Mineuse des agrumes : au Maroc, ce minuscule papillon peut provoquer des galeries argentées, un enroulement des feuilles et un ralentissement de la croissance des jeunes citronniers, orangers, clémentiniers et autres agrumes.

La mineuse, Phyllocnistis citrella, attaque principalement les feuilles encore tendres des nouvelles poussées. La femelle pond sur les jeunes feuilles, puis la chenille pénètre directement sous l’épiderme et y creuse une galerie sinueuse. Elle reste ainsi protégée à l’intérieur du tissu pendant l’essentiel de son développement.
Les jeunes plants de pépinière, les arbres récemment plantés, les greffons en formation et les agrumes sévèrement taillés sont les plus vulnérables. Sur un arbre adulte bien installé, les dégâts peuvent être très visibles sans justifier automatiquement une intervention généralisée.
La protection repose d’abord sur la surveillance des poussées végétatives, une fertilisation azotée équilibrée, une irrigation régulière, la limitation des gourmands, la conservation des parasitoïdes et une décision fondée sur la proportion réelle de jeunes pousses encore actives qui sont attaquées.
Ce guide complète notre page sur l’arboriculture au Maroc, notre article consacré au citronnier au Maroc, notre méthode de diagnostic phytosanitaire et la page centrale sur les traitements phytosanitaires au Maroc.
Conduite immédiate devant des galeries argentées
Examinez uniquement les feuilles encore jeunes et souples. Recherchez la galerie sinueuse, la ligne sombre d’excréments, la chenille vivante et la loge de nymphose située près du bord replié de la feuille.
Ne traitez pas en vous fondant uniquement sur les feuilles anciennes déjà déformées. Elles conservent les cicatrices, même lorsque la génération responsable a terminé son développement.
Mineuse des agrumes : comment reconnaître les premières galeries ?
La mine typique est une galerie superficielle située juste sous l’épiderme de la feuille.
Elle présente généralement les caractéristiques suivantes :
- un tracé très sinueux ;
- une couleur blanchâtre, argentée ou translucide ;
- une progression qui s’élargit à mesure que la chenille grandit ;
- une fine ligne sombre d’excréments à l’intérieur ;
- une localisation fréquente sur la face inférieure ;
- une déformation progressive du limbe ;
- un repli du bord foliaire à l’extrémité de la mine.
Lorsque la feuille grandit, les tissus attaqués ne s’allongent pas comme les zones saines. Cette croissance inégale provoque un enroulement, des plis et parfois une forme fortement torsadée.
À quoi ressemble une feuille récemment attaquée ?
Les premiers dégâts sont observés sur une feuille encore tendre, souvent longue de quelques centimètres seulement.
On peut distinguer :
- une galerie très fine commençant près de la nervure ;
- un trajet qui serpente progressivement vers le bord ;
- une larve minuscule visible par transparence ;
- une feuille encore verte et souple ;
- un tissu légèrement gaufré autour de la galerie.
À ce stade, la mine est active. La larve poursuit son alimentation et la feuille continue à se déformer.
Galerie ancienne et galerie active
| Critère | Mine active | Mine ancienne |
|---|---|---|
| Feuille | Jeune, tendre et encore en croissance | Durcie, totalement déployée ou vieillissante |
| Galerie | Translucide, brillante et récemment élargie | Sèche, brunie ou partiellement déchirée |
| Larve | Présente et mobile par transparence | Absente, morte ou déjà transformée |
| Extrémité | Progression fraîche ou loge récemment formée | Loge vide et ouverture de sortie possible |
| Décision | Inclure dans l’évaluation du foyer | Ne prouve pas une infestation encore active |
Comment reconnaître la larve de Phyllocnistis citrella ?
La chenille reste enfermée dans sa mine et ne ressemble pas aux chenilles défoliatrices ordinaires.
Elle est généralement :
- très petite ;
- aplatie ;
- translucide à jaune pâle ;
- dépourvue de pattes fonctionnelles visibles aux premiers stades ;
- orientée dans le sens de la galerie ;
- visible par transparence lorsqu’on place la feuille devant la lumière.
La larve consomme les cellules situées sous l’épiderme sans traverser toute l’épaisseur du limbe. La mine reste donc superficielle et prend un aspect argenté caractéristique.
Le dernier stade ne se nourrit plus
Après plusieurs stades alimentaires, la chenille forme un stade préparatoire à la nymphose. Elle cesse de creuser et gagne généralement l’extrémité de la galerie.
Le bord de la feuille est alors tiré et replié grâce à des fils de soie, formant une petite loge protégée.
Comment reconnaître la chrysalide ?
La nymphose se déroule généralement dans un repli situé au bord de la feuille.
La loge peut présenter :
- un bord foliaire légèrement replié ;
- une petite chambre ovale ;
- une coloration plus brune que la galerie ;
- une enveloppe nymphale visible par transparence ;
- une ouverture après la sortie de l’adulte.
Une chrysalide déjà enfermée dans sa loge est difficile à atteindre par un traitement de contact. Cette protection explique l’importance d’intervenir, lorsqu’une intervention est justifiée, avant que la majorité des individus aient terminé leur développement larvaire.
Comment reconnaître le papillon adulte ?
L’adulte est un papillon extrêmement petit, actif surtout au crépuscule et pendant la nuit.
Il possède généralement :
- un corps très fin ;
- une coloration blanc argenté ;
- des ailes étroites portant de fines marques brunâtres ;
- une petite tache sombre vers l’extrémité des ailes ;
- de longues franges sur les ailes ;
- des antennes fines ;
- une posture allongée lorsqu’il reste au repos.
Pendant la journée, les adultes se dissimulent dans le feuillage. Leur observation directe est donc moins facile que celle des galeries.
Cycle biologique de la mineuse des agrumes
Le cycle comprend :
- l’accouplement des adultes ;
- la ponte sur une feuille très jeune ;
- l’éclosion de l’œuf ;
- plusieurs stades larvaires creusant la mine ;
- un stade préparatoire ne s’alimentant plus ;
- la nymphose dans le bord replié de la feuille ;
- l’émergence d’un nouveau papillon.
La durée du cycle varie selon la température. Pendant les périodes chaudes et favorables, plusieurs générations peuvent se succéder au cours d’une même poussée végétative ou entre plusieurs poussées rapprochées.
Où la femelle pond-elle ?
La ponte est réalisée principalement :
- sur la face inférieure des feuilles ;
- près de la nervure médiane ;
- sur une feuille encore repliée ou en cours d’expansion ;
- sur une pousse offrant continuellement des tissus tendres.
Une feuille devenue dure et entièrement développée est beaucoup moins favorable à la ponte et au développement de la chenille.
Pourquoi les jeunes pousses sont-elles les seules réellement sensibles ?
La larve doit pouvoir se déplacer entre les couches superficielles de l’épiderme. Sur une feuille âgée :
- les tissus sont plus épais ;
- la cuticule est plus résistante ;
- le limbe est moins facilement déformable ;
- la chenille ne peut plus établir normalement sa mine.
La période de risque ne correspond donc pas à toute l’année de manière uniforme. Elle correspond surtout aux moments où l’arbre porte de nombreuses feuilles tendres.
Quels arbres sont les plus vulnérables ?
Plants de pépinière
Un plant de pépinière possède peu de feuilles. La destruction ou la déformation d’une seule poussée peut réduire fortement :
- la surface photosynthétique ;
- la vitesse de formation du scion ;
- le diamètre de la tige ;
- la qualité commerciale du plant ;
- la réussite du greffage ou de la formation.
Jeunes plantations
Les arbres nouvellement plantés doivent développer rapidement une charpente équilibrée. Des attaques répétées peuvent :
- ralentir l’allongement des rameaux ;
- déformer les branches de formation ;
- réduire le nombre de feuilles fonctionnelles ;
- retarder l’entrée en production ;
- favoriser une végétation irrégulière.
Arbres adultes
Un arbre adulte porte une masse foliaire importante. Une poussée estivale très minée peut avoir un aspect spectaculaire, mais les anciennes feuilles saines continuent généralement à assurer une grande partie de la photosynthèse.
La décision doit tenir compte :
- de l’âge de l’arbre ;
- de la proportion de feuillage jeune ;
- de la vigueur générale ;
- du nombre de poussées successives ;
- de la fonction des jeunes rameaux ;
- de la présence d’auxiliaires.
La mineuse attaque-t-elle les fruits ?
La mineuse des agrumes attaque principalement les feuilles tendres et, plus rarement, certains tissus jeunes des rameaux.
Elle ne doit pas être confondue avec :
- la cératite des agrumes, dont les larves se développent dans la pulpe ;
- Scirtothrips aurantii au Maroc, associé à des cicatrices superficielles sur les jeunes fruits ;
- des acariens responsables de roussissement ;
- des blessures mécaniques ;
- des maladies de l’écorce.
Une larve trouvée dans la pulpe d’une orange ou d’une mandarine n’est pas une mineuse des feuilles.
Mineuse ou autre galerie foliaire ?
| Observation | Mineuse des agrumes | Autre cause possible |
|---|---|---|
| Galerie très sinueuse et argentée | Très caractéristique | Rarement produite par une carence ou une maladie |
| Ligne sombre dans la galerie | Excréments de la larve | Absente dans une brûlure physiologique |
| Feuille enroulée autour d’une mine | Fréquent | Pucerons, thrips ou stress possibles sans galerie |
| Taches brunes sans galerie | Peu compatible seules | Phytotoxicité, maladie ou brûlure solaire |
| Trous traversant la feuille | Peu caractéristiques au début | Chenilles défoliatrices ou coléoptères |
Mineuse ou phytotoxicité ?
Une phytotoxicité pesticide peut déformer ou brûler les jeunes pousses.
Elle devient plus probable lorsque les symptômes :
- apparaissent après une application ;
- sont répartis selon les passages du matériel ;
- touchent plusieurs feuilles simultanément ;
- forment des brûlures sans galerie sinueuse ;
- sont plus sévères dans les chevauchements ;
- ne contiennent aucune larve ni ligne d’excréments.
La mineuse produit au contraire une galerie individuelle qui progresse au rythme du développement de la chenille.
Mineuse ou dégâts de thrips ?
Les thrips provoquent surtout :
- un argentement diffus ;
- des plages irrégulières ;
- de petites déjections noires dispersées ;
- des cicatrices superficielles ;
- une déformation des jeunes feuilles.
Ils ne creusent pas une galerie continue et sinueuse sous l’épiderme.
Quel lien avec les maladies bactériennes ?
Les mines et les déchirures peuvent créer des blessures dans le limbe. Dans les régions où certaines bactéries pathogènes des agrumes sont présentes, ces blessures peuvent faciliter l’infection ou augmenter la sévérité des symptômes.
Une galerie ne signifie cependant pas qu’une maladie bactérienne est installée.
Il faut rechercher séparément :
- des lésions liégeuses ou en relief ;
- un halo jaune ;
- des exsudats ;
- une extension indépendante du trajet de la mine ;
- des symptômes sur des feuilles sans mine.
Une analyse spécialisée est nécessaire lorsque des lésions inhabituelles apparaissent dans ou autour des galeries.
Quelle est la situation de la mineuse au Maroc ?
La mineuse a été détectée historiquement au Maroc en 1994, d’abord dans l’Oriental et au nord de Larache.
Les signalements historiques indiquent ensuite une progression vers :
- le Gharb ;
- le Tadla ;
- Marrakech ;
- le Souss ;
- les autres bassins agrumicoles.
À la fin de 1995, elle était signalée dans l’ensemble des régions agrumicoles. La base actuelle de l’OEPP classe le Maroc « présent, sans détail ».
Ces informations confirment une présence ancienne, mais ne permettent pas de déterminer la pression actuelle dans une exploitation précise. Celle-ci doit être mesurée directement sur les jeunes pousses.
Quelles conditions favorisent les attaques ?
La mineuse est favorisée par la combinaison de températures adaptées et d’une production continue de feuilles tendres.
Le risque augmente notamment avec :
- les périodes chaudes ;
- les poussées estivales et automnales ;
- les irrigations stimulant des pousses prolongées ;
- les apports azotés excessifs ou fractionnés sans maîtrise ;
- les tailles sévères produisant de nombreux gourmands ;
- les jeunes plantations très vigoureuses ;
- les plants de pépinière maintenus en croissance continue ;
- la proximité d’autres agrumes portant des pousses jeunes.
La chaleur seule ne suffit pas. Sans feuilles tendres disponibles, la femelle dispose de peu de sites favorables à la ponte.
Comment surveiller les jeunes pousses ?
Définir une poussée à contrôler
Une pousse pertinente pour le suivi porte des feuilles :
- encore souples ;
- vert clair ;
- partiellement déployées ;
- susceptibles de poursuivre leur croissance ;
- présentes à l’extrémité d’un rameau actif.
Construire un parcours représentatif
Inspectez :
- les bordures ;
- le centre du bloc ;
- les arbres proches d’une pépinière ;
- les secteurs très vigoureux ;
- les rangs récemment taillés ;
- les porte-greffes produisant des rejets ;
- les jeunes remplacements dans les parcelles adultes.
Compter les pousses et non seulement les feuilles
Sur chaque arbre sélectionné :
- choisissez plusieurs extrémités réparties autour de la couronne ;
- notez le nombre de pousses encore sensibles ;
- comptez les pousses portant au moins une mine active ;
- recherchez les larves vivantes ;
- notez les pupes et parasitoïdes ;
- calculez la proportion de pousses réellement attaquées.
Une pousse portant cinq vieilles feuilles déformées ne doit pas être interprétée de la même manière qu’une pousse tendre contenant plusieurs larves actives.
Existe-t-il un seuil universel d’intervention ?
Non. Certains programmes techniques utilisent une proportion de jeunes pousses attaquées, parfois autour de 25 %, mais ce chiffre dépend :
- du pays et du climat ;
- du protocole de comptage ;
- de l’âge du verger ;
- du nombre de feuilles par arbre ;
- du rythme des poussées ;
- du niveau de parasitisme ;
- de la destination des plants ;
- de l’efficacité attendue des mesures disponibles.
Un seuil provenant d’un bulletin tropical ou d’une pépinière ne doit pas être appliqué automatiquement à un verger marocain adulte.
Les pièges à phéromones sont-ils utiles ?
Des pièges spécifiques peuvent capturer les mâles et aider à suivre les périodes de vol.
Ils peuvent servir à :
- détecter le début d’une activité adulte ;
- comparer plusieurs parcelles ;
- suivre une tendance entre deux semaines ;
- rapprocher les captures de l’apparition des jeunes pousses ;
- mieux programmer les observations foliaires.
Ils présentent plusieurs limites :
- ils ne comptent pas les œufs ;
- ils ne mesurent pas directement les larves actives ;
- ils ne prouvent pas que les feuilles sensibles sont attaquées ;
- leur efficacité dépend de la composition de l’attractif ;
- les résultats obtenus avec différents modèles ne sont pas directement comparables.
Le piégeage doit donc compléter l’inspection des pousses, et non la remplacer.
Faut-il retirer les feuilles minées ?
Le retrait manuel peut être utile sur :
- quelques plants de pépinière ;
- un très jeune citronnier ;
- un arbre de collection ;
- un foyer très localisé comportant peu de feuilles.
Dans un verger, retirer toutes les feuilles minées peut devenir contre-productif :
- la main-d’œuvre devient excessive ;
- l’arbre perd davantage de surface foliaire ;
- les feuilles peuvent contenir des parasitoïdes ;
- les cicatrices anciennes n’hébergent plus nécessairement de larves ;
- la manipulation peut stimuler de nouvelles pousses sensibles.
Il faut cibler uniquement les situations où le retrait apporte un bénéfice supérieur à la perte de feuillage.
Maîtriser les gourmands et rejets de porte-greffe
Les gourmands produisent des feuilles tendres pendant une longue période et peuvent maintenir continuellement la mineuse.
Il est utile de :
- supprimer les rejets de porte-greffe ;
- retirer progressivement les gourmands inutiles ;
- conserver les pousses nécessaires à la formation ;
- éviter une taille sévère en pleine période favorable ;
- regrouper autant que possible les opérations de taille.
Une taille répétée arbre par arbre peut créer une succession continue de nouvelles pousses et prolonger la période de ponte dans toute la parcelle.
Fertilisation azotée et poussées sensibles
Un excès d’azote peut stimuler une végétation très tendre et prolongée.
Avant d’augmenter les apports, vérifiez :
- l’analyse foliaire ;
- l’âge de l’arbre ;
- la vigueur réelle ;
- le rendement attendu ;
- la quantité d’azote déjà apportée ;
- la qualité de l’eau ;
- le développement des rejets et gourmands.
L’objectif n’est pas d’affamer l’arbre, mais d’éviter une succession artificielle de pousses très tendres qui deviennent continuellement disponibles pour la mineuse.
Irrigation et croissance des jeunes feuilles
Une irrigation irrégulière peut provoquer une alternance entre stress et reprise végétative brutale.
Une conduite équilibrée consiste à :
- contrôler le débit des goutteurs ;
- adapter les apports au sol et au climat ;
- éviter les dessèchements sévères ;
- éviter la sur-irrigation stimulant une croissance excessive ;
- surveiller la salinité ;
- maintenir une croissance régulière des jeunes plantations.
Le stress hydrique volontaire n’est pas une méthode de lutte. Il affaiblit l’arbre et peut réduire sa capacité à remplacer le feuillage endommagé.
Auxiliaires et parasitoïdes de la mineuse
La mineuse est attaquée par différents parasitoïdes et prédateurs.
Les ennemis naturels peuvent agir sur :
- les œufs ;
- les jeunes larves ;
- les larves âgées ;
- la loge de nymphose ;
- les adultes exposés dans le feuillage.
Parmi les groupes associés à la mineuse dans différents systèmes agrumicoles figurent :
- des parasitoïdes du genre Cirrospilus ;
- des parasitoïdes du genre Pnigalio ;
- Semielacher petiolatus ;
- Citrostichus phyllocnistoides ;
- Ageniaspis citricola dans certains programmes internationaux ;
- des araignées et punaises prédatrices ;
- des fourmis et autres prédateurs généralistes selon le contexte.
Ne pas supposer qu’un auxiliaire est disponible ou établi au Maroc
Une espèce citée dans une étude étrangère n’est pas automatiquement présente, commercialisée ou autorisée pour un lâcher au Maroc.
Les introductions, achats et lâchers doivent être réalisés dans un cadre technique et réglementaire vérifié.
Comment reconnaître une larve parasitée ?
Les indices possibles comprennent :
- une larve immobile ou brunie dans la galerie ;
- une petite forme parasitoïde visible à proximité ;
- une loge contenant plusieurs individus selon l’espèce ;
- un orifice de sortie différent de celui du papillon ;
- une mine arrêtée avant son développement complet.
Ces indices doivent être interprétés avec prudence. Une larve morte par chaleur, déshydratation ou prédation peut avoir un aspect comparable.
L’élevage de feuilles minées dans une boîte aérée peut permettre d’observer si un papillon ou un parasitoïde émerge.
Pourquoi les traitements à large spectre peuvent-ils aggraver le problème ?
Une application non sélective peut éliminer :
- les parasitoïdes présents dans les mines ;
- les prédateurs généralistes ;
- les auxiliaires des cochenilles, pucerons et acariens ;
- les pollinisateurs exposés ;
- les arthropodes contribuant à l’équilibre du verger.
La mineuse peut ensuite recoloniser rapidement les nouvelles pousses alors que ses ennemis naturels se rétablissent plus lentement.
Une feuille minée doit donc être examinée avant de décider qu’elle ne contient que le ravageur.
Quand une intervention phytopharmaceutique peut-elle être envisagée ?
La décision doit intégrer :
- l’âge des arbres ;
- la fonction de la poussée attaquée ;
- la proportion de pousses encore sensibles ;
- la présence de larves vivantes ;
- la progression depuis le contrôle précédent ;
- le parasitisme observé ;
- la température prévue ;
- les produits déjà utilisés ;
- l’autorisation marocaine du produit commercial.
Une intervention devient plus facilement justifiable dans une pépinière ou une jeune plantation fortement attaquée que dans un verger adulte portant seulement quelques feuilles déformées.
Pourquoi les traitements tardifs échouent-ils ?
L’efficacité peut être faible lorsque :
- la larve est déjà profondément installée dans la mine ;
- la majorité des individus est en nymphose ;
- les feuilles sont déjà durcies ;
- le traitement est appliqué après la fin de la poussée ;
- la couverture des jeunes feuilles est insuffisante ;
- de nouvelles feuilles apparaissent après l’application ;
- les adultes immigrent depuis une parcelle voisine ;
- les parasitoïdes ont été détruits.
Une feuille déformée ne reprend pas sa forme après le traitement. L’efficacité doit être évaluée sur les nouvelles feuilles et les larves encore actives, et non sur la disparition des anciennes galeries.
Comment vérifier les produits autorisés au Maroc ?
Consultez l’Index phytosanitaire officiel de l’ONSSA.
Vérifiez simultanément :
- le nom commercial exact ;
- la culture « agrumes » ou l’espèce concernée ;
- l’usage contre la mineuse des agrumes ;
- la formulation ;
- la dose homologuée ;
- le stade et le mode d’application ;
- le nombre maximal d’applications ;
- le délai avant récolte ;
- le délai de rentrée ;
- les effets sur les auxiliaires et pollinisateurs ;
- la date de validité de l’autorisation.
Un usage proche n’est pas l’usage exact
Un produit autorisé contre une autre chenille, sur une autre culture ou dans un autre pays n’est pas automatiquement autorisé contre la mineuse des agrumes au Maroc.
L’Index contient les produits homologués indépendamment de leur disponibilité commerciale. En cas de doute, l’attestation d’homologation ou l’autorisation de vente en vigueur constitue la référence.
Résistance et groupes IRAC
Les générations rapprochées et les applications répétées peuvent sélectionner des populations moins sensibles.
Changer de marque commerciale ne signifie pas nécessairement changer de mode d’action.
La prévention de la résistance repose sur les principes suivants :
- identifier le groupe IRAC de chaque produit ;
- éviter les applications successives du même groupe ;
- respecter le nombre maximal d’interventions ;
- utiliser uniquement la dose homologuée ;
- cibler les périodes réellement sensibles ;
- conserver les parasitoïdes ;
- alterner avec des modes d’action réellement différents ;
- enregistrer l’efficacité obtenue.
Qualité de couverture des jeunes pousses
Lorsqu’une intervention autorisée est justifiée, la cible principale est constituée par les feuilles jeunes en cours d’expansion.
Avant de préparer le produit, vérifiez avec de l’eau propre :
- le calibrage du pulvérisateur agricole ;
- le débit de chaque buse de pulvérisation agricole ;
- la pression ;
- la vitesse d’avancement ;
- la couverture des extrémités de rameaux ;
- la face inférieure des jeunes feuilles ;
- les chevauchements ;
- le ruissellement ;
- la dérive vers les parcelles voisines.
Un volume excessif n’améliore pas automatiquement la pénétration sous l’épiderme et peut accroître le ruissellement et l’exposition des auxiliaires.
Protection des pépinières
Les pépinières exigent une surveillance renforcée parce que les plants produisent continuellement de nouvelles feuilles.
Les mesures prioritaires comprennent :
- inspecter chaque lot avant son introduction ;
- séparer les plants d’âges différents ;
- éviter la proximité immédiate d’un verger très infesté ;
- supprimer les rejets inutiles ;
- maintenir une fertilisation équilibrée ;
- installer des filets adaptés lorsque le système le permet ;
- contrôler plusieurs fois pendant chaque poussée ;
- conserver la traçabilité des lots ;
- isoler les plateaux ou rangs fortement atteints.
Protection des jeunes plantations
Dans les premières années :
- identifiez les rameaux destinés à former la charpente ;
- surveillez chaque nouvelle poussée ;
- évitez une taille répétée stimulant continuellement de nouveaux tissus ;
- maîtrisez les rejets du porte-greffe ;
- corrigez rapidement les goutteurs défectueux ;
- protégez les auxiliaires ;
- évaluez l’effet réel sur la croissance avant toute intervention.
La priorité est de préserver suffisamment de feuilles saines pour construire rapidement une couronne équilibrée.
Gestion des arbres adultes
Sur les arbres adultes, la stratégie vise surtout à :
- éviter les traitements systématiques ;
- préserver les parasitoïdes ;
- limiter les gourmands ;
- éviter les excès d’azote ;
- suivre les jeunes remplacements et les branches récemment rabattues ;
- différencier l’aspect visuel du risque économique réel.
Une attaque sur la poussée estivale d’un arbre adulte ne justifie pas automatiquement la même réponse qu’une attaque sur un scion de pépinière.
Plan de lutte intégrée en 12 leviers
- Inspecter les jeunes feuilles dès le début de chaque poussée.
- Distinguer les mines actives des anciennes cicatrices.
- Compter la proportion de pousses attaquées.
- Accorder la priorité aux pépinières et jeunes plantations.
- Supprimer les rejets de porte-greffe et gourmands inutiles.
- Éviter les tailles répétées produisant continuellement des feuilles tendres.
- Équilibrer la fertilisation azotée et l’irrigation.
- Rechercher les parasitoïdes avant toute intervention.
- Préserver les auxiliaires en évitant les traitements non sélectifs.
- Vérifier chaque produit commercial dans l’Index ONSSA.
- Alterner réellement les groupes IRAC lorsque plusieurs interventions sont autorisées.
- Évaluer le résultat sur les nouvelles pousses et non sur les feuilles déjà déformées.
Plan d’action selon la situation observée
| Situation | Actions prioritaires |
|---|---|
| Aucune jeune pousse | Aucune décision fondée sur les anciennes feuilles minées |
| Quelques mines anciennes | Vérifier l’absence de larves actives et maintenir la surveillance |
| Premiers œufs ou jeunes mines | Marquer la poussée, compter les pousses atteintes et rechercher les auxiliaires |
| Jeune plant fortement attaqué | Protéger les nouvelles feuilles selon un programme autorisé et corriger la conduite |
| Arbre adulte avec dégâts visuels | Évaluer la masse foliaire saine et éviter une intervention automatique |
| Forte présence de parasitoïdes | Préserver le contrôle biologique et éviter les produits incompatibles |
| Échec répété du programme | Vérifier le stade ciblé, la couverture, les groupes IRAC et la production continue de pousses |
Que faut-il inscrire dans le registre ?
Le suivi peut être intégré au registre de traitement phytosanitaire.
- parcelle, variété et porte-greffe ;
- âge des arbres ;
- date de début de la poussée ;
- nombre de pousses inspectées ;
- proportion de pousses portant une mine active ;
- présence d’œufs, larves et pupes ;
- présence de parasitoïdes ;
- date des tailles et apports azotés ;
- état de l’irrigation ;
- produit commercial éventuellement utilisé ;
- groupe IRAC ;
- dose, DAR et délai de rentrée ;
- résultat sur la poussée suivante.
Matériel utile pour la surveillance
- loupe de terrain ;
- plateau ou support blanc ;
- petits sachets de prélèvement ;
- boîtes aérées pour observer les émergences ;
- marqueurs de pousses ;
- compteur manuel ;
- appareil photographique ou smartphone macro ;
- pièges à phéromones lorsque le protocole le justifie ;
- fiche ou application de suivi ;
- matériel de contrôle des goutteurs.
Erreurs fréquentes face à la mineuse
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Traiter les feuilles anciennes | Intervention après la fin du cycle | Observer les jeunes feuilles actives |
| Attendre un enroulement généralisé | Détection trop tardive | Rechercher les premières mines fines |
| Appliquer le même seuil partout | Décision inadaptée à l’âge du verger | Adapter le seuil au système et au protocole |
| Retirer toutes les feuilles minées | Perte de feuillage et de parasitoïdes | Limiter le retrait aux situations très localisées |
| Stimuler continuellement les pousses | Ponte possible pendant une longue période | Maîtriser taille, azote et irrigation |
| Négliger les parasitoïdes | Destruction du contrôle biologique | Examiner les mines avant de traiter |
| Répéter le même groupe IRAC | Sélection de résistance | Alterner réellement les modes d’action |
| Évaluer l’efficacité sur les galeries existantes | Fausse conclusion d’échec | Contrôler les nouvelles feuilles et larves vivantes |
Questions fréquentes sur la mineuse des agrumes
Comment commence une attaque de mineuse ?
Elle commence par un œuf déposé sur une feuille très jeune. Après l’éclosion, la larve pénètre sous l’épiderme et crée une galerie fine et brillante.
Pourquoi les feuilles s’enroulent-elles ?
Les tissus détruits dans la galerie ne grandissent pas comme les tissus sains. Cette croissance inégale déforme progressivement le limbe.
La mineuse attaque-t-elle les oranges ?
Elle attaque principalement les jeunes feuilles. Une larve trouvée dans la pulpe d’un agrume correspond à un autre ravageur, notamment une mouche des fruits.
Les galeries anciennes contiennent-elles encore une larve ?
Pas nécessairement. La larve peut avoir terminé son développement, être morte, avoir été parasitée ou avoir donné naissance à un papillon.
Faut-il traiter tous les arbres adultes ?
Non. Sur un arbre adulte vigoureux, l’effet économique peut rester limité. La décision dépend de la proportion de jeunes pousses actives atteintes et de la présence d’auxiliaires.
Pourquoi les jeunes citronniers sont-ils plus sensibles ?
Ils possèdent moins de feuilles et dépendent fortement de chaque poussée pour construire leur charpente. Une attaque répétée peut ralentir leur formation.
Les pièges à phéromones suffisent-ils ?
Non. Ils suivent surtout les vols des mâles. Il faut examiner directement les jeunes feuilles pour rechercher les œufs et larves.
Peut-on enlever les feuilles minées à la main ?
Oui sur quelques jeunes plants ou un arbre isolé. Dans un verger, le retrait systématique peut éliminer trop de feuillage et détruire les parasitoïdes.
Quel auxiliaire contrôle la mineuse ?
Plusieurs parasitoïdes sont associés à la mineuse. Leur présence et leur disponibilité doivent être vérifiées localement avant tout lâcher.
Pourquoi une pulvérisation peut-elle échouer ?
La larve est protégée dans la feuille, la nymphe se trouve dans une loge repliée et les feuilles déjà déformées ne peuvent pas retrouver leur forme.
Comment réduire naturellement les attaques ?
Surveillez les poussées, maîtrisez les gourmands, équilibrez l’azote et l’irrigation et préservez les parasitoïdes présents.
Quand vérifier l’Index ONSSA ?
Avant chaque achat ou application, car les usages, doses, délais et autorisations peuvent évoluer.
Mineuse des agrumes : protéger la poussée avant son durcissement
La mineuse des agrumes ne peut se multiplier efficacement que lorsque l’arbre produit des feuilles jeunes et tendres.
La surveillance doit donc commencer au début de la poussée, avant que les galeries s’élargissent et que les feuilles deviennent fortement enroulées.
Les pépinières, les jeunes plantations et les branches de formation exigent une protection prioritaire. Dans un verger adulte, l’aspect visuel des dégâts doit être distingué du risque économique réel.
La maîtrise de la taille, des gourmands, de l’azote et de l’irrigation réduit la continuité des tissus sensibles. La conservation des parasitoïdes permet ensuite de limiter naturellement une partie des générations.
Lorsqu’une intervention devient nécessaire, le produit commercial doit être autorisé sur agrumes au Maroc, ciblé sur les jeunes pousses et intégré à une véritable alternance des groupes IRAC.
Une feuille déjà enroulée est un signal tardif
Commencez l’observation dès l’apparition des premières feuilles vert clair et recherchez les mines actives avant la formation de la loge de nymphose.
Reconnaître la mineuse Consulter sa distribution Vérifier les produits autorisés
Sources officielles et techniques
- OEPP — Distribution mondiale de Phyllocnistis citrella
- OEPP — Historique de la mineuse des agrumes au Maroc et en Méditerranée
- INRAE — Symptômes, biologie et protection de la mineuse des agrumes
- University of Florida — Biologie et gestion intégrée de la mineuse
- ONSSA — Index phytosanitaire officiel du Maroc


