Œil de paon de l’olivier : au Maroc, cette maladie foliaire peut provoquer des taches circulaires concentriques, un jaunissement puis une chute prématurée des feuilles. Lorsque les attaques se répètent, l’olivier perd une partie de sa surface photosynthétique, produit des pousses plus courtes et peut présenter une floraison, une nouaison et une production moins régulières.

La maladie est provoquée par Venturia oleaginea, également connue sous les anciens noms Fusicladium oleagineum, Spilocaea oleagina et Cycloconium oleaginum. Ces différentes appellations désignent le même agent pathogène et ne doivent pas être interprétées comme plusieurs maladies distinctes.
Le diagnostic visuel est relativement facile lorsque les anneaux caractéristiques sont bien développés. Il devient plus délicat devant des lésions jeunes, des feuilles déjà jaunies ou des infections latentes encore invisibles. La cercosporiose, certaines phytotoxicités, la fumagine, des carences et des brûlures peuvent également provoquer des décolorations du feuillage.
La prévention raisonnée repose principalement sur la surveillance des feuilles, l’aération de la frondaison, la limitation de la durée d’humectation, une fertilisation équilibrée et le positionnement précis des interventions avant ou au début des périodes infectieuses. Un traitement appliqué après une défoliation importante ne restaure pas les feuilles déjà tombées.
Ce guide complète notre méthode de diagnostic phytosanitaire, notre article sur le calibrage du pulvérisateur agricole, notre guide sur les buses de pulvérisation agricole et la page centrale consacrée aux traitements phytosanitaires au Maroc.
Conduite immédiate devant des taches circulaires
Prélevez des feuilles récemment atteintes dans la partie basse et intérieure de la frondaison. Comparez-les à des feuilles saines du même arbre et recherchez les anneaux concentriques, le halo jaune et l’éventuel aspect brun velouté de la zone centrale.
Ne concluez pas uniquement d’après une feuille tombée ou une photographie. Examinez plusieurs arbres, la répartition des symptômes et les conditions d’humidité du verger.
Œil de paon de l’olivier : quels symptômes faut-il reconnaître ?
Les symptômes apparaissent principalement sur les feuilles, beaucoup plus rarement sur les jeunes pousses, les pétioles, les pédoncules, les inflorescences ou les olives.
Les principaux signes d’alerte sont :
- une petite tache circulaire vert brun sur la face supérieure de la feuille ;
- des anneaux concentriques vert olive, gris ou brun foncé ;
- un halo jaune autour de la lésion ;
- un centre brunâtre parfois légèrement velouté ;
- plusieurs taches qui fusionnent sur une même feuille ;
- un jaunissement progressif du limbe ;
- une chute prématurée des feuilles ;
- une défoliation plus marquée dans la partie basse et ombragée de l’arbre ;
- des rameaux affaiblis après plusieurs attaques successives.
Pourquoi appelle-t-on cette maladie « œil de paon » ?
Une lésion typique évolue en plusieurs zones colorées disposées autour d’un centre commun.
Elle peut présenter :
- un centre gris brun ou brun noirâtre ;
- un anneau intermédiaire vert olive ;
- une zone périphérique plus claire ;
- un halo jaune sur le tissu encore vivant.
Cette succession rappelle l’ocelle coloré d’une plume de paon. Toutes les lésions ne présentent cependant pas simultanément des anneaux aussi nets.
Une tache très jeune peut être presque uniforme et se confondre avec la couleur naturelle de la feuille. Une tache ancienne exposée à la chaleur estivale peut devenir blanchâtre, sèche ou craquelée.
Aspect des premières lésions foliaires
Les premières taches sont généralement :
- circulaires ;
- de quelques millimètres ;
- vert sombre à brun verdâtre ;
- peu contrastées ;
- situées sur la face supérieure ;
- plus fréquentes sur les feuilles restant longtemps humides.
Lorsque le champignon sporule, le centre de la lésion peut prendre un aspect brun olive légèrement velouté. Cette zone porte les structures qui produisent les conidies responsables de nouvelles contaminations.
Évolution des taches concentriques
Les lésions peuvent atteindre approximativement 2 à 10 millimètres de diamètre.
Au cours de leur développement :
- une petite zone vert brun apparaît ;
- la tache s’élargit progressivement ;
- plusieurs anneaux concentriques deviennent visibles ;
- un halo jaune entoure la lésion ;
- la feuille devient partiellement chlorotique ;
- le pétiole et le limbe vieillissent prématurément ;
- la feuille finit par tomber.
Plusieurs taches peuvent se rejoindre et former une plage irrégulière plus étendue, rendant la forme classique en œil moins reconnaissable.
Symptômes au revers des feuilles
La face inférieure est naturellement couverte de poils écailleux donnant à la feuille une couleur argentée. Cette structure masque une partie des symptômes.
On peut parfois observer :
- une strie brun foncé le long de la nervure principale ;
- une décoloration diffuse ;
- une correspondance avec une lésion visible sur la face supérieure ;
- un dessèchement localisé du tissu.
Le diagnostic doit donc privilégier l’observation simultanée des deux faces, mais la face supérieure reste généralement la plus informative.
Défoliation provoquée par l’œil de paon
Le champignon perturbe les cellules proches des lésions et accélère le vieillissement de la feuille.
La défoliation commence souvent :
- dans les parties basses de la frondaison ;
- à l’intérieur des arbres très denses ;
- sur les branches restant longtemps à l’ombre ;
- dans les secteurs exposés au brouillard ou aux rosées ;
- après plusieurs épisodes pluvieux.
La chute des feuilles peut donner une impression trompeuse d’amélioration : l’arbre semble ne plus porter de taches simplement parce que les feuilles les plus atteintes sont déjà tombées.
Conséquences d’attaques répétées
Une défoliation importante ou récurrente peut entraîner :
- une réduction de la photosynthèse ;
- des pousses plus courtes ;
- un affaiblissement des rameaux ;
- une diminution de la longueur des inflorescences ;
- une nouaison moins régulière ;
- un calibre plus faible ;
- un dessèchement de rameaux déjà affaiblis ;
- une alternance de production plus marquée.
Symptômes possibles sur les fruits et les pédoncules
Les attaques sur les olives sont beaucoup moins fréquentes que les symptômes foliaires.
Lors de périodes particulièrement humides, les fruits peuvent présenter :
- de petites taches brunes ;
- un aspect légèrement velouté ;
- un halo rougeâtre ou violacé ;
- une déformation localisée ;
- un ralentissement de la croissance du tissu atteint.
Une atteinte du pédoncule ou du pédicelle peut contribuer à la chute précoce de certains fruits. Ces lésions doivent être distinguées de l’anthracnose, des blessures de mouche, des frottements et des dégâts liés à la grêle.
Cycle de Venturia oleaginea
Le champignon se conserve surtout dans les feuilles infectées qui restent attachées à l’olivier.
Il peut y persister :
- dans des taches visibles ;
- dans des lésions anciennes ;
- sous forme d’infection latente sans symptôme apparent ;
- pendant la période chaude et sèche ;
- pendant un hiver doux.
Les conidies constituent la principale source des nouvelles contaminations.
Production et dispersion des conidies
Lorsque la température et l’humidité deviennent favorables :
- le champignon produit des conidies sur les lésions actives ;
- la pluie détache et disperse les conidies ;
- les gouttes contaminent les feuilles voisines ;
- un film d’eau permet la germination ;
- le champignon pénètre la cuticule ;
- une nouvelle infection commence ;
- les symptômes apparaissent après une période de latence variable.
La pluie constitue le principal moyen de dispersion à l’intérieur du verger. Le vent seul est moins efficace, mais il peut transporter des gouttelettes ou des débris portant des conidies.
Température et durée d’humectation
L’infection exige la présence d’eau libre sur la feuille.
Les conditions généralement favorables comprennent :
- une température approximativement comprise entre 3 et 25 °C ;
- un optimum de germination voisin de 16 à 21 °C ;
- une rosée persistante ;
- un brouillard ;
- une pluie fine ou répétée ;
- une humidité continue pendant plusieurs heures ;
- un séchage lent dans une frondaison dense.
Dans des conditions proches de l’optimum, la germination peut commencer après environ six heures d’humectation. Une température moins favorable nécessite généralement une durée de mouillage plus longue.
La température seule ne suffit donc pas à estimer le risque. Il faut considérer simultanément :
- la pluie ;
- la rosée ;
- la durée d’humectation des feuilles ;
- la température moyenne pendant le mouillage ;
- la vitesse de séchage de la frondaison ;
- la présence de lésions sporulantes.
Quelles sont les périodes les plus risquées au Maroc ?
Dans les conditions méditerranéennes, les principales infections se produisent généralement :
- à partir des premières pluies d’automne ;
- pendant les périodes douces et humides de l’hiver ;
- au printemps lorsque les pluies coïncident avec de jeunes feuilles ;
- après des épisodes répétés de brouillard ou de rosée.
Les étés chauds et secs ralentissent généralement le développement visible. Le champignon peut cependant rester latent dans les tissus et redevenir actif lorsque les conditions humides reviennent.
Un calendrier fixe identique pour toutes les régions marocaines serait donc imprécis. Le risque diffère entre :
- les zones côtières humides ;
- les plaines intérieures ;
- les oliveraies de montagne ;
- les versants ombragés ;
- les parcelles soumises au brouillard ;
- les systèmes irrigués et les oliveraies pluviales.
Pourquoi certaines parcelles sont-elles plus touchées ?
La maladie est souvent plus sévère dans :
- les fonds de vallée ;
- les parcelles peu aérées ;
- les versants recevant peu de soleil ;
- les plantations très serrées ;
- les arbres à frondaison dense ;
- les zones proches d’un cours d’eau ;
- les oliveraies soumises à des rosées fréquentes ;
- les secteurs où l’irrigation mouille le feuillage.
Une étude menée dans les régions du Gharb et d’Ouazzane a notamment montré que les conditions géographiques, l’humidité, l’exposition et certaines pratiques culturales influençaient l’importance de la maladie.
Sensibilité de la Picholine marocaine
La sensibilité variétale constitue un facteur important, mais les classements ne sont pas parfaitement identiques d’une étude à l’autre.
La Picholine marocaine est fréquemment considérée comme sensible à l’œil de paon. Dans une étude conduite en 2021 sur une collection de vingt cultivars au Maroc, elle a été classée parmi les cultivars modérément sensibles dans les conditions précises de l’essai.
Cette nuance rappelle que l’expression de la maladie dépend :
- de l’identité génétique réelle de la variété ;
- du climat ;
- de l’âge des feuilles ;
- de la population locale du champignon ;
- de la conduite du verger ;
- du niveau initial d’inoculum.
Le choix d’une variété uniquement d’après un tableau international n’est donc pas suffisant. Il faut également vérifier son adaptation au sol, au climat, à la destination des olives et aux autres risques phytosanitaires.
Comment distinguer l’œil de paon de la cercosporiose ?
La cercosporiose de l’olivier, souvent associée à Pseudocercospora cladosporioides, peut provoquer une défoliation comparable.
| Critère | Œil de paon | Cercosporiose |
|---|---|---|
| Face supérieure | Taches circulaires et anneaux concentriques | Jaunissement ou plages diffuses moins concentriques |
| Face inférieure | Symptômes souvent discrets, parfois strie sombre sur la nervure | Dépôt gris plomb à noirâtre plus caractéristique |
| Forme | Cercles rappelant un œil | Coloration plus irrégulière et diffuse |
| Confirmation | Conidies et analyse de Venturia oleaginea | Observation ou détection de Pseudocercospora |
Les deux maladies peuvent être présentes simultanément. Une analyse devient utile lorsque les symptômes ne sont pas typiques ou lorsque les interventions précédentes ont échoué.
Œil de paon ou fumagine ?
La fumagine forme une couche noire superficielle se développant sur le miellat produit par les cochenilles, les psylles, les pucerons ou les aleurodes.
Elle se distingue généralement parce que :
- le dépôt se trouve à la surface ;
- il peut être partiellement essuyé ;
- la feuille peut rester verte dessous ;
- des insectes producteurs de miellat sont présents ;
- des fourmis circulent dans la frondaison.
Les lésions de l’œil de paon font partie du tissu foliaire et ne disparaissent pas lorsque la feuille est frottée.
Œil de paon ou phytotoxicité ?
Une phytotoxicité pesticide peut provoquer des taches brunes, jaunes ou blanchâtres.
Elle devient plus probable lorsque les symptômes :
- apparaissent peu après une application ;
- sont répartis sur une face exposée à la pulvérisation ;
- suivent les passages et les chevauchements ;
- touchent de nombreux arbres simultanément ;
- présentent des coulures ou des bordures anguleuses ;
- ne produisent pas d’anneaux concentriques évolutifs.
Une phytotoxicité peut toutefois être plus sévère sur des feuilles déjà fragilisées par une maladie. L’historique précis des applications doit donc être conservé.
Œil de paon ou carence nutritionnelle ?
Une carence provoque généralement un motif lié aux nervures et à l’âge des feuilles.
Elle peut entraîner :
- une chlorose internervaire ;
- un jaunissement uniforme ;
- une décoloration symétrique ;
- une atteinte préférentielle des feuilles jeunes ou anciennes ;
- une absence de centre brun sporulant.
Les anneaux concentriques bien délimités orientent davantage vers l’œil de paon. Une analyse foliaire reste utile lorsque maladie et déséquilibre nutritionnel coexistent.
Comment rechercher les infections latentes ?
Une feuille peut être infectée sans présenter encore de tache visible.
Cette situation est fréquente :
- pendant la période chaude et sèche ;
- peu après une contamination ;
- lorsque la température ralentit l’expression des symptômes ;
- sur de jeunes feuilles encore apparemment saines.
Des laboratoires peuvent utiliser :
- l’observation après traitement chimique révélateur ;
- la microscopie ;
- l’isolement du champignon ;
- une méthode moléculaire comme la PCR ou la qPCR.
Précaution concernant le test à la soude
Certains protocoles historiques immergent les feuilles dans une solution d’hydroxyde de sodium ou de potassium afin de révéler des taches latentes.
Ces produits sont fortement caustiques. Ce test doit être réalisé uniquement par une personne formée, avec un protocole de laboratoire, les protections adaptées et une gestion correcte des déchets.
Comment réaliser un prélèvement fiable ?
Prélevez de préférence :
- des feuilles portant des lésions jeunes ;
- des feuilles avec anneaux bien développés ;
- des feuilles apparemment saines proches du foyer ;
- plusieurs rameaux et arbres ;
- des échantillons séparés selon la parcelle et la variété.
Zones à échantillonner
Incluez :
- la partie basse de la frondaison ;
- l’intérieur du couvert ;
- la face exposée aux vents humides ;
- les zones ombragées ;
- les arbres proches d’un ancien foyer ;
- une zone apparemment saine comme comparaison.
Informations à joindre
- variété ;
- âge du verger ;
- densité de plantation ;
- date des premiers symptômes ;
- pluviométrie ou épisode humide récent ;
- irrigation utilisée ;
- taille et fertilisation ;
- traitements précédents ;
- évolution de la défoliation.
Comment surveiller le verger ?
La surveillance doit commencer avant que l’arbre soit fortement défolié.
Définir un parcours permanent
Inspectez régulièrement :
- les bordures ;
- les zones basses ;
- les parties proches d’un cours d’eau ;
- les versants ombragés ;
- les arbres à frondaison dense ;
- les parcelles historiquement touchées ;
- plusieurs variétés lorsqu’elles sont présentes.
Observer plusieurs hauteurs
Sur chaque arbre retenu, examinez :
- des feuilles basses ;
- des feuilles à l’intérieur de la frondaison ;
- des feuilles intermédiaires ;
- les nouvelles pousses ;
- quelques pédoncules et fruits.
Le simple examen des feuilles les plus accessibles à l’extérieur du couvert peut sous-estimer fortement l’infection.
Noter les résultats
Enregistrez :
- le nombre d’arbres observés ;
- le nombre d’arbres symptomatiques ;
- la proportion de feuilles atteintes ;
- le nombre moyen de taches par feuille ;
- la défoliation ;
- la variété ;
- les pluies et durées d’humectation ;
- les traitements déjà réalisés.
Existe-t-il un seuil universel de traitement ?
Il n’existe pas de seuil unique applicable à toutes les oliveraies marocaines.
La décision dépend :
- de la proportion de feuilles infectées ;
- des infections latentes ;
- de la sensibilité variétale ;
- de la défoliation déjà observée ;
- des prévisions de pluie ;
- de la température ;
- de la durée d’humectation attendue ;
- du stade phénologique ;
- de l’historique de la parcelle ;
- du produit autorisé et de sa persistance.
Un seuil issu d’un autre pays doit être utilisé avec prudence lorsque la méthode de comptage, le climat ou les variétés sont différents.
Taille et aération de la frondaison
Une taille équilibrée réduit la durée d’humectation et améliore la pénétration de la lumière et de l’air.
Elle doit permettre :
- d’ouvrir raisonnablement le centre de l’arbre ;
- de supprimer les rameaux qui se croisent ;
- de retirer le bois mort ;
- de limiter une densité excessive de gourmands ;
- d’améliorer la répartition du feuillage ;
- de faciliter l’observation et la couverture des feuilles.
Une taille trop sévère peut provoquer une forte émission de pousses tendres, déséquilibrer l’arbre et réduire sa production. La stratégie doit donc rester progressive.
Densité de plantation et conduite du verger
Une forte densité peut augmenter :
- l’ombrage ;
- la stagnation de l’air ;
- la durée de la rosée ;
- la difficulté de séchage ;
- les contacts entre frondaisons ;
- la difficulté d’obtenir une couverture homogène.
Dans un verger déjà installé, la correction peut associer taille, gestion de la hauteur, suppression progressive de certains rameaux et entretien des passages d’air.
Irrigation et mouillage du feuillage
Une irrigation localisée correctement réglée limite davantage le mouillage des feuilles qu’une aspersion sur frondaison.
Pour réduire le risque :
- évitez l’aspersion nocturne prolongée ;
- réparez les asperseurs mal orientés ;
- limitez les projections sur les branches basses ;
- programmez l’irrigation afin que le feuillage sèche rapidement ;
- contrôlez les fuites ;
- adaptez l’apport aux besoins réels du sol et de l’arbre.
L’irrigation au sol ne supprime pas le risque lié aux pluies, au brouillard et à la rosée, mais elle évite d’ajouter inutilement des heures d’humectation.
Fertilisation azotée et sensibilité
Une fertilisation azotée excessive peut favoriser :
- une végétation très dense ;
- des pousses tendres ;
- un ombrage interne ;
- un séchage plus lent ;
- une sensibilité accrue à plusieurs maladies.
La fertilisation doit être fondée sur :
- l’analyse du sol ;
- l’analyse foliaire ;
- la vigueur ;
- la charge de l’arbre ;
- l’eau disponible ;
- les exportations de la récolte.
Augmenter l’azote pour compenser un feuillage perdu peut aggraver le déséquilibre si les conditions restent favorables au champignon.
Que faire des feuilles et rameaux atteints ?
La principale source de conidies se trouve dans les feuilles infectées encore attachées à l’arbre.
La taille sanitaire peut donc retirer :
- les rameaux très défoliés ;
- les parties mortes ;
- les branches fortement ombragées ;
- les repousses inutiles densifiant le couvert.
Les résidus fortement infectés doivent être gérés selon les possibilités de l’exploitation sans être déplacés vers une parcelle saine.
Il n’est pas conseillé d’arracher massivement toutes les feuilles tachées à la main. Cette opération est difficile, coûteuse et peut affaiblir davantage l’arbre.
Quand une protection phytopharmaceutique peut-elle être envisagée ?
La protection est principalement préventive. Elle doit être positionnée en fonction :
- de l’inoculum présent ;
- des pluies annoncées ;
- des températures favorables ;
- de la durée probable d’humectation ;
- de l’apparition de nouvelles feuilles ;
- de la sensibilité variétale ;
- de l’historique du verger.
Une application trop tardive ne supprime pas les lésions déjà installées et ne remet pas en place les feuilles tombées.
Produits à base de cuivre : quelles précautions ?
Les produits cupriques ont historiquement occupé une place importante dans la protection contre l’œil de paon dans les pays oléicoles.
Leur utilisation doit néanmoins intégrer :
- le produit commercial autorisé au Maroc ;
- la dose maximale ;
- le nombre d’applications ;
- le délai avant récolte ;
- la sensibilité de la variété ;
- le risque de phytotoxicité ;
- l’accumulation possible du cuivre dans le sol ;
- les conditions météorologiques ;
- la qualité de couverture.
La présence du mot « cuivre » dans une composition ne suffit pas à autoriser un usage sur olivier contre l’œil de paon.
Comment vérifier les produits autorisés au Maroc ?
Consultez l’Index phytosanitaire officiel de l’ONSSA.
Effectuez une recherche multicritère et contrôlez :
- le nom commercial exact ;
- la culture « olivier » ;
- l’usage contre l’œil de paon ou la maladie indiquée ;
- la matière active et la formulation ;
- la dose homologuée ;
- le mode d’application ;
- le nombre maximal de traitements ;
- le délai avant récolte ;
- le délai de rentrée ;
- la validité de l’autorisation.
Vérification dynamique obligatoire
L’Index ONSSA contient les produits homologués au Maroc, indépendamment de leur disponibilité commerciale.
En cas de doute, seules l’attestation d’homologation ou l’autorisation de vente en vigueur font foi pour le produit commercial exact.
Alternance des modes d’action
Lorsqu’un programme comporte plusieurs interventions, il faut identifier le groupe FRAC de chaque produit.
Une stratégie responsable consiste à :
- ne pas confondre marque commerciale et mode d’action ;
- respecter le nombre maximal d’applications ;
- alterner réellement les groupes lorsque cela est possible ;
- ne pas réduire arbitrairement la dose ;
- ne pas dépasser la dose homologuée ;
- associer la protection chimique aux mesures culturales ;
- évaluer le résultat après chaque période à risque.
Une efficacité insuffisante ne prouve pas automatiquement une résistance. Elle peut résulter d’un mauvais positionnement, d’une pluie lessivante, d’une couverture incomplète ou d’une infection déjà installée.
Qualité de pulvérisation dans l’oliveraie
La protection doit atteindre :
- la face supérieure des feuilles ;
- les feuilles basses ;
- l’intérieur de la frondaison ;
- les rameaux porteurs ;
- les zones historiquement les plus touchées.
Avant toute préparation, contrôlez avec de l’eau propre :
- le calibrage du pulvérisateur agricole ;
- le débit de chaque buse de pulvérisation agricole ;
- la pression ;
- la vitesse d’avancement ;
- la pénétration dans le couvert ;
- la régularité entre les deux côtés du rang ;
- le risque de ruissellement ;
- la dérive hors de la parcelle.
Un volume excessif provoque des pertes par ruissellement. Un volume insuffisant laisse les feuilles internes et basses sans protection.
Prévisions météorologiques et positionnement
Avant une intervention, vérifiez :
- la probabilité et la quantité de pluie ;
- la durée prévue de l’épisode humide ;
- la température pendant la pluie ;
- le vent ;
- le délai de séchage nécessaire ;
- la résistance au lessivage indiquée sur l’étiquette ;
- les restrictions liées aux fortes chaleurs.
Un traitement réalisé trop tôt peut perdre sa protection avant la période critique. Un traitement réalisé après une longue infection peut ne plus empêcher l’installation du champignon.
Biocontrôle et solutions alternatives
Des recherches évaluent :
- des micro-organismes antagonistes ;
- des extraits végétaux ;
- des stimulateurs de défense ;
- des biostimulants ;
- des formulations réduisant les quantités de cuivre.
Les résultats expérimentaux ne doivent pas être généralisés à tous les produits commerciaux.
L’efficacité dépend :
- de la souche ou substance exacte ;
- de la formulation ;
- du moment d’application ;
- de la pression de maladie ;
- de la durée d’humectation ;
- de la compatibilité avec les autres produits ;
- de l’autorisation au Maroc.
Une préparation artisanale non standardisée ne doit pas être présentée comme un remplacement démontré d’un programme de prévention validé.
Plan de prévention raisonnée en 12 leviers
- Choisir, lors d’une nouvelle plantation, des variétés adaptées et moins sensibles lorsque cela est compatible avec le projet.
- Inspecter les plants avant leur introduction dans le verger.
- Surveiller les feuilles basses et internes avant les premières pluies.
- Cartographier les secteurs historiquement atteints.
- Tailler progressivement pour aérer la frondaison.
- Éviter une densité végétative excessive.
- Limiter les excès d’azote.
- Éviter les irrigations qui prolongent le mouillage du feuillage.
- Suivre la pluie, la température et la durée d’humectation.
- Vérifier chaque produit commercial dans l’Index ONSSA.
- Calibrer le pulvérisateur et atteindre l’intérieur de la frondaison.
- Enregistrer les interventions et évaluer la défoliation lors des contrôles suivants.
Plan d’action selon la situation observée
| Situation | Actions prioritaires |
|---|---|
| Aucune tache, parcelle sans historique | Maintenir la surveillance avant et après les épisodes pluvieux |
| Quelques taches concentriques | Marquer les arbres, inspecter l’intérieur du couvert et confirmer le diagnostic |
| Forte défoliation sans taches nombreuses | Rechercher les feuilles tombées, les infections latentes et la cercosporiose |
| Pluie annoncée et lésions actives | Évaluer le risque et positionner uniquement une protection autorisée et justifiée |
| Frondaison très dense | Programmer une taille progressive améliorant lumière, séchage et couverture |
| Symptômes après une pulvérisation | Comparer avec l’historique, les chevauchements et une éventuelle phytotoxicité |
| Échec répété de la protection | Vérifier le diagnostic, les périodes d’infection, le calibrage, le lessivage et les groupes FRAC |
Que faut-il inscrire dans le registre ?
Le suivi peut être intégré au registre de traitement phytosanitaire.
- parcelle et variété ;
- date de l’observation ;
- nombre d’arbres inspectés ;
- proportion d’arbres symptomatiques ;
- proportion de feuilles atteintes ;
- niveau de défoliation ;
- position des symptômes dans le couvert ;
- pluie et durée d’humectation ;
- taille et fertilisation récentes ;
- produit commercial éventuellement utilisé ;
- dose et volume ;
- groupe FRAC ;
- délai avant récolte ;
- délai de rentrée ;
- résultat du contrôle suivant.
Matériel utile pour la surveillance
- loupe de terrain ;
- sachets de prélèvement ;
- marqueurs de foyers ;
- fiche ou application de comptage ;
- pluviomètre ;
- capteur de température et d’humidité ;
- capteur d’humectation foliaire lorsque disponible ;
- plan du verger ;
- matériel propre de prélèvement ;
- équipements de protection exigés pour toute intervention.
Erreurs fréquentes face à l’œil de paon
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Observer uniquement l’extérieur de l’arbre | Sous-estimation des foyers internes | Inspecter les feuilles basses et ombragées |
| Considérer un arbre défolié comme guéri | Inoculum latent non détecté | Évaluer la chute des feuilles et les infections restantes |
| Confondre œil de paon et cercosporiose | Programme mal adapté | Comparer les deux faces et faire analyser les cas atypiques |
| Traiter selon une date fixe | Intervention déconnectée du risque climatique | Suivre pluie, température et humectation |
| Utiliser trop d’azote | Couvert dense et séchage lent | Raisonner la fertilisation par analyses |
| Appliquer un produit cuprique par forte chaleur | Risque de brûlures ou de marquage | Respecter l’étiquette et les conditions climatiques |
| Négliger l’intérieur du couvert pendant la pulvérisation | Feuilles les plus exposées au risque non protégées | Vérifier la pénétration avec de l’eau propre |
| Utiliser une recommandation étrangère sans vérification | Usage non homologué au Maroc | Contrôler le produit commercial exact dans l’Index ONSSA |
Questions fréquentes sur l’œil de paon de l’olivier
Comment commence l’œil de paon sur une feuille ?
Il commence généralement par une petite tache circulaire vert brun sur la face supérieure. Des anneaux concentriques et un halo jaune apparaissent ensuite.
La maladie atteint-elle surtout les feuilles ?
Oui. Les feuilles constituent l’organe principalement atteint. Les symptômes sur les pousses, pédoncules, inflorescences et fruits sont beaucoup plus rares.
Pourquoi les feuilles tombent-elles ?
Le champignon provoque une chlorose et accélère le vieillissement des tissus. Le pétiole et le limbe perdent leur fonctionnement normal, puis la feuille tombe.
Une feuille sans tache peut-elle être infectée ?
Oui. Le champignon peut rester latent pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, notamment lorsque le temps devient chaud et sec.
À quelle température le risque est-il le plus élevé ?
La germination est généralement optimale autour de 16 à 21 °C, mais une infection reste possible dans une plage plus large lorsque les feuilles restent mouillées.
La pluie est-elle indispensable ?
Une eau libre est indispensable à la germination. Elle peut provenir de la pluie, du brouillard, de la rosée ou d’une irrigation qui mouille le feuillage.
La chaleur estivale détruit-elle le champignon ?
Non. Elle ralentit généralement son activité visible, mais des infections latentes peuvent rester dans les feuilles et reprendre après le retour de l’humidité.
La Picholine marocaine est-elle sensible ?
Elle est généralement considérée comme sensible ou modérément sensible selon les études et les conditions. La conduite du verger et le climat influencent fortement l’expression de la maladie.
Faut-il enlever toutes les feuilles tachées ?
Non. Une élimination manuelle massive n’est pas réaliste et peut affaiblir l’arbre. Une taille raisonnée doit surtout aérer le couvert et supprimer le bois inutile ou très affaibli.
Peut-on traiter après l’apparition des taches ?
Une intervention peut protéger les tissus encore sains selon le produit autorisé, mais elle ne fait pas disparaître les lésions existantes et ne restaure pas les feuilles tombées.
Le cuivre est-il toujours autorisé ?
Il faut vérifier le produit commercial exact et son autorisation en vigueur dans l’Index ONSSA. Toutes les formulations ou tous les usages ne sont pas interchangeables.
Comment réduire durablement la maladie ?
Associez surveillance climatique, taille équilibrée, fertilisation raisonnée, réduction de l’humectation et protection précisément positionnée lorsque le risque le justifie.
Œil de paon de l’olivier : prévenir avant la défoliation
L’œil de paon de l’olivier est souvent sous-estimé parce que les feuilles les plus atteintes tombent et que les infections peuvent rester latentes pendant les périodes sèches.
Les taches concentriques et le halo jaune constituent les symptômes les plus caractéristiques, mais les premiers stades sont beaucoup plus discrets. La surveillance doit donc cibler la partie basse et intérieure de la frondaison avant et après les périodes pluvieuses.
La réduction durable du risque repose sur une frondaison aérée, une fertilisation équilibrée, une irrigation qui ne prolonge pas le mouillage des feuilles et l’utilisation de données météorologiques locales.
Lorsqu’une protection phytopharmaceutique devient nécessaire, elle doit être préventive ou très précoce, autorisée sur olivier au Maroc, appliquée avec un matériel correctement calibré et enregistrée avec son groupe FRAC.
Cette stratégie permet de protéger les nouvelles feuilles et la future production sans multiplier les interventions systématiques.
Ne pas attendre que la partie basse de l’olivier soit défoliée
Examinez les feuilles internes avant les pluies d’automne et de printemps, puis adaptez la prévention au risque réellement observé.
Comprendre l’œil de paon Consulter l’étude marocaine Vérifier les produits autorisés


