Mildiou de la pomme de terre : au Maroc, cette maladie peut progresser très rapidement lorsqu’une culture sensible rencontre des nuits humides, des rosées persistantes, du brouillard, des pluies répétées ou une irrigation maintenant longtemps le feuillage mouillé.

L’agent responsable est Phytophthora infestans, un oomycète parfois qualifié de pseudo-champignon. Il attaque les feuilles, les pétioles, les tiges et les tubercules. La maladie est particulièrement dangereuse parce qu’elle produit plusieurs générations de spores au cours de la même campagne.
Les premières lésions sont souvent irrégulières, vert pâle et légèrement huileuses. Elles apparaissent fréquemment près de la pointe ou de la marge des folioles, puis deviennent brunes à noirâtres. Lorsque l’humidité reste élevée, un fin duvet blanc se développe sous la feuille, principalement à la périphérie de la lésion.
La prévention doit commencer avant la première tache visible. Elle repose sur des plants sains et traçables, l’élimination des repousses et tubercules rejetés, la surveillance météorologique, un buttage correctement formé, une irrigation limitant l’humectation du feuillage et, lorsque le risque le justifie, une protection homologuée et raisonnée.
Une pulvérisation ne répare pas les feuilles déjà détruites et n’assainit pas un tubercule infecté. L’objectif est de protéger les tissus encore sains, ralentir la production de spores et empêcher leur entraînement vers les tubercules.
Ce guide complète notre méthode de diagnostic phytosanitaire, notre dossier sur les traitements phytosanitaires au Maroc, notre guide consacré au calibrage du pulvérisateur agricole et notre article sur les buses de pulvérisation agricole.
Conduite immédiate devant une tache suspecte
Observez les deux faces de plusieurs folioles, de préférence tôt le matin lorsque l’humidité est encore élevée. Recherchez une lésion huileuse irrégulière et une sporulation blanche située sous la feuille, sur le bord actif de la tache.
Marquez le foyer, contrôlez les plantes voisines, les tiges et les zones basses de la parcelle. Évitez de traverser ensuite une parcelle saine avec des vêtements ou du matériel portant des feuilles humides contaminées.
Mildiou de la pomme de terre : quels symptômes faut-il surveiller ?
Les symptômes varient selon l’organe touché, l’âge de la lésion, la variété et l’humidité au moment de l’observation.
Les principaux signes comprennent :
- de petites plages vert pâle paraissant imbibées d’eau ;
- des lésions irrégulières situées près des pointes ou des marges des folioles ;
- un halo vert clair ou jaunâtre autour de la zone atteinte ;
- un brunissement rapide de la lésion ;
- un duvet blanc sous la feuille en période humide ;
- des pétioles présentant des lésions brun sombre ;
- des tiges portant des plages allongées brunes à noires ;
- un flétrissement de la partie située au-dessus d’une tige ceinturée ;
- des foyers progressant rapidement dans le couvert ;
- des tubercules présentant des zones légèrement déprimées et rouge brun ;
- une chair brunâtre et granuleuse sous la peau ;
- des pourritures secondaires pendant la conservation.
Symptômes précoces sur les feuilles
Les toutes premières lésions peuvent être difficiles à distinguer d’une blessure ou d’un stress physiologique.
Elles sont généralement :
- petites et irrégulières ;
- vert pâle à vert grisâtre ;
- légèrement translucides ou huileuses ;
- non limitées par les nervures ;
- situées près d’une marge ou de l’extrémité du limbe ;
- entourées d’un tissu encore vert mais déjà affaissé.
Après quelques heures ou quelques jours favorables, la zone centrale brunit et la lésion s’agrandit.
Le duvet blanc sous la feuille
Lorsque l’air reste humide, Phytophthora infestans produit ses structures de sporulation sur la face inférieure des feuilles.
Le duvet apparaît surtout :
- à la limite entre le tissu sain et la partie brune ;
- tôt le matin ;
- après une nuit de forte rosée ;
- après une pluie ou un brouillard ;
- dans les zones denses qui sèchent lentement ;
- sur les feuilles basses ou protégées du vent.
Cette sporulation peut disparaître lorsque la feuille sèche. Son absence en milieu de journée n’exclut donc pas le mildiou.
Comment évoluent les lésions foliaires ?
Une lésion active peut s’étendre rapidement et devenir :
- brune ;
- brun pourpre ;
- presque noire ;
- nécrotique au centre ;
- entourée d’une marge vert pâle ou jaunâtre ;
- irrégulière et non délimitée par les nervures.
Lorsque plusieurs lésions fusionnent, une foliole entière peut se dessécher. La maladie gagne ensuite les autres feuilles et réduit brutalement la surface photosynthétique.
Symptômes sur les pétioles et les tiges
Les lésions des tiges et pétioles sont souvent :
- allongées ;
- brunes à noirâtres ;
- légèrement vitreuses lorsque le tissu est humide ;
- situées sur la partie moyenne ou supérieure de la plante ;
- capables d’entourer partiellement ou totalement la tige.
Lorsqu’une lésion ceinture la tige :
- les feuilles situées au-dessus flétrissent ;
- la tige devient fragile ;
- elle peut casser sous l’effet du vent ou du passage des opérateurs ;
- une sporulation peut apparaître sur la lésion en période humide.
Symptômes sur les tubercules
Un tubercule atteint peut présenter à sa surface :
- une zone irrégulière ;
- une légère dépression ;
- une coloration gris brun à rouge brun ;
- une peau plus ferme ou légèrement rugueuse ;
- une limite peu nette entre tissu sain et tissu atteint.
À la coupe, on peut observer :
- une chair brun rouille ;
- un tissu granuleux et relativement ferme ;
- des prolongements irréguliers allant de la peau vers l’intérieur ;
- une limite diffuse avec la chair saine ;
- une pourriture d’abord plutôt sèche.
Des bactéries et d’autres champignons peuvent ensuite coloniser le tubercule. La pourriture devient alors molle, humide et malodorante. Cette odeur n’est pas produite directement par le mildiou, mais par les organismes secondaires.
Comment les tubercules sont-ils contaminés ?
Les sporanges produits sur les feuilles et les tiges peuvent être entraînés vers le sol par :
- la pluie ;
- les éclaboussures ;
- l’irrigation par aspersion ;
- l’eau circulant sur un couvert fortement infecté.
Les tubercules sont davantage exposés lorsque :
- les buttes sont basses ou fissurées ;
- des tubercules deviennent visibles ;
- le sol est saturé ou mal drainé ;
- le feuillage infecté reste longtemps au contact du sol ;
- la récolte est effectuée sous un couvert humide et malade ;
- les tubercules sont blessés pendant l’arrachage.
L’infection peut pénétrer par des lenticelles ou des blessures.
Mildiou ou alternariose de la pomme de terre ?
L’alternariose, souvent appelée maladie des taches brunes ou early blight, est principalement associée à des espèces du genre Alternaria.
| Critère | Mildiou | Alternariose |
|---|---|---|
| Aspect initial | Tache vert pâle, huileuse et irrégulière | Petite tache brune généralement sèche |
| Anneaux concentriques | Généralement absents | Souvent visibles en forme de cible |
| Sporulation | Duvet blanc sous la feuille par forte humidité | Pas de duvet blanc typique sur le bord de la lésion |
| Vitesse | Progression parfois explosive | Évolution souvent plus progressive |
| Feuilles touchées | Tous les étages selon l’épidémie | Souvent feuilles âgées ou plantes stressées |
Mildiou ou brûlure provoquée par un produit ?
Une phytotoxicité devient plus probable lorsque :
- les symptômes suivent exactement les passages du pulvérisateur ;
- les zones de chevauchement sont plus atteintes ;
- les lésions apparaissent simultanément sur une grande surface ;
- plusieurs espèces végétales sont touchées ;
- aucun duvet blanc n’est visible ;
- la maladie ne progresse pas de plante en plante ;
- l’apparition suit une application, une chaleur ou un mélange inhabituel.
Consultez notre article sur la phytotoxicité des pesticides avant de conclure à une résistance ou à un échec de protection.
Mildiou ou carence nutritive ?
Une carence produit généralement un motif plus régulier que le mildiou.
Elle peut provoquer :
- une chlorose entre les nervures ;
- un jaunissement uniforme des feuilles d’un même âge ;
- une nécrose marginale régulière ;
- une croissance réduite ;
- des symptômes correspondant à une zone de sol ou de fertigation.
Elle ne forme pas de duvet blanc sporulant sur le bord d’une lésion huileuse.
Mildiou ou pourriture bactérienne des tubercules ?
Le mildiou produit initialement une pourriture brunâtre, granuleuse et relativement ferme.
Une pourriture bactérienne est davantage caractérisée par :
- un tissu très mou ;
- une décomposition humide ;
- un liquide s’écoulant du tubercule ;
- une odeur forte ;
- une destruction rapide de la chair.
Un tubercule atteint de mildiou peut subir secondairement une pourriture bactérienne. Les deux symptômes peuvent donc être associés.
Cycle du mildiou de la pomme de terre
Le cycle épidémique peut commencer à partir d’un tubercule infecté.
- Un plant infecté, une repousse ou un tubercule rejeté produit une pousse contaminée.
- Le pathogène gagne les tiges et les feuilles.
- Des sporanges se forment pendant une nuit humide.
- Le vent et les éclaboussures dispersent les sporanges.
- De nouvelles feuilles sont contaminées.
- Les lésions apparaissent après une période de latence.
- Une nouvelle sporulation produit une nouvelle génération d’inoculum.
- La pluie entraîne une partie des sporanges vers les tubercules.
Plusieurs cycles peuvent se succéder pendant la même culture. Cette répétition explique pourquoi un foyer limité peut devenir une épidémie lorsqu’il n’est pas détecté assez tôt.
Sources d’inoculum à rechercher
Les principales sources opérationnelles comprennent :
- les plants infectés ;
- les tubercules conservés d’une récolte malade ;
- les repousses de pomme de terre ;
- les tas de tubercules rejetés ;
- les tubercules oubliés dans le sol ;
- les jardins ou petites parcelles voisines non surveillées ;
- les cultures de pomme de terre déjà infectées dans la région ;
- certaines tomates atteintes par des populations compatibles du pathogène.
Les spores peuvent parcourir une certaine distance avec le vent. Une parcelle propre reste donc exposée à un inoculum extérieur.
Pourquoi les tubercules de plantation sont-ils déterminants ?
Un tubercule peut contenir le pathogène sans présenter immédiatement une lésion très visible.
Après la plantation :
- le mycélium peut progresser dans la pousse ;
- la plante peut émerger faiblement ;
- une tige peut pourrir avant ou après la levée ;
- des lésions aériennes peuvent devenir une source primaire de spores ;
- la contamination peut gagner les plantes voisines.
Un tubercule infecté ne doit pas être considéré comme assaini par une simple application. La priorité est l’emploi de plants sains, certifiés et correctement conservés.
Conditions météorologiques favorables
Le mildiou est favorisé par l’association de plusieurs facteurs :
- une température fraîche à modérée ;
- une forte humidité relative ;
- une rosée persistante ;
- du brouillard ;
- une pluie fine ou répétée ;
- plusieurs heures de feuillage mouillé ;
- des nuits humides ;
- un couvert dense qui sèche lentement ;
- une source d’inoculum active.
Une température favorable sans humidité suffisante ne déclenche pas nécessairement une infection. Inversement, une courte période de forte humectation peut devenir dangereuse lorsque le couvert se trouve dans une plage thermique compatible.
Quels contextes sont à risque au Maroc ?
Le risque varie selon la région, l’altitude, la saison de plantation, l’irrigation et le microclimat.
La vigilance doit être renforcée dans les situations suivantes :
- culture durant une saison fraîche et humide ;
- parcelle côtière soumise au brouillard ou aux rosées ;
- zone basse où l’air froid et humide s’accumule ;
- parcelle irriguée par aspersion ;
- irrigation réalisée en fin de journée ;
- culture dense ou très vigoureuse ;
- sol mal drainé ;
- buttes fissurées ou érodées ;
- présence de repousses ou de déchets de tubercules ;
- foyer signalé dans une zone de production voisine.
Le risque doit être évalué à l’échelle de la parcelle et non uniquement à partir d’une station météorologique éloignée.
Pourquoi l’humectation foliaire est-elle essentielle ?
La germination et la pénétration du pathogène nécessitent de l’humidité ou de l’eau libre.
La durée d’humectation dépend notamment :
- de la rosée ;
- de la pluie ;
- du brouillard ;
- de l’heure de l’irrigation ;
- de la densité du feuillage ;
- de la circulation de l’air ;
- de la température nocturne ;
- de la topographie de la parcelle.
Un capteur d’humectation placé à hauteur du couvert apporte souvent une information plus utile qu’une estimation basée uniquement sur l’humidité de l’air.
Comment surveiller la parcelle ?
Commencer avant la fermeture des rangs
La surveillance doit commencer dès la levée, en particulier lorsque les plants présentent une origine incertaine ou que des repousses sont visibles.
Recherchez :
- les plantes qui lèvent tardivement ;
- les pousses noircies ;
- les premières lésions sur feuilles basses ;
- les repousses provenant d’une culture précédente ;
- les tas de tubercules situés près de la parcelle.
Parcourir les zones les plus favorables
Inspectez en priorité :
- les bordures exposées aux vents dominants ;
- les zones basses ;
- les secteurs ombragés ;
- les passages d’irrigation ;
- les zones de fuite ou de mauvaise répartition de l’eau ;
- les secteurs denses ;
- les plantes proches des repousses ;
- les lignes correspondant à différents lots de plants.
Observer les deux faces des feuilles
Une observation uniquement réalisée depuis le dessus du couvert peut manquer le duvet blanc situé sous les folioles.
Contrôlez :
- la face supérieure ;
- la face inférieure ;
- le bord des lésions ;
- les pétioles ;
- les tiges ;
- la base des plantes.
À quelle fréquence faut-il surveiller ?
Il n’existe pas d’intervalle unique adapté à toutes les situations.
Les visites doivent être rapprochées lorsque :
- des pluies sont annoncées ;
- les nuits restent humides ;
- une alerte régionale est émise ;
- un premier foyer est découvert ;
- la variété est sensible ;
- le couvert devient très dense ;
- la culture atteint une phase de croissance rapide ;
- les tubercules commencent à se former.
Une visite espacée de plusieurs semaines ne permet pas de suivre une maladie capable d’accomplir de nouveaux cycles en quelques jours.
Comment cartographier un foyer ?
Pour chaque foyer, notez :
- la localisation dans la parcelle ;
- le lot de plants utilisé ;
- la variété ;
- la date de plantation ;
- le stade de la culture ;
- le nombre de plantes atteintes ;
- les organes touchés ;
- la présence de sporulation ;
- la surface foliaire approximativement atteinte ;
- la pluie, la rosée et l’irrigation récentes ;
- la progression observée lors de la visite suivante.
Existe-t-il un seuil universel d’intervention ?
Non. La stratégie contre le mildiou est principalement préventive et fondée sur le risque.
La décision dépend notamment :
- de la présence régionale du pathogène ;
- de la variété ;
- du stade de la culture ;
- de la densité du couvert ;
- des conditions météorologiques ;
- de la durée d’humectation ;
- de la présence d’un premier foyer ;
- de la protection précédente ;
- du mode d’action utilisé ;
- du délai avant récolte.
Attendre qu’une proportion élevée du feuillage soit détruite réduit fortement l’intérêt de la protection.
Choisir des plants sains et traçables
Le lot de plantation doit être contrôlé avant la mise en terre.
Vérifiez :
- l’origine ;
- la catégorie ou classe annoncée ;
- les documents phytosanitaires ;
- la fermeté des tubercules ;
- l’absence de zones rouge brun ou déprimées ;
- l’absence de pourriture ;
- les conditions de transport ;
- la séparation entre lots.
Les tubercules suspects doivent être isolés et examinés. Ils ne doivent pas être mélangés à un lot sain.
Éliminer les repousses et les tas de déchets
Une repousse issue d’un tubercule infecté peut devenir la première plante sporulante de la campagne.
Avant et pendant la culture :
- repérez les repousses dans la parcelle ;
- contrôlez les bordures ;
- inspectez les tas de tri ;
- ne laissez pas les tubercules rejetés germer à proximité ;
- évitez de déposer des déchets près d’un canal d’irrigation ;
- empêchez les tubercules malades de revenir dans une parcelle saine.
Le compostage ou l’enfouissement ne sont efficaces que si le procédé empêche réellement la survie et la repousse des tubercules.
Rotation des cultures
La rotation réduit les repousses et facilite la gestion des tubercules oubliés, mais elle n’empêche pas l’arrivée de spores transportées par le vent.
Elle doit être associée à :
- la destruction des repousses ;
- une surveillance des Solanacées voisines ;
- l’emploi de plants sains ;
- la gestion des tas de tri ;
- une bonne hygiène du matériel de récolte et de stockage.
Aucune durée de rotation ne garantit à elle seule l’absence de mildiou.
Choix variétal
Les variétés présentent des niveaux différents de sensibilité du feuillage et des tubercules.
Avant de choisir, vérifiez :
- la résistance foliaire évaluée récemment ;
- la résistance des tubercules ;
- l’adaptation à la saison de culture ;
- la précocité ;
- le débouché commercial ;
- la qualité culinaire ou industrielle ;
- la disponibilité de plants certifiés ;
- la réaction observée dans la région.
Une variété partiellement résistante peut ralentir la maladie, mais elle ne dispense pas de surveillance.
Densité de plantation et aération
Un couvert très dense sèche plus lentement et rend la couverture foliaire plus difficile.
L’écartement doit tenir compte :
- du calibre du plant ;
- de la variété ;
- du débouché ;
- de la vigueur ;
- du système d’irrigation ;
- du matériel de traitement ;
- du risque de fermeture excessive du couvert.
La densité ne doit pas être réduite arbitrairement au détriment du rendement, mais une végétation inutilement compacte augmente le microclimat humide.
Buttage et protection des tubercules
Des buttes hautes, régulières et bien refermées réduisent le contact entre les tubercules et les sporanges entraînés depuis le feuillage.
Contrôlez :
- la hauteur des buttes ;
- leur fermeture autour des plantes ;
- les fissures ;
- l’érosion après irrigation ;
- les tubercules exposés ;
- le drainage entre les rangs.
Un bon buttage améliore aussi l’aération du sol et limite la stagnation de l’eau.
Irrigation et prévention du mildiou
L’objectif est de fournir l’eau nécessaire sans prolonger inutilement l’humectation du feuillage.
Lorsque l’aspersion est utilisée :
- évitez les irrigations tardives qui maintiennent les feuilles mouillées toute la nuit ;
- tenez compte de la rosée annoncée ;
- contrôlez l’uniformité ;
- réparez les fuites ;
- évitez la saturation du sol ;
- laissez au couvert le temps de sécher.
Avec l’irrigation localisée, vérifiez que les fuites ou les pressions excessives ne mouillent pas le feuillage et ne fissurent pas les buttes.
Fertilisation azotée et vigueur
Un excès d’azote peut prolonger la croissance végétative, retarder la maturité et produire un couvert dense.
La fertilisation doit être raisonnée selon :
- l’analyse du sol ;
- la variété ;
- la durée du cycle ;
- le rendement visé ;
- le précédent cultural ;
- la qualité de l’eau ;
- l’état réel de la végétation.
Un apport supplémentaire d’azote ne restaure pas un feuillage déjà détruit par le mildiou.
Quand envisager une protection phytopharmaceutique ?
Une protection peut être envisagée lorsque :
- les conditions météorologiques deviennent favorables ;
- la culture entre dans une période sensible ;
- le couvert se ferme ;
- un foyer est signalé dans la région ;
- la variété est sensible ;
- des symptômes sont confirmés dans la parcelle ;
- le produit commercial est autorisé au Maroc ;
- le délai avant récolte peut être respecté.
Les produits préventifs doivent être positionnés avant une contamination importante. Les éventuelles propriétés post-infection sont limitées, dépendent du produit et ne doivent jamais être assimilées à une guérison des tissus nécrosés.
Comment vérifier les produits autorisés au Maroc ?
Consultez l’Index phytosanitaire officiel de l’ONSSA.
La recherche multicritère doit vérifier :
- le nom commercial exact ;
- la culture « pomme de terre » ;
- l’usage contre le mildiou ;
- l’organisme nuisible Phytophthora infestans ;
- la formulation ;
- la dose homologuée ;
- le stade ou la période d’utilisation ;
- l’intervalle entre les applications ;
- le nombre maximal d’interventions ;
- le délai avant récolte ;
- le délai de rentrée ;
- les restrictions environnementales ;
- la validité de l’autorisation.
Index ONSSA actualisé
L’Index phytosanitaire marocain a été actualisé le 8 juillet 2026.
Il répertorie les produits homologués indépendamment de leur disponibilité commerciale. En cas de doute, l’attestation d’homologation ou l’autorisation de vente du produit commercial exact fait foi.
Alterner réellement les groupes FRAC
Phytophthora infestans peut sélectionner des populations moins sensibles à certains modes d’action.
Une gestion responsable consiste à :
- identifier le code FRAC de chaque produit ;
- ne pas confondre changement de marque et changement de mode d’action ;
- respecter la dose homologuée ;
- éviter les applications consécutives excessives du même groupe ;
- alterner avec des modes d’action non concernés par la résistance croisée ;
- utiliser les associations uniquement lorsqu’elles sont autorisées et pertinentes ;
- respecter le nombre maximal d’applications ;
- associer la protection à la réduction des sources d’inoculum.
Les recommandations FRAC spécifiques à une famille ne remplacent jamais l’étiquette marocaine du produit.
Pourquoi un traitement peut-il échouer ?
Une efficacité insuffisante peut résulter de :
- une application trop tardive ;
- un intervalle trop long pendant une forte pression ;
- un mauvais diagnostic ;
- une dose incorrecte ;
- une couverture insuffisante ;
- une pluie avant le séchage requis ;
- des buses usées ;
- une vitesse excessive ;
- une nouvelle contamination après l’application ;
- une sensibilité réduite du pathogène au mode d’action ;
- des tubercules ou repousses continuant à produire de l’inoculum.
Avant de conclure à une résistance, examinez l’ensemble du programme, le produit, le calibrage et les conditions météorologiques.
Calibrage du pulvérisateur
Avant toute préparation, réalisez un contrôle avec de l’eau propre.
Vérifiez :
- le calibrage du pulvérisateur agricole ;
- le débit de chaque buse de pulvérisation agricole ;
- la pression ;
- la hauteur de rampe ;
- la vitesse d’avancement ;
- le volume appliqué par hectare ;
- l’uniformité entre les buses ;
- les zones de chevauchement ;
- la dérive.
La protection doit couvrir les nouvelles feuilles et les parties internes du couvert sans provoquer un ruissellement excessif.
Choix des buses et couverture
Le choix dépend :
- du produit ;
- du volume recommandé ;
- de la densité du couvert ;
- de la vitesse du vent ;
- du risque de dérive ;
- de la hauteur de la rampe ;
- du stade de la culture.
Une gouttelette trop fine augmente la dérive. Une gouttelette trop grossière peut réduire le nombre d’impacts sur un feuillage très dense. L’étiquette et le contrôle réel de la couverture doivent guider le réglage.
Protection de l’opérateur
L’opérateur doit porter l’équipement de protection contre les pesticides exigé par l’étiquette.
Selon le produit et l’opération, cela peut comprendre :
- des gants adaptés ;
- une combinaison ou un vêtement de protection ;
- des chaussures ou bottes fermées ;
- une protection des yeux ;
- une protection respiratoire lorsqu’elle est prescrite ;
- un équipement réservé au remplissage et au nettoyage.
Respectez le délai de rentrée et empêchez les personnes non protégées d’entrer dans la parcelle.
Gestion d’un premier foyer
Devant un foyer localisé :
- Confirmez le diagnostic.
- Marquez la zone.
- Contrôlez les plantes situées autour.
- Évaluez la présence de sporulation active.
- Vérifiez la météo des prochains jours.
- Recherchez la source possible : plant, repousse ou tas de déchets.
- Évitez les passages inutiles dans le foyer humide.
- Appliquez le programme autorisé correspondant au niveau de risque.
- Réévaluez rapidement l’évolution.
Le retrait manuel de quelques feuilles peut être utile dans un très petit jardin, mais il est rarement suffisant dans une parcelle commerciale et peut disperser les spores si le feuillage est humide.
Faut-il éliminer le feuillage avant la récolte ?
Lorsque le feuillage est fortement atteint, sa destruction encadrée peut réduire la production de sporanges et le risque de contamination des tubercules.
La décision doit prendre en compte :
- le niveau d’infection ;
- la maturité des tubercules ;
- la méthode de défanage autorisée ;
- le temps nécessaire à la consolidation de la peau ;
- les conditions météorologiques ;
- le délai avant l’arrachage ;
- le devenir des résidus.
Aucun produit de défanage ou délai fixe ne doit être conseillé sans vérifier son autorisation et son étiquette au Maroc.
Récolter sans aggraver la contamination
Au moment de la récolte :
- évitez d’arracher sous un feuillage mouillé et sporulant ;
- attendez que la peau soit suffisamment formée ;
- réduisez les blessures mécaniques ;
- séparez immédiatement les tubercules suspects ;
- nettoyez les équipements entre lots ;
- ne mélangez pas une zone malade à une zone saine ;
- évitez l’exposition prolongée à la pluie.
Les tubercules provenant d’un foyer doivent être contrôlés avec une attention particulière avant le stockage.
Tri et stockage des tubercules
Avant le stockage :
- retirez les tubercules pourris ;
- séparez les tubercules présentant des zones déprimées rouge brun ;
- évitez les chocs ;
- nettoyez les caisses et le local ;
- maintenez une bonne ventilation ;
- évitez la condensation ;
- contrôlez régulièrement l’apparition de pourritures.
Un tubercule atteint peut évoluer pendant la conservation et contaminer son environnement par des pourritures secondaires.
Un lot suspect ne doit pas être utilisé comme plant sans contrôle approprié.
Les solutions naturelles suffisent-elles ?
Des microorganismes antagonistes, extraits végétaux, composts liquides et autres préparations ont été étudiés contre Phytophthora infestans.
Les résultats obtenus au laboratoire ou sous serre ne garantissent pas une protection suffisante dans une parcelle commerciale soumise à une forte pression.
Une solution présentée comme naturelle doit être évaluée selon :
- son statut réglementaire ;
- sa formulation ;
- les essais de terrain disponibles ;
- son efficacité sous forte pression ;
- sa compatibilité avec la culture ;
- son risque de phytotoxicité ;
- son intégration dans une stratégie complète.
Les recettes à base de lait, bicarbonate, purin ou infusion ne doivent pas remplacer les plants sains, la surveillance et une protection homologuée lorsque le risque est élevé.
Plan de prévention en 12 leviers
- Utiliser des plants sains, certifiés et traçables.
- Écarter les tubercules présentant des lésions suspectes.
- Éliminer les repousses et les tas de tubercules rejetés.
- Choisir une variété adaptée et connaître sa sensibilité.
- Former des buttes hautes, régulières et non fissurées.
- Assurer le drainage et éviter la saturation du sol.
- Limiter la durée d’humectation du feuillage.
- Surveiller les feuilles, les tiges et la météo dès la levée.
- Cartographier immédiatement le premier foyer.
- Vérifier chaque produit commercial dans l’Index ONSSA.
- Alterner réellement les groupes FRAC et calibrer le pulvérisateur.
- Récolter, trier et stocker sans mélanger les tubercules suspects.
Plan d’action selon la situation observée
| Situation | Actions prioritaires |
|---|---|
| Aucun symptôme et temps sec | Maintenir la surveillance et supprimer les sources d’inoculum |
| Pluie et nuits humides annoncées | Évaluer la protection, la sensibilité variétale et la durée d’humectation |
| Une tache huileuse isolée | Observer la face inférieure, marquer la plante et contrôler les voisines |
| Duvet blanc au bord d’une lésion | Considérer le foyer comme actif et réévaluer immédiatement le programme |
| Plusieurs foyers en progression | Renforcer la protection des tissus sains et limiter les passages dans le couvert humide |
| Buttes fissurées sous feuillage atteint | Protéger les tubercules, corriger les buttes et éviter le lessivage des spores |
| Tubercules présentant une pourriture ferme brunâtre | Isoler le lot, couper quelques tubercules pour diagnostic et ne pas les stocker avec les tubercules sains |
| Reprise après traitement | Vérifier le timing, le calibrage, la pluie, le groupe FRAC et les sources d’inoculum |
Que faut-il inscrire dans le registre ?
Le suivi doit être intégré au registre de traitement phytosanitaire.
- parcelle et variété ;
- origine et numéro du lot de plants ;
- date de plantation ;
- stade de la culture ;
- date de la première observation ;
- localisation du foyer ;
- organes atteints ;
- présence de sporulation ;
- surface approximativement touchée ;
- pluie, rosée et irrigation récentes ;
- durée d’humectation lorsqu’elle est mesurée ;
- produit éventuellement appliqué ;
- dose, volume et groupe FRAC ;
- conditions météorologiques de l’application ;
- délai avant récolte ;
- résultat des visites suivantes.
Matériel utile pour la surveillance
- loupe de terrain ;
- gants propres ;
- sachets de prélèvement séparés ;
- marqueurs de foyers ;
- plan ou application de cartographie ;
- capteur d’humectation foliaire ;
- station météorologique locale ;
- pluviomètre ;
- sonde d’humidité du sol ;
- outil de contrôle des buses ;
- papier hydrosensible pour évaluer la couverture.
Erreurs fréquentes face au mildiou
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Attendre que le couvert brunisse | Intervention trop tardive | Surveiller les premières lésions et la météo |
| Observer uniquement le dessus des feuilles | Sporulation blanche non détectée | Examiner la face inférieure tôt le matin |
| Confondre mildiou et alternariose | Programme mal ciblé | Rechercher tache huileuse, duvet blanc et anneaux concentriques |
| Planter des tubercules suspects | Introduction d’un inoculum primaire | Utiliser des plants sains et traçables |
| Laisser germer les tas de tri | Maintien du pathogène entre les cultures | Empêcher toute repousse |
| Irriguer par aspersion le soir | Feuillage mouillé toute la nuit | Choisir une fenêtre permettant un séchage rapide |
| Répéter le même mode d’action | Pression de sélection accrue | Alterner les groupes FRAC autorisés |
| Stocker les tubercules suspects avec les sains | Développement de pourritures secondaires | Trier, isoler et surveiller les lots |
Questions fréquentes sur le mildiou de la pomme de terre
Comment reconnaître rapidement le mildiou ?
Recherchez une tache irrégulière vert pâle ou huileuse devenant brune, accompagnée d’un duvet blanc sous la feuille lorsque l’humidité est élevée.
Le mildiou est-il un champignon ?
Phytophthora infestans est un oomycète. Il ressemble à un champignon par son mode de développement, mais appartient à un autre groupe biologique.
La maladie attaque-t-elle uniquement les feuilles ?
Non. Elle peut atteindre les pétioles, les tiges et les tubercules.
Le duvet blanc est-il toujours visible ?
Non. Il apparaît surtout sous forte humidité et peut disparaître lorsque la feuille sèche.
Quelle différence avec l’alternariose ?
L’alternariose forme souvent des taches sèches à anneaux concentriques. Le mildiou produit plutôt des lésions huileuses irrégulières et un duvet blanc sous la feuille.
Un tubercule infecté peut-il être guéri ?
Non. Un tubercule infecté ne doit pas être considéré comme assaini par un traitement.
Pourquoi les repousses sont-elles dangereuses ?
Une repousse provenant d’un tubercule infecté peut produire des spores et contaminer la nouvelle culture.
La maladie vient-elle uniquement des plants ?
Non. Les spores peuvent aussi arriver d’une parcelle voisine ou d’un foyer plus éloigné transportées par le vent.
L’irrigation par aspersion augmente-t-elle le risque ?
Elle peut l’augmenter lorsqu’elle prolonge l’humectation du feuillage, notamment en fin de journée ou pendant une période déjà humide.
Faut-il traiter selon un calendrier fixe ?
Non. La décision doit intégrer la météo, la variété, le stade, la présence régionale du pathogène et l’historique des applications.
Pourquoi faut-il alterner les groupes FRAC ?
L’alternance réduit la pression de sélection exercée par la répétition d’un même mode d’action.
Peut-on stocker des tubercules provenant d’une parcelle malade ?
Ils doivent être soigneusement triés et surveillés. Les tubercules suspects doivent être séparés, car les pourritures peuvent évoluer pendant le stockage.
Mildiou de la pomme de terre : prévenir avant l’épidémie
Le mildiou de la pomme de terre peut accomplir plusieurs cycles au cours d’une campagne et détruire rapidement le feuillage lorsque les conditions restent humides.
La détection repose sur les taches huileuses irrégulières, leur brunissement rapide et le duvet blanc visible sous les feuilles pendant les périodes de forte humidité.
La prévention commence avec des plants sains, l’élimination des repousses, un drainage correct, des buttes bien formées et une irrigation réduisant la durée d’humectation.
La surveillance météorologique et l’inspection rapprochée permettent de protéger les tissus encore sains avant que les foyers ne se rejoignent.
Lorsqu’une protection phytopharmaceutique devient nécessaire, le produit commercial doit être homologué au Maroc, correctement appliqué et intégré dans une alternance réelle des groupes FRAC.
Une petite tache sporulante peut alimenter plusieurs nouveaux cycles
Inspectez la face inférieure des feuilles, localisez le foyer et vérifiez la météo avant que la maladie ne gagne tout le couvert.
Consulter le manuel du CIP Consulter le document ONSSA Vérifier les produits autorisés
Sources officielles et scientifiques
- ONSSA — Code de procédure relatif aux plants de pomme de terre
- ONSSA — Index phytosanitaire officiel du Maroc
- Centre international de la pomme de terre — Manuel sur Phytophthora infestans
- Centre international de la pomme de terre — Symptômes et évaluation du mildiou
- Centre international de la pomme de terre — Maladies fongiques et oomycètes de la pomme de terre
- FRAC — Recommandations 2026 pour la gestion des fongicides CAA
- FRAC — Risque de résistance de Phytophthora infestans


