille identifiée ou suspectée ;
- stades observés ;
- nombre de pièges et captures ;
- présence de miellat, fumagine et fourmis ;
- nombre de grappes contaminées ;
- auxiliaires et momies observés ;
- ceps présentant des symptômes viraux ;
- résultats de laboratoire ;
- mesure culturale ou phytosanitaire appliquée ;
- produit, dose, volume, groupe IRAC et délai avant récolte ;
- résultat du contrôle suivant.
Matériel utile pour la surveillance
- loupe de terrain ;
- loupe binoculaire ou microscope portable ;
- petite spatule pour soulever une écorce déjà décollée ;
- pinceau fin ;
- tubes ou sachets de prélèvement ;
- pièges englués et phéromones spécifiques ;
- marqueurs de foyers ;
- plan numérique ou papier du vignoble ;
- gants propres ;
- matériel de nettoyage des outils et des caisses.
Erreurs fréquentes face à la cochenille farineuse
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Observer uniquement les feuilles | Colonies du tronc et des racines non détectées | Inspecter la totalité du cep |
| Identifier l’espèce à l’œil nu | Phéromone ou auxiliaire inadapté | Faire confirmer les caractères difficiles |
| Traiter selon une date fixe | Stade ciblé absent ou déjà protégé | Rechercher les crawlers sur le terrain |
| Ignorer les fourmis | Auxiliaires perturbés et foyers dissimulés | Cartographier leur activité et gérer les nids ciblés |
| Confondre une larve de Cryptolaemus avec une cochenille | Destruction d’un prédateur | Observer la taille, la mobilité et la forme du corps |
| Travailler d’abord le foyer infesté | Transport des crawlers vers les blocs sains | Organiser les travaux du sain vers l’infesté |
| Croire qu’un insecticide guérit une virose | Maintien de ceps infectés comme réservoirs | Faire analyser et gérer séparément les ceps virosés |
| Changer uniquement de marque commerciale | Répétition du même mode d’action | Vérifier le groupe IRAC |
Questions fréquentes sur la cochenille farineuse de la vigne
Quelle est la principale cochenille farineuse de la vigne ?
Planococcus ficus est une espèce majeure dans les régions viticoles méditerranéennes et est citée parmi les ravageurs de la vigne au Maroc. D’autres espèces proches peuvent néanmoins être présentes.
Comment reconnaître une femelle ?
Elle est petite, ovale, molle, rosâtre sous une cire farineuse blanche et entourée de courts filaments. Elle ne possède pas d’ailes.
Où faut-il la chercher en premier ?
Inspectez les écorces décollées, le point de greffe, le tronc, les cordons, les aisselles des feuilles et l’intérieur des grappes.
Pourquoi les fourmis montent-elles sur les ceps infestés ?
Elles recherchent le miellat sucré et peuvent protéger les cochenilles contre certains auxiliaires.
La fumagine attaque-t-elle directement le raisin ?
Elle se développe surtout sur le miellat. Elle souille les grappes et indique souvent une population déjà importante.
La cochenille transmet-elle des virus ?
Oui. Planococcus ficus peut notamment transmettre le GLRaV-3 et d’autres virus associés à l’enroulement.
Un insecticide guérit-il une vigne virosée ?
Non. Il agit éventuellement sur le vecteur, mais il ne supprime pas le virus déjà installé dans le cep.
À quoi servent les pièges à phéromone ?
Ils détectent et suivent les vols des mâles. Ils doivent être complétés par l’examen des femelles, des larves, du miellat et des grappes.
Quand les cochenilles sont-elles les plus accessibles ?
Les jeunes larves mobiles sont généralement moins protégées par la cire et les écorces que les femelles adultes.
Existe-t-il un seuil marocain universel ?
Non. La décision doit intégrer la destination du raisin, le stade, la présence dans les grappes, la progression, les auxiliaires et le risque viral.
Quels auxiliaires faut-il préserver ?
Les parasitoïdes du genre Anagyrus, les coccinelles prédatrices, les chrysopes et différents prédateurs peuvent contribuer à la régulation.
Quelle est la stratégie la plus durable ?
Elle associe plants sains, identification exacte, surveillance des crawlers, hygiène du matériel, gestion des fourmis, préservation des auxiliaires et intervention ciblée uniquement lorsqu’elle est nécessaire.
Cochenille farineuse de la vigne : surveiller avant la contamination des grappes
La cochenille farineuse de la vigne peut rester cachée pendant une grande partie de son cycle sous les écorces, dans les fissures du tronc ou près des racines.
Lorsque le miellat, les fourmis et la fumagine deviennent visibles sur les grappes, le foyer est souvent déjà bien installé.
La surveillance doit donc commencer avant la fermeture des grappes et associer inspection du cep entier, pièges à phéromone spécifiques, recherche des crawlers et cartographie des foyers.
La transmission possible de virus associés à l’enroulement renforce l’importance des plants contrôlés, de la traçabilité et du nettoyage du matériel.
La lutte intégrée doit préserver les parasitoïdes et prédateurs, limiter les déplacements de cochenilles et réserver les interventions phytopharmaceutiques aux situations justifiées après vérification de l’homologation marocaine.
Une piste de fourmis peut conduire à un foyer invisible sous l’écorce
Inspectez le cep entier, marquez les foyers et organisez les travaux des blocs sains vers les blocs infestés.
Reconnaître Planococcus ficus Consulter l’étude virologique marocaine Vérifier les produits autorisés
Sources officielles et scientifiques
- Horticulturae — Protection phytosanitaire dans les vignobles du bassin du Sebou
- UC IPM — Biologie, dégâts et surveillance de Planococcus ficus
- Oregon State University — Gestion des cochenilles et de l’enroulement viral
- Phytopathology — Transmission du GLRaV-3 par Planococcus ficus
- Journal of Plant Pathology — Virus identifiés dans les vignobles marocains
- University of Florida — Anagyrus pseudococci, parasitoïde des cochenilles
- UC IPM — Parasitoïdes Anagyrus des cochenilles farineuses
- ONSSA — Index phytosanitaire officiel du Maroc


