Cochenilles des agrumes au Maroc : espèces, fumagine et lutte intégrée

Cochenilles des agrumes : au Maroc, ce nom regroupe plusieurs insectes piqueurs-suceurs très différents. Certaines espèces forment un bouclier dur et adhérent sur les feuilles, les rameaux ou les fruits. D’autres restent molles, farineuses ou entourées de sécrétions cireuses et rejettent un miellat favorisant la fumagine.

Cochenilles des agrumes avec boucliers, cochenilles farineuses, fumagine et auxiliaires au Maroc
Cochenilles des agrumes : les espèces farineuses et molles produisent du miellat et de la fumagine, contrairement aux cochenilles à bouclier.

La distinction est essentielle. Les cochenilles à bouclier comme Parlatoria ziziphi, Aonidiella aurantii ou Chrysomphalus aonidum ne produisent pas de miellat. Une fumagine abondante oriente plutôt vers une cochenille farineuse, une cochenille molle, Icerya purchasi, un puceron, un aleurode ou un autre insecte excréteur de miellat.

Les dégâts peuvent se manifester par un jaunissement du feuillage, un affaiblissement des rameaux, une chute prématurée des feuilles ou des fruits, des boucliers fortement collés à l’écorce et une dépréciation commerciale des agrumes. Les espèces productrices de miellat provoquent en plus une surface collante, la prolifération de fumagine et une forte activité de fourmis.

Avant toute intervention, il faut identifier le groupe présent, déterminer si la population est vivante, rechercher les jeunes larves mobiles et évaluer l’activité des parasitoïdes et prédateurs. Un arbre portant de nombreuses anciennes carapaces n’abrite pas nécessairement une population active nécessitant un traitement.

Ce guide complète notre méthode de diagnostic phytosanitaire, notre article de vigilance consacré à Scirtothrips aurantii au Maroc et la page centrale sur les traitements phytosanitaires au Maroc.

Conduite immédiate devant une branche noircie

Recherchez d’abord la source du miellat. Examinez le revers des feuilles, les jeunes rameaux, le pédoncule et la zone située sous le calice des fruits. Vérifiez également la présence de fourmis.

La fumagine est une conséquence. La nettoyer sans maîtriser l’insecte producteur de miellat ne résout pas le problème.

Cochenilles des agrumes : comment reconnaître les principales espèces ?

L’identification commence par l’aspect extérieur, la présence ou l’absence de miellat et la possibilité de séparer le bouclier du corps de l’insecte.

GroupeAspect généralMiellat et fumagineExemples
Cochenilles à bouclierPetit disque, bouclier ou écaille fermement fixé au végétalPas de miellat ; pas de fumagine directement provoquéeParlatoria ziziphi, Aonidiella aurantii, Chrysomphalus aonidum
Cochenilles farineusesCorps mou, segmenté, couvert d’une cire blanche farineuseMiellat abondant, fumagine et fourmis fréquentesPlanococcus citri
Cochenilles mollesCorps ovale, bombé ou aplati, sans bouclier détachableMiellat et fumagine souvent importantsProtopulvinaria pyriformis, Saissetia oleae, Coccus hesperidum
Cochenille australienneFemelle rouge-brun associée à un long sac d’œufs blanc canneléMiellat, fumagine et fourmis possiblesIcerya purchasi

Parlatoria ziziphi : la cochenille noire des agrumes

Parlatoria ziziphi est une cochenille à bouclier documentée sur les agrumes au Maroc. Elle peut coloniser :

  • la face supérieure et inférieure des feuilles ;
  • les rameaux ;
  • les branches ;
  • les fruits ;
  • la zone proche du pédoncule.

Aspect de la femelle

Le bouclier de la femelle adulte est généralement :

  • petit ;
  • ovale à légèrement rectangulaire ;
  • noir ou brun très foncé ;
  • bordé d’une zone plus claire ;
  • fortement fixé à la surface du fruit ou de la feuille.

Le corps vivant se trouve sous cette protection. En soulevant délicatement le bouclier, celui-ci se sépare normalement du corps de la cochenille.

Dégâts

Une forte population peut provoquer :

  • des plages chlorotiques autour des points d’alimentation ;
  • un jaunissement du feuillage ;
  • une chute prématurée des feuilles ;
  • un affaiblissement des rameaux ;
  • un dessèchement de petites branches ;
  • des fruits déformés ou déclassés ;
  • des boucliers très difficiles à retirer après la récolte.

Parlatoria ziziphi ne rejette pas de miellat. Une fumagine présente sur le même arbre doit donc conduire à rechercher un autre ravageur associé.

Aonidiella aurantii : le pou rouge de Californie

Aonidiella aurantii est une cochenille à bouclier historiquement étudiée dans les vergers marocains. Elle peut atteindre les feuilles, les rameaux, les branches et les fruits.

Reconnaissance

Le bouclier de la femelle est généralement :

  • circulaire ;
  • brun rougeâtre à rouge orangé ;
  • légèrement bombé ;
  • marqué d’un centre plus sombre ;
  • mesurant approximativement deux millimètres à maturité.

Les jeunes stades fixés sont beaucoup plus petits et peuvent passer inaperçus sans loupe.

Dégâts sur les fruits

Les boucliers peuvent être répartis :

  • autour du pédoncule ;
  • dans les zones de contact entre deux fruits ;
  • sur la face ombragée ;
  • sur l’ensemble de l’épiderme lors d’une forte attaque.

Ils provoquent principalement une dépréciation visuelle. Une infestation importante peut également affaiblir les rameaux et réduire la vigueur de l’arbre.

Aphytis melinus

Le parasitoïde Aphytis melinus est un auxiliaire important d’Aonidiella aurantii. Il pond sous le bouclier et sa larve se développe aux dépens de la cochenille.

Les signes de parasitisme peuvent comprendre :

  • un petit trou rond de sortie dans le bouclier ;
  • une cochenille desséchée sous la carapace ;
  • la présence de larves ou de pupes sous le bouclier ;
  • une proportion importante de boucliers vides.

Un traitement non sélectif appliqué sans examen préalable peut détruire ces parasitoïdes et favoriser une nouvelle augmentation de la cochenille.

Chrysomphalus aonidum : une espèce récemment documentée

Chrysomphalus aonidum, parfois appelée pou rouge de Floride, a été documentée en 2024 sur des agrumes et un avocatier dans le nord-ouest du Maroc.

Son bouclier peut être :

  • presque circulaire ;
  • brun rougeâtre à brun foncé ;
  • marqué d’un centre sombre ;
  • installé sur les feuilles ou les fruits.

Elle peut être confondue avec Aonidiella aurantii et d’autres Diaspididae. La distinction fiable exige souvent l’examen microscopique de femelles adultes préparées sur lame.

Une cochenille circulaire brun rougeâtre trouvée dans un nouveau secteur doit donc être prélevée plutôt qu’identifiée uniquement d’après sa couleur.

Planococcus citri : la cochenille farineuse de l’oranger

Planococcus citri possède un corps mou, ovale et segmenté, couvert d’une cire blanche farineuse.

La femelle adulte présente généralement :

  • un corps blanc à blanc grisâtre ;
  • des filaments cireux courts autour du corps ;
  • deux filaments postérieurs légèrement plus longs ;
  • une taille de quelques millimètres ;
  • une mobilité lente mais réelle.

Où la rechercher ?

Les colonies se cachent fréquemment :

  • sous le calice ;
  • autour du pédoncule ;
  • entre deux fruits en contact ;
  • dans les grappes de fruits ;
  • dans les anfractuosités de l’écorce ;
  • sous les feuilles repliées ;
  • dans les zones protégées par des fourmis.

Dégâts

La cochenille farineuse peut provoquer :

  • un affaiblissement des jeunes pousses ;
  • un jaunissement du feuillage ;
  • une chute de fleurs ou de jeunes fruits ;
  • des souillures cireuses sur les fruits ;
  • un miellat collant ;
  • une fumagine noire ;
  • un déclassement lors du conditionnement.

Le miellat attire fréquemment les fourmis, qui peuvent protéger les colonies contre les parasitoïdes et les prédateurs.

Icerya purchasi : la cochenille australienne

Icerya purchasi est facilement reconnaissable lorsque la femelle porte son sac d’œufs.

La femelle mature présente :

  • un corps orangé, rougeâtre ou brun ;
  • des sécrétions cireuses blanches ;
  • un long ovisac blanc ;
  • un ovisac marqué de cannelures longitudinales ;
  • une installation sur les rameaux, les feuilles ou les branches.

Elle rejette du miellat et peut provoquer une fumagine abondante.

Rodolia cardinalis

La coccinelle Rodolia cardinalis est un prédateur spécialisé de la cochenille australienne.

Ses larves et adultes peuvent consommer :

  • les œufs contenus dans l’ovisac ;
  • les jeunes larves de la cochenille ;
  • les femelles plus âgées ;
  • plusieurs stades présents sur le même rameau.

Lorsqu’elle est présente et préservée, cette coccinelle peut jouer un rôle majeur dans la régulation naturelle. Les insecticides à large spectre risquent de la détruire et de provoquer une recrudescence d’Icerya purchasi.

Protopulvinaria pyriformis : la cochenille pyriforme

Protopulvinaria pyriformis a été signalée sur agrumes dans le nord-ouest du Maroc lors de prospections réalisées entre 2022 et 2023.

La femelle adulte est généralement :

  • plate à légèrement bombée ;
  • ovale ou en forme de poire ;
  • verdâtre, brune ou translucide ;
  • marquée de lignes ou de ponctuations plus sombres ;
  • installée principalement au revers des feuilles.

Cette cochenille molle peut rejeter du miellat. Les auteurs du premier signalement marocain précisaient toutefois qu’elle ne provoquait pas encore de dégâts importants sur les agrumes étudiés.

Sa présence doit être suivie sans conclure automatiquement à un besoin de traitement.

Fumagine sur agrumes : quelle cochenille faut-il rechercher ?

La fumagine est un ensemble de champignons superficiels qui se développent sur le miellat.

Elle apparaît sous forme :

  • d’une pellicule noire ;
  • d’un dépôt ressemblant à de la suie ;
  • d’une surface sèche ou légèrement veloutée ;
  • d’un revêtement pouvant être partiellement essuyé ou gratté ;
  • d’un noircissement des feuilles, rameaux et fruits situés sous les colonies.

Cochenilles produisant du miellat

Une fumagine associée à des cochenilles oriente notamment vers :

  • Planococcus citri ;
  • Icerya purchasi ;
  • Protopulvinaria pyriformis ;
  • Saissetia oleae ;
  • Coccus hesperidum ;
  • d’autres cochenilles molles.

Cochenilles ne produisant pas de miellat

Les espèces suivantes ne provoquent pas directement de fumagine :

  • Parlatoria ziziphi ;
  • Aonidiella aurantii ;
  • Chrysomphalus aonidum ;
  • les autres cochenilles à bouclier de la famille des Diaspididae.

Un arbre peut cependant porter simultanément une cochenille à bouclier et un insecte producteur de miellat. L’observation de fumagine n’exclut donc pas une infestation mixte.

Comment distinguer la fumagine d’une maladie du feuillage ?

La fumagine reste principalement à la surface.

Elle est plus probable lorsque :

  • le dépôt noir peut être partiellement retiré ;
  • la feuille reste verte sous une couche peu épaisse ;
  • la surface est collante ou brillante ;
  • des fourmis circulent dans l’arbre ;
  • des cochenilles farineuses, molles, pucerons ou aleurodes sont présents au-dessus.

Une maladie foliaire est plus probable lorsque :

  • la lésion fait partie du tissu ;
  • la zone ne s’efface pas au frottement ;
  • un halo chlorotique entoure la tache ;
  • les tissus se nécrosent ;
  • la face inférieure porte une sporulation propre à la maladie.

Pourquoi les fourmis aggravent-elles les infestations ?

Les fourmis consomment le miellat et peuvent défendre les cochenilles contre leurs ennemis naturels.

Une forte activité de fourmis peut :

  • perturber les parasitoïdes ;
  • éloigner certaines coccinelles ;
  • protéger les jeunes colonies ;
  • favoriser la dispersion des cochenilles farineuses ;
  • maintenir une production élevée de miellat ;
  • augmenter indirectement la fumagine.

Suivez les pistes de fourmis jusqu’aux zones de miellat. Recherchez également :

  • les branches touchant le sol ;
  • les herbes servant de pont ;
  • les tuteurs et réseaux d’irrigation ;
  • les fissures du tronc ;
  • les colonies situées autour du verger.

La gestion des fourmis doit rester compatible avec la réglementation, les auxiliaires et l’environnement du verger.

Comment savoir si une cochenille est vivante ?

La présence d’un bouclier ne signifie pas toujours que l’insecte est actif.

Soulever le bouclier

Avec une aiguille ou une lame fine :

  1. choisissez plusieurs cochenilles dans différentes zones ;
  2. soulevez délicatement leur bouclier ;
  3. observez le corps situé dessous ;
  4. comparez les individus mous aux individus desséchés ;
  5. recherchez les trous de sortie des parasitoïdes.

Une cochenille vivante est généralement souple, colorée et peut libérer un peu de liquide lorsqu’elle est écrasée.

Une cochenille morte peut être :

  • sèche ;
  • vide ;
  • brun foncé ;
  • décollée de son bouclier ;
  • occupée par un parasitoïde ;
  • percée d’un trou de sortie circulaire.

Examiner plusieurs arbres

Ne tirez pas une conclusion d’après une seule feuille. Prélevez des individus :

  • sur les bordures ;
  • au centre de la parcelle ;
  • sur les feuilles ;
  • sur les rameaux ;
  • sur les fruits ;
  • dans les zones avec et sans fumagine.

Le stade mobile ou crawler

Les œufs donnent naissance à de très petites larves mobiles, souvent jaunes à orangées, appelées crawlers.

Ce stade :

  • se déplace sur l’arbre ;
  • peut être transporté par le vent ;
  • peut passer d’un arbre à l’autre par contact ;
  • se fixe ensuite pour commencer à s’alimenter ;
  • reste moins protégé que les femelles sous bouclier.

La détection de ces jeunes larves permet de mieux choisir la date d’une intervention autorisée.

Piège avec ruban adhésif

Pour suivre les émergences :

  1. choisissez plusieurs rameaux infestés ;
  2. placez un ruban adhésif transparent, face collante vers l’extérieur ;
  3. numérotez chaque emplacement ;
  4. renouvelez les rubans régulièrement ;
  5. observez les petites larves capturées à la loupe ;
  6. comparez les captures entre les dates.

Le protocole doit rester identique afin que les tendances soient comparables.

Comment surveiller un verger d’agrumes ?

Définir un parcours fixe

Inspectez notamment :

  • les arbres proches des routes et zones poussiéreuses ;
  • les bordures ;
  • les arbres proches d’anciens foyers ;
  • les jeunes plantations ;
  • les parcelles à végétation très dense ;
  • les arbres parcourus par les fourmis ;
  • les variétés ou porte-greffes semblant plus sensibles.

Observer plusieurs organes

Sur chaque arbre sélectionné, examinez :

  • plusieurs feuilles de la partie extérieure ;
  • plusieurs feuilles à l’intérieur du couvert ;
  • les rameaux de l’année ;
  • les branches plus âgées ;
  • les pédoncules ;
  • la zone située sous le calice ;
  • plusieurs fruits de différentes expositions.

Noter les résultats

Enregistrez :

  • la date ;
  • la parcelle et la variété ;
  • l’espèce identifiée ou suspectée ;
  • les organes atteints ;
  • la proportion approximative de cochenilles vivantes ;
  • la présence de crawlers ;
  • le miellat et la fumagine ;
  • l’activité des fourmis ;
  • les trous de parasitisme ;
  • les prédateurs observés ;
  • l’évolution depuis le contrôle précédent.

Existe-t-il un seuil universel d’intervention ?

Non. La décision dépend :

  • de l’espèce ;
  • du nombre de cochenilles vivantes ;
  • de la proportion de fruits infestés ;
  • de la destination commerciale des fruits ;
  • du stade de la culture ;
  • de la présence des jeunes larves mobiles ;
  • du taux de parasitisme ;
  • de la population de prédateurs ;
  • de l’historique du verger ;
  • de la progression entre deux observations.

Le comptage de vieux boucliers, sans vérifier leur viabilité, peut conduire à traiter inutilement.

Auxiliaires des cochenilles des agrumes

Les cochenilles possèdent de nombreux ennemis naturels.

Parasitoïdes

Les parasitoïdes comprennent notamment des espèces des genres :

  • Aphytis ;
  • Encarsia ;
  • Leptomastix ;
  • Anagyrus ;
  • Coccidoxenoides.

Leur action dépend de la cochenille ciblée. Un parasitoïde efficace contre Aonidiella aurantii n’agit pas nécessairement contre une cochenille farineuse.

Prédateurs

Les prédateurs peuvent comprendre :

  • Rodolia cardinalis contre Icerya purchasi ;
  • Cryptolaemus montrouzieri contre certaines cochenilles farineuses ;
  • des coccinelles des genres Chilocorus, Rhyzobius, Scymnus ou Nephus ;
  • des chrysopes ;
  • des larves de syrphes ;
  • des prédateurs généralistes du verger.

L’existence d’un auxiliaire dans la littérature ne garantit pas sa disponibilité commerciale, son autorisation d’introduction ni son efficacité dans chaque région marocaine.

Comment vérifier l’activité des auxiliaires ?

Avant toute intervention, recherchez :

  • les trous de sortie des parasitoïdes ;
  • les pupes sous les boucliers ;
  • les coccinelles adultes ;
  • les larves prédatrices ;
  • les œufs de Rodolia près des ovisacs d’Icerya ;
  • les larves de Cryptolaemus dans les colonies farineuses ;
  • une diminution naturelle des jeunes stades.

Une larve de Cryptolaemus peut être confondue avec une grande cochenille farineuse parce qu’elle est recouverte de filaments cireux. La larve prédatrice est cependant plus mobile et possède un corps plus allongé.

Préserver la lutte biologique naturelle

Pour favoriser les auxiliaires :

  • évitez les traitements non justifiés ;
  • limitez les produits persistants à large spectre ;
  • contrôlez les fourmis lorsque cela est nécessaire ;
  • maintenez des ressources végétales compatibles autour du verger ;
  • évitez une poussière excessive ;
  • équilibrez la fertilisation azotée ;
  • conservez une aération suffisante du couvert ;
  • respectez les délais avant une éventuelle réintroduction d’auxiliaires.

Un verger régulièrement traité avec des produits non sélectifs peut perdre ses parasitoïdes et devenir plus dépendant des interventions chimiques.

Taille et aération du couvert

Une végétation excessivement dense favorise les zones protégées et rend la couverture des organes plus difficile.

Une taille raisonnée permet :

  • d’améliorer la circulation de l’air ;
  • de faciliter l’observation ;
  • d’atteindre les rameaux internes ;
  • de réduire les zones favorables aux cochenilles farineuses ;
  • de diminuer la fumagine sur les parties ombragées ;
  • d’améliorer la pénétration d’une intervention autorisée.

Une taille trop sévère peut toutefois provoquer un stress, des repousses vigoureuses riches en azote et une exposition excessive des fruits au soleil.

Fertilisation et irrigation

Un excès d’azote peut favoriser des pousses tendres et une végétation dense.

La conduite doit tenir compte :

  • de l’analyse du sol ;
  • de l’analyse foliaire ;
  • de la charge en fruits ;
  • de la vigueur ;
  • de la qualité de l’eau ;
  • de la conductivité ;
  • de l’historique de fertigation.

Un arbre soumis à un stress hydrique supporte moins bien les prélèvements de sève. À l’inverse, une irrigation excessive ne constitue pas une méthode de lutte et peut augmenter la densité végétative ou favoriser d’autres problèmes racinaires.

Nettoyage des plants et du matériel

Les jeunes larves mobiles peuvent être transportées avec :

  • les plants de pépinière ;
  • les rameaux ;
  • les caisses ;
  • les outils ;
  • les vêtements ;
  • les véhicules ;
  • les fruits infestés déplacés entre parcelles.

À la réception d’un lot de plants :

  • inspectez les deux faces des feuilles ;
  • examinez les rameaux ;
  • recherchez les colonies sous les calices ;
  • vérifiez le miellat et les fourmis ;
  • isolez les lots suspects ;
  • conservez la traçabilité.

Quand envisager une intervention phytopharmaceutique ?

Une intervention peut être évaluée lorsque :

  • l’espèce est identifiée ;
  • une proportion importante des cochenilles est vivante ;
  • les crawlers sont actifs ;
  • les fruits risquent un déclassement ;
  • les populations progressent ;
  • les auxiliaires ne suffisent pas à ralentir le foyer ;
  • le produit commercial est autorisé sur agrumes au Maroc ;
  • les conditions d’application sont compatibles avec l’étiquette.

Traiter les femelles adultes entièrement protégées sous leur bouclier peut donner une efficacité insuffisante. Le suivi des jeunes stades permet généralement une meilleure précision.

Comment vérifier les produits autorisés au Maroc ?

Consultez l’Index phytosanitaire officiel de l’ONSSA.

Vérifiez simultanément :

  • le nom commercial exact ;
  • la culture « agrumes » ou l’espèce d’agrume concernée ;
  • l’usage contre les cochenilles ;
  • l’organisme nuisible indiqué ;
  • la formulation ;
  • la dose homologuée ;
  • le stade ciblé ;
  • le nombre maximal d’applications ;
  • le délai avant récolte ;
  • le délai de rentrée ;
  • les effets sur les auxiliaires et pollinisateurs ;
  • la validité de l’autorisation.

Ne pas extrapoler un usage

Un produit autorisé contre une cochenille farineuse n’est pas automatiquement adapté à une cochenille à bouclier.

Un produit utilisé sur agrumes dans un autre pays n’est pas automatiquement homologué au Maroc. L’attestation d’homologation ou l’autorisation de vente en vigueur constitue la référence.

Huiles et risques de phytotoxicité

Certains produits à base d’huile peuvent agir par contact, notamment sur les jeunes stades, à condition que leur usage soit homologué et que la couverture soit suffisante.

Avant leur emploi, vérifiez :

  • la température maximale autorisée ;
  • l’état hydrique des arbres ;
  • la sensibilité de la variété ;
  • la présence de fruits proches de la récolte ;
  • les incompatibilités avec le soufre ou certains autres produits ;
  • le délai exigé entre deux applications incompatibles ;
  • le volume et la qualité de couverture.

Une mauvaise utilisation peut provoquer des brûlures, des taches sur les fruits ou une chute du feuillage. Consultez alors notre guide sur la phytotoxicité pesticide.

Résistance aux insecticides et groupes IRAC

Les traitements répétés avec un même mode d’action augmentent la pression de sélection.

Changer de marque commerciale ne signifie pas nécessairement changer de groupe IRAC.

Une gestion responsable consiste à :

  • identifier le groupe IRAC de chaque produit ;
  • respecter le nombre maximal d’applications ;
  • éviter les répétitions successives du même groupe ;
  • alterner avec des modes d’action réellement différents ;
  • intervenir au stade le plus sensible ;
  • préserver les auxiliaires ;
  • utiliser uniquement la dose homologuée ;
  • contrôler le résultat après l’intervention.

Une baisse d’efficacité ne prouve pas automatiquement une résistance. Elle peut aussi résulter d’une mauvaise identification, d’un traitement trop tardif ou d’une couverture insuffisante.

Qualité de pulvérisation

Les cochenilles se trouvent souvent dans des zones difficiles à atteindre :

  • face inférieure des feuilles ;
  • intérieur du couvert ;
  • fourches des branches ;
  • zone sous le calice ;
  • contacts entre fruits ;
  • anfractuosités de l’écorce.

Avant de préparer un produit, contrôlez avec de l’eau propre :

Un volume excessif augmente les pertes et le risque de phytotoxicité. Un volume insuffisant laisse des refuges non couverts.

Sécurité, délai avant récolte et registre

Lorsqu’une application est justifiée :

  • portez l’équipement de protection contre les pesticides exigé ;
  • respectez le délai avant récolte ;
  • respectez le délai de rentrée ;
  • protégez les auxiliaires et les pollinisateurs ;
  • évitez toute dérive vers les parcelles voisines ;
  • nettoyez le matériel selon le protocole prévu.

Inscrivez dans le registre de traitement phytosanitaire :

  • la parcelle et la variété ;
  • l’espèce de cochenille ;
  • les organes infestés ;
  • le pourcentage approximatif d’individus vivants ;
  • la présence de crawlers ;
  • la fumagine et les fourmis ;
  • les auxiliaires observés ;
  • le produit commercial ;
  • la dose et le volume ;
  • le groupe IRAC ;
  • le délai avant récolte ;
  • le résultat du contrôle suivant.

Plan de lutte intégrée en 12 leviers

  1. Identifier l’espèce ou au minimum le groupe de cochenilles.
  2. Distinguer les espèces à bouclier des espèces productrices de miellat.
  3. Vérifier si les cochenilles sont vivantes, mortes ou parasitées.
  4. Surveiller les jeunes larves mobiles avec une loupe ou un ruban adhésif.
  5. Cartographier les premiers foyers dans le verger.
  6. Contrôler la présence de fourmis et leurs voies d’accès.
  7. Préserver Aphytis, Rodolia, Cryptolaemus et les autres auxiliaires.
  8. Équilibrer la taille, l’irrigation et la fertilisation azotée.
  9. Inspecter les plants et nettoyer le matériel déplacé entre parcelles.
  10. Vérifier chaque produit commercial dans l’Index ONSSA.
  11. Intervenir au stade sensible avec un pulvérisateur correctement calibré.
  12. Alterner les groupes IRAC et contrôler l’efficacité réelle.

Plan d’action selon la situation observée

SituationActions prioritaires
Quelques anciens boucliersSoulever plusieurs boucliers et vérifier la présence de corps vivants
Fumagine sans insecte évidentRechercher miellat, fourmis, cochenilles molles, farineuses, pucerons et aleurodes
Cochenilles à bouclier sur fruitsIdentifier l’espèce, compter les vivantes et rechercher les crawlers et parasitoïdes
Colonie farineuse sous le caliceContrôler les fourmis, rechercher Cryptolaemus et évaluer les fruits voisins
Icerya avec ovisacs blancsRechercher Rodolia cardinalis avant toute intervention non sélective
Espèce circulaire inhabituellePrélever des femelles adultes pour différencier Aonidiella et Chrysomphalus
Progression malgré les interventionsVérifier l’espèce, le stade, la couverture, les groupes IRAC et la survie des auxiliaires

Erreurs fréquentes face aux cochenilles

ErreurConséquenceCorrection
Attribuer toute fumagine aux cochenilles à bouclierMauvais ravageur cibléRechercher un producteur de miellat
Compter les boucliers sans vérifier leur viabilitéTraitement inutile sur des insectes mortsSoulever et examiner un échantillon représentatif
Confondre les espèces circulairesSuivi et stratégie mal adaptésDemander une identification microscopique
Attendre que les fruits soient couvertsIntervention trop tardiveSurveiller les crawlers et les jeunes fruits
Ignorer les fourmisAuxiliaires perturbés et fumagine persistanteIdentifier et gérer les voies d’accès
Détruire les auxiliaires avec un traitement non sélectifRecrudescence ultérieureExaminer le parasitisme et la sélectivité
Utiliser une huile par forte chaleurBrûlure du feuillage ou des fruitsRespecter l’étiquette et les conditions climatiques
Répéter le même groupe IRACSélection de populations moins sensiblesAlterner réellement les modes d’action

Questions fréquentes sur les cochenilles des agrumes

Pourquoi les feuilles d’un agrume deviennent-elles noires ?

La couche noire est souvent une fumagine se développant sur le miellat rejeté par une cochenille molle ou farineuse, un puceron ou un aleurode.

Toutes les cochenilles provoquent-elles de la fumagine ?

Non. Les cochenilles à bouclier comme Parlatoria ziziphi et Aonidiella aurantii ne rejettent pas de miellat.

Comment reconnaître une cochenille farineuse ?

Elle possède un corps mou et segmenté couvert de cire blanche, avec de petits filaments sur les côtés. Elle se cache souvent sous le calice ou entre les fruits.

Pourquoi y a-t-il beaucoup de fourmis sur l’arbre ?

Elles recherchent probablement le miellat. Suivez leur piste afin de localiser les colonies de cochenilles ou d’autres insectes piqueurs-suceurs.

Une cochenille immobile est-elle forcément vivante ?

Non. Le bouclier peut rester fixé longtemps après la mort. Il faut le soulever et examiner le corps situé dessous.

Que signifie un petit trou rond dans le bouclier ?

Il peut correspondre à la sortie d’un parasitoïde ayant tué la cochenille. Cette observation indique une activité biologique utile.

Quel est le meilleur moment pour intervenir ?

Le stade des jeunes larves mobiles est souvent plus sensible que les femelles protégées. Le calendrier doit être déterminé par la surveillance locale.

La fumagine pénètre-t-elle dans le fruit ?

Elle reste principalement superficielle, mais elle déprécie l’apparence du fruit et peut réduire la photosynthèse lorsqu’elle couvre fortement les feuilles.

Peut-on simplement laver les fruits ?

Le nettoyage peut améliorer leur aspect, mais il ne maîtrise pas les colonies présentes sur les arbres ni la nouvelle production de miellat.

Faut-il traiter dès qu’une cochenille apparaît ?

Non. Quelques cochenilles peuvent être tolérées et contrôlées naturellement. Il faut évaluer leur viabilité, leur progression et les auxiliaires.

Les coccinelles contrôlent-elles toutes les espèces ?

Non. Les prédateurs possèdent des préférences. Rodolia cardinalis est particulièrement associée à Icerya purchasi, tandis que d’autres coccinelles ciblent les cochenilles farineuses ou à bouclier.

Comment éviter une nouvelle infestation ?

Inspectez les plants, nettoyez le matériel, contrôlez les fourmis, évitez les excès d’azote et préservez les auxiliaires déjà présents dans le verger.

Cochenilles des agrumes : identifier avant de traiter

Les cochenilles des agrumes ne peuvent pas être maîtrisées efficacement avec une seule stratégie appliquée à toutes les espèces.

Parlatoria ziziphi, Aonidiella aurantii et Chrysomphalus aonidum sont protégées par un bouclier et ne produisent pas de miellat. Planococcus citri, Icerya purchasi et les cochenilles molles peuvent au contraire provoquer une fumagine abondante et attirer les fourmis.

Le diagnostic doit préciser l’espèce, les organes touchés, la proportion d’individus vivants, la présence des crawlers et l’activité des ennemis naturels.

La lutte intégrée repose ensuite sur la surveillance, la préservation des parasitoïdes et prédateurs, la gestion des fourmis, un couvert correctement aéré et une intervention précisément positionnée lorsqu’elle devient indispensable.

Tout produit doit être autorisé sur agrumes au Maroc pour l’usage concerné, appliqué avec un matériel calibré et intégré à une véritable alternance des groupes IRAC.

Avant de traiter, soulevez plusieurs boucliers

Vérifiez les corps vivants, les trous de parasitisme, les jeunes larves mobiles, le miellat et les fourmis.

Vérifier Parlatoria ziziphi Reconnaître Planococcus citri Vérifier les produits autorisés

Sources officielles et techniques

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