Pucerons des céréales au Maroc : dégâts, viroses et auxiliaires

Pucerons des céréales : au Maroc, ces petits insectes piqueurs-suceurs peuvent coloniser le blé tendre, le blé dur, l’orge, l’avoine, le triticale, le maïs et différentes graminées. Leur importance ne dépend pas seulement du nombre d’insectes observés. Une faible population arrivée tôt peut transmettre une virose, tandis que les dégâts directs sur les feuilles ou les épis exigent généralement des colonies plus importantes.

Les espèces fréquemment signalées sur les céréales marocaines comprennent notamment Rhopalosiphum padi, Schizaphis graminum, Sitobion avenae, Rhopalosiphum maidis et Diuraphis noxia, appelé puceron russe du blé. Leur position sur la plante, leur couleur, leurs cornicules et les symptômes qu’elles provoquent permettent d’orienter le diagnostic.

Les pucerons prélèvent la sève du phloème. Ils peuvent ralentir la croissance, affaiblir les talles, réduire le remplissage des grains et produire du miellat. Certaines espèces injectent également une salive provoquant des chloroses, des stries blanchâtres, des déformations ou un enroulement des feuilles.

Le principal risque indirect est la transmission des virus responsables de la jaunisse nanisante des céréales, souvent regroupés sous les appellations BYDV et CYDV. Une plante infectée ne peut pas être guérie par un insecticide : l’intervention contre les pucerons protège uniquement les plantes encore indemnes lorsqu’elle est réellement justifiée et suffisamment précoce.

La décision doit donc associer l’identification de l’espèce, le stade de la culture, le nombre de plantes colonisées, la présence d’ailés, le risque de virose et surtout l’activité des auxiliaires.

Ce guide complète notre méthode de diagnostic phytosanitaire, notre article sur la rouille jaune du blé, notre dossier sur le calibrage du pulvérisateur agricole et la page centrale consacrée aux traitements phytosanitaires au Maroc.

Conduite immédiate devant une colonie de pucerons

Ne décidez pas d’un traitement après l’observation d’une seule plante. Identifiez l’étage foliaire ou l’épi colonisé, comptez les pucerons sur plusieurs points de la parcelle et recherchez les auxiliaires : momies parasitées, coccinelles, larves de syrphes, chrysopes et araignées.

Sur une jeune céréale, recherchez également des foyers de plantes jaunes ou rabougries pouvant évoquer une jaunisse virale. Sur une culture proche de l’épiaison, contrôlez en priorité les feuilles supérieures et les épis.

Pucerons des céréales : quelles espèces et quels dégâts surveiller ?

Les pucerons possèdent généralement :

  • un corps mou mesurant quelques millimètres ;
  • de longues antennes ;
  • six pattes fines ;
  • deux cornicules situées à l’arrière de l’abdomen ;
  • un rostre piqueur leur permettant d’atteindre le phloème ;
  • des formes aptères et des formes ailées.

Les femelles peuvent se multiplier rapidement sans accouplement lorsque les conditions sont favorables. Elles donnent naissance directement à de jeunes larves. Plusieurs générations peuvent ainsi se succéder pendant la même campagne.

Lorsque la colonie devient dense, que la plante vieillit ou que ses conditions se dégradent, des individus ailés apparaissent et colonisent de nouvelles plantes ou de nouvelles parcelles.

Les principales espèces à reconnaître au Maroc

EspècePosition fréquentePrincipaux indicesRisque dominant
Rhopalosiphum padiBase des plantes, gaines et feuilles, surtout en début de cycleCorps olive à brun verdâtre, plage rouille près des corniculesTransmission des virus de la jaunisse nanisante
Sitobion avenaeFeuilles supérieures, tiges et épisVert ou brun, antennes longues, cornicules longues et sombresPrélèvement de sève pendant le remplissage et transmission virale
Schizaphis graminumFace inférieure des feuillesVert pâle avec ligne dorsale plus sombreChloroses et nécroses liées à la salive, plus transmission virale
Diuraphis noxiaÀ l’intérieur des feuilles enrouléesVert grisâtre, corps allongé, cornicules très courtes, aspect de double queueStries blanches, feuilles enroulées et épi emprisonné
Rhopalosiphum maidisGaines et feuilles, surtout sur maïs et autres graminéesCorps bleu-vert à vert foncé et appendices sombresDégâts directs et transmission de certains virus

Rhopalosiphum padi : un vecteur important des viroses

Rhopalosiphum padi, souvent appelé puceron du merisier à grappes et de l’avoine, colonise de nombreuses céréales et graminées.

Il se reconnaît notamment à :

  • un corps arrondi ou légèrement ovale ;
  • une coloration olive, vert sombre ou brunâtre ;
  • une zone rouge brun ou rouille à l’arrière de l’abdomen ;
  • des cornicules relativement courtes ;
  • des colonies souvent situées près des gaines ou de la base des plantes.

Il peut passer inaperçu lorsque les observations se limitent aux épis. Il faut écarter délicatement les feuilles et inspecter les gaines, les talles et la base des jeunes plantes.

Son importance tient particulièrement à sa capacité de transmettre différents virus de la jaunisse nanisante. Une petite population précoce peut donc représenter un risque supérieur à une colonie tardive apparaissant près de la maturité.

Sitobion avenae : le puceron des feuilles supérieures et des épis

Sitobion avenae est généralement plus allongé que Rhopalosiphum padi.

Les adultes peuvent être :

  • verts ;
  • vert jaunâtre ;
  • brun rougeâtre ;
  • munis de longues antennes sombres ;
  • porteurs de longues cornicules noires ou très foncées.

Les colonies migrent fréquemment vers les feuilles supérieures puis vers l’épi.

Une forte infestation pendant le remplissage peut provoquer :

  • une réduction de la surface foliaire fonctionnelle ;
  • un prélèvement continu d’assimilats ;
  • une production de miellat ;
  • un remplissage moins régulier des grains ;
  • un affaiblissement de l’épi ;
  • une transmission de virus à des plantes encore sensibles.

Quelques individus isolés sur des épis ne justifient pas automatiquement une intervention, surtout lorsque des coccinelles, des larves de syrphes et des pucerons parasités sont déjà présents.

Schizaphis graminum : reconnaître les lésions dues à la salive

Schizaphis graminum, souvent appelé puceron vert des graminées, est généralement vert pâle avec une ligne longitudinale plus sombre sur le dos.

Il se nourrit souvent sur la face inférieure de la feuille.

Ses piqûres peuvent provoquer :

  • une petite zone jaune autour de la colonie ;
  • une décoloration qui s’étend progressivement ;
  • une coloration jaune orangé ou rougeâtre selon la céréale ;
  • un dessèchement partiel du limbe ;
  • une mort de la feuille lors d’une forte infestation ;
  • un ralentissement de la croissance des jeunes plantes.

Le symptôme peut être confondu avec une carence ou une brûlure. La présence des pucerons au centre de la zone décolorée permet d’orienter le diagnostic.

Diuraphis noxia : le puceron russe du blé

Le puceron russe possède un corps vert grisâtre, allongé et relativement étroit.

Ses principaux caractères sont :

  • des cornicules très courtes et peu visibles ;
  • une projection située au-dessus de la cauda, donnant un aspect de double queue ;
  • une préférence pour les zones abritées ;
  • des colonies cachées à l’intérieur des feuilles enroulées ;
  • une production limitée de miellat visible.

Ses piqûres peuvent provoquer :

  • des stries longitudinales blanches ou jaunâtres ;
  • un enroulement serré du limbe ;
  • une protection de la colonie à l’intérieur de la feuille ;
  • une déformation des feuilles supérieures ;
  • un épi emprisonné qui ne sort pas correctement ;
  • une croissance fortement réduite sur les jeunes plantes.

La simple pulvérisation de la surface externe atteint difficilement des colonies profondément protégées dans les feuilles enroulées.

Dégâts directs provoqués par les pucerons

Les pucerons introduisent leur rostre dans les tissus jusqu’aux vaisseaux du phloème.

Une population importante peut provoquer :

  • une diminution de la vigueur ;
  • des talles moins développées ;
  • une réduction de la croissance racinaire ;
  • des feuilles pâles ou desséchées ;
  • un ralentissement de l’épiaison ;
  • un remplissage incomplet des grains ;
  • un poids de mille grains plus faible ;
  • une production de miellat sur les feuilles et les épis.

Le risque dépend fortement du stade. Une colonie sur de très jeunes plantes peut limiter le tallage, tandis qu’une infestation sur les épis concerne davantage le remplissage des grains.

Pourquoi faut-il séparer dégâts directs et risque de virose ?

Les dégâts directs augmentent généralement avec le nombre de pucerons et la durée de leur alimentation.

Le risque viral fonctionne différemment :

  • un puceron doit avoir acquis le virus sur une plante infectée ;
  • il peut ensuite inoculer une plante saine en se nourrissant ;
  • une faible population virulifère peut suffire à initier un foyer ;
  • une infection précoce est souvent plus dommageable qu’une infection tardive ;
  • la plante reste infectée après le départ ou la mort du puceron.

Une parcelle peut donc présenter peu de pucerons au moment où les symptômes viraux deviennent visibles. Les insectes responsables de la contamination peuvent déjà avoir quitté les plantes.

Jaunisse nanisante des céréales : quels symptômes reconnaître ?

Les virus de la jaunisse nanisante sont souvent désignés sous les sigles BYDV et CYDV. Ils infectent différentes céréales et graminées.

Les symptômes dépendent de :

  • l’espèce céréalière ;
  • la variété ;
  • le virus ou l’isolat ;
  • l’âge de la plante lors de l’infection ;
  • la température ;
  • la nutrition de la culture ;
  • les stress hydriques associés.

Les principaux signes sont :

  • des plantes regroupées en foyers irréguliers ;
  • un nanisme ;
  • des feuilles rigides et plus dressées ;
  • un jaunissement partant souvent de l’extrémité ;
  • un rougissement ou une coloration pourpre sur certains blés ou avoines ;
  • un tallage faible ou désordonné ;
  • un épiaison retardée ;
  • des épis petits ou partiellement stériles ;
  • des racines moins développées.

Symptômes sur l’orge

L’orge présente fréquemment :

  • un jaunissement jaune vif ou doré ;
  • des plantes rabougries ;
  • des feuilles plus rigides ;
  • des foyers qui s’élargissent progressivement ;
  • une épiaison irrégulière.

Symptômes sur le blé

Le blé peut présenter :

  • un jaunissement de l’extrémité des feuilles ;
  • une coloration rougeâtre ou violacée selon la variété ;
  • un nanisme plus ou moins marqué ;
  • des plantes dispersées ou regroupées en foyers ;
  • un nombre réduit de talles fertiles.

Symptômes sur l’avoine

L’avoine peut développer une coloration rouge, pourpre ou orangée très marquée, accompagnée d’un nanisme.

La couleur seule ne permet toutefois pas d’identifier le virus.

Le virus est-il transmis par la semence ou par contact ?

La transmission épidémiologiquement importante des virus de la jaunisse nanisante repose sur les pucerons vecteurs.

Le virus :

  • est acquis lors de l’alimentation sur une plante infectée ;
  • traverse l’organisme du puceron ;
  • est ensuite transmis lors d’une nouvelle alimentation ;
  • n’est pas disséminé comme une maladie fongique par les éclaboussures ;
  • n’est pas transmis simplement en touchant deux feuilles ;
  • n’est généralement pas considéré comme une maladie transmise par la semence.

Le nettoyage du matériel reste utile pour d’autres organismes, mais il ne constitue pas le levier central contre cette virose.

Pucerons ou rouille jaune du blé ?

La rouille jaune du blé produit des pustules jaunes poudreuses alignées entre les nervures.

CritèrePucerons ou viroseRouille jaune
Présence d’insectesPucerons vivants, exuvies ou momies possiblesAbsence de colonie liée aux lésions
ReliefJaunissement généralement lissePustules en relief libérant une poudre jaune
DispositionFoyers de plantes jaunes, rouges ou rabougriesStries sur les feuilles
ConfirmationIdentification du puceron et analyse du virusObservation des spores ou analyse mycologique

Virose ou carence en azote ?

Une carence en azote provoque souvent un jaunissement relativement homogène, particulièrement sur les feuilles anciennes.

Une virose devient plus probable lorsque :

  • les plantes jaunes forment de petits foyers ;
  • certaines plantes restent nettement plus petites que leurs voisines ;
  • les feuilles deviennent rigides et dressées ;
  • la couleur rouge ou pourpre apparaît sur certaines variétés ;
  • des pucerons ailés ou des colonies ont été observés auparavant ;
  • une fertilisation correcte ne fait pas disparaître le symptôme.

Les deux situations peuvent coexister. Une analyse foliaire et un test viral peuvent être nécessaires.

Puceron russe ou virose ?

Le puceron russe provoque directement des stries blanchâtres et un enroulement des feuilles.

Il faut rechercher :

  • des pucerons cachés à l’intérieur du limbe ;
  • une feuille enroulée longitudinalement ;
  • des stries blanches parallèles aux nervures ;
  • un épi qui reste emprisonné ;
  • une déformation concentrée sur les plantes colonisées.

Une jaunisse virale produit davantage un nanisme et une décoloration générale sans colonie obligatoirement visible.

Comment surveiller les pucerons dans une parcelle ?

Commencer tôt

La surveillance doit débuter sur les jeunes céréales, surtout lorsque :

  • le temps reste doux ;
  • des repousses de céréales sont présentes ;
  • des graminées voisines portent des pucerons ;
  • le semis est précoce ;
  • des vols d’ailés sont signalés ;
  • la parcelle possède un historique de jaunisse nanisante.

Utiliser un parcours représentatif

Parcourez la parcelle en diagonale ou en forme de W.

Incluez :

  • les bordures ;
  • le centre ;
  • les zones abritées du vent ;
  • les secteurs proches des repousses ;
  • les parties plus denses ;
  • les zones froides ou humides ;
  • les différentes variétés.

Examiner la plante entière

Selon le stade, contrôlez :

  • la base des talles ;
  • les gaines ;
  • les faces inférieures des feuilles ;
  • les feuilles enroulées ;
  • les feuilles supérieures ;
  • les tiges ;
  • les épis et les barbes.

Une observation limitée au sommet du couvert sous-estime notamment Rhopalosiphum padi.

Comment compter les pucerons ?

Choisissez plusieurs points répartis dans la parcelle et examinez un nombre identique de plantes à chaque point.

Pour chaque plante, notez :

  • l’espèce ou le groupe probable ;
  • le nombre d’aptères ;
  • le nombre d’ailés ;
  • l’organe colonisé ;
  • la présence de jeunes larves ;
  • la présence d’exuvies blanches ;
  • les symptômes directs ;
  • les momies parasitées ;
  • les prédateurs présents.

Lorsque le comptage précis devient difficile, utilisez des classes stables, par exemple :

  • aucun puceron ;
  • individus isolés ;
  • petite colonie ;
  • colonie importante ;
  • organe largement recouvert.

La même méthode doit être réutilisée lors de chaque visite afin de suivre la progression.

À quoi servent les pièges jaunes ?

Les cuvettes jaunes ou plaques engluées peuvent signaler l’arrivée de pucerons ailés.

Elles permettent :

  • de comparer les périodes de vol ;
  • de repérer une augmentation des arrivées ;
  • de comparer plusieurs secteurs ;
  • d’orienter les dates de visite.

Elles ne remplacent pas le contrôle des plantes, car :

  • elles capturent aussi des insectes non vecteurs ;
  • elles ne précisent pas si les pucerons portent un virus ;
  • le nombre capturé ne correspond pas directement au nombre de colonies ;
  • certaines espèces sont difficiles à identifier sur une plaque.

Le calendrier historique du Saïs est-il encore applicable ?

Une étude ancienne conduite dans le Saïs observait l’arrivée des ailés autour de la deuxième semaine de février et une disparition des populations vers la mi-mai.

Cette donnée doit rester contextualisée :

  • elle concernait une région précise ;
  • elle correspondait aux années étudiées ;
  • les dates de semis ont évolué ;
  • les variétés et systèmes de culture ont changé ;
  • le climat d’une campagne peut avancer ou retarder les vols ;
  • les régions côtières, intérieures et d’altitude ne suivent pas le même calendrier.

La décision actuelle doit reposer sur les observations de la campagne en cours.

Existe-t-il un seuil universel d’intervention ?

Il n’existe pas de seuil unique applicable à toutes les céréales et à toutes les régions marocaines.

La décision dépend notamment :

  • de l’espèce de puceron ;
  • du risque de virose ;
  • du stade de la culture ;
  • de la proportion de plantes colonisées ;
  • du nombre de pucerons par plante ou par épi ;
  • de la présence d’ailés et de jeunes larves ;
  • de la vitesse d’augmentation ;
  • de la présence des auxiliaires ;
  • du potentiel de rendement ;
  • de la météo attendue ;
  • du délai avant récolte.

Un seuil étranger exprimé en nombre de pucerons par épi ne doit pas être repris automatiquement sans vérifier son contexte, sa méthode de comptage et le risque viral local.

Les auxiliaires des pucerons dans les céréales

Les parcelles de céréales abritent plusieurs groupes d’ennemis naturels capables de ralentir ou d’arrêter une pullulation.

Les principaux auxiliaires sont :

  • les parasitoïdes aphidiinés ;
  • les coccinelles adultes et leurs larves ;
  • les larves de syrphes ;
  • les larves de chrysopes ;
  • les araignées ;
  • les carabes et autres prédateurs du sol ;
  • certaines punaises prédatrices ;
  • des champignons entomopathogènes en conditions humides.

Reconnaître un puceron parasité

Une femelle parasitoïde pond un œuf à l’intérieur du puceron. La larve se développe dans son hôte, qui finit par mourir et se transformer en momie.

Une momie est généralement :

  • gonflée ;
  • immobile ;
  • beige, dorée ou brunâtre ;
  • fixée sur la feuille ;
  • plus ronde qu’un puceron vivant.

Après l’émergence, un petit trou circulaire peut être visible sur le dos de la momie.

Les travaux réalisés dans le Saïs ont notamment signalé :

  • Aphidius ervi ;
  • Aphidius matricariae ;
  • Aphidius rhopalosiphi ;
  • Praon volucre.

Une forte proportion de momies et la présence de nouveaux parasitoïdes indiquent qu’une régulation biologique est en cours.

Coccinelles : adultes, œufs et larves

La coccinelle à sept points, Coccinella septempunctata, a été observée comme auxiliaire des pucerons du blé dans les études marocaines du Saïs.

Il faut reconnaître ses différents stades :

  • œufs jaunes ou orangés disposés en petits groupes ;
  • larve allongée, sombre, avec des marques orangées ;
  • nymphe immobile fixée sur une feuille ;
  • adulte rouge portant sept points noirs.

Les larves sont d’importantes prédatrices. Elles ne doivent pas être confondues avec des ravageurs en raison de leur aspect allongé et épineux.

Larves de syrphes

Les adultes de syrphes ressemblent parfois à de petites abeilles, mais ils ne possèdent qu’une paire d’ailes et peuvent rester presque immobiles en vol.

Leurs larves :

  • sont dépourvues de pattes visibles ;
  • possèdent un corps effilé ;
  • peuvent être vertes, brunes ou translucides ;
  • saisissent les pucerons et aspirent leur contenu ;
  • se déplacent au milieu des colonies.

Une larve de syrphe dans une petite colonie peut éliminer de nombreux pucerons avant d’achever son développement.

Chrysopes, araignées et prédateurs du sol

Les larves de chrysopes possèdent de longues mandibules recourbées et consomment les pucerons.

Les araignées et carabes interviennent surtout en capturant :

  • des pucerons ailés arrivant dans la parcelle ;
  • des individus tombés au sol ;
  • des pucerons se déplaçant entre les plantes ;
  • différents autres ravageurs.

Ils peuvent exercer une action importante avant même que les colonies deviennent visibles.

Pourquoi attendre avant de traiter une petite colonie ?

Les auxiliaires arrivent parfois quelques jours après l’installation des pucerons.

Avant une intervention, vérifiez :

  • si la population augmente réellement ;
  • si des jeunes larves apparaissent ;
  • si des coccinelles pondent dans le foyer ;
  • si des momies sont présentes ;
  • si des larves de syrphes ou de chrysopes consomment les pucerons ;
  • si la météo risque de ralentir naturellement la population ;
  • si la culture reste à un stade sensible.

Une application non sélective peut tuer les prédateurs et parasitoïdes, puis favoriser une reprise des pucerons lorsque la persistance du produit diminue.

Comment préserver les auxiliaires ?

La conservation des auxiliaires repose sur plusieurs pratiques :

  • éviter les traitements sans comptage préalable ;
  • choisir, lorsqu’une intervention est nécessaire, le produit autorisé présentant le profil le plus compatible avec les auxiliaires ;
  • respecter strictement la dose ;
  • éviter les mélanges non justifiés ;
  • limiter la dérive sur les bordures et les habitats voisins ;
  • conserver une végétation diversifiée maîtrisée autour des parcelles ;
  • éviter la destruction inutile des plantes florales servant de ressources aux adultes ;
  • évaluer la population après l’application.

La conservation d’une bordure ne signifie pas laisser des repousses de céréales infectées par des virus. Il faut distinguer les habitats des auxiliaires des réservoirs sanitaires dangereux.

Gérer les repousses et le pont vert

Les repousses de céréales et certaines graminées peuvent héberger :

  • des pucerons entre deux campagnes ;
  • des virus de la jaunisse nanisante ;
  • des colonies servant de source aux ailés ;
  • d’autres ravageurs et maladies.

Avant le semis, il est utile de :

  • repérer les repousses dans la parcelle ;
  • contrôler les bordures et zones humides ;
  • interrompre suffisamment tôt ce pont végétal ;
  • éviter de maintenir une céréale volontaire jusqu’à la levée de la nouvelle culture ;
  • surveiller les graminées voisines sans détruire toute biodiversité de manière indiscriminée.

Date de semis et risque de virose

Un semis très précoce peut exposer les jeunes plantes plus longtemps aux vols de pucerons lorsque les températures restent douces.

Le raisonnement doit toutefois prendre en compte :

  • la région ;
  • la disponibilité en eau ;
  • les premières pluies ;
  • la variété ;
  • le risque de sécheresse terminale ;
  • les recommandations céréalières régionales ;
  • les observations de vols de la campagne.

Retarder systématiquement le semis uniquement pour les pucerons peut exposer la culture à d’autres risques agronomiques.

Densité et fertilisation azotée

Une culture très dense et fortement fertilisée en azote peut produire des tissus tendres favorables à la multiplication des pucerons.

Une fertilisation raisonnée doit reposer sur :

  • l’analyse du sol ;
  • le précédent cultural ;
  • la pluviométrie ;
  • la densité du peuplement ;
  • le potentiel de rendement ;
  • l’état réel de la culture.

Un excès d’azote ne compense pas les dommages d’une virose et peut prolonger la disponibilité de tissus favorables aux colonies.

Variétés résistantes ou tolérantes

La résistance peut concerner :

  • la multiplication d’une espèce de puceron ;
  • les dégâts de salive du puceron russe ;
  • la tolérance aux virus de la jaunisse nanisante ;
  • la capacité de la plante à maintenir sa production malgré l’infection.

Une variété résistante au puceron russe n’est pas nécessairement résistante à Sitobion avenae ou au BYDV.

Le choix variétal doit vérifier :

  • la résistance actuellement observée ;
  • l’adaptation régionale ;
  • la précocité ;
  • la qualité technologique ;
  • la résistance aux rouilles et autres maladies ;
  • la disponibilité de semences certifiées.

Quand envisager une intervention aphicide ?

Une intervention peut être évaluée lorsque plusieurs éléments convergent :

  • l’espèce nuisible est correctement identifiée ;
  • la population augmente entre deux visites ;
  • une proportion importante de plantes ou d’épis est colonisée ;
  • la culture se trouve encore à un stade sensible ;
  • les dégâts directs deviennent visibles ;
  • le risque de transmission virale reste pertinent ;
  • les auxiliaires sont absents ou insuffisants ;
  • le potentiel de rendement justifie l’intervention ;
  • un produit est autorisé pour la culture et l’usage exacts.

Un traitement ne doit pas être décidé seulement parce qu’un puceron ailé a été capturé dans une cuvette.

Pourquoi une intervention tardive ne guérit-elle pas la virose ?

Une fois le virus introduit dans la plante :

  • il se multiplie dans les tissus ;
  • il se déplace dans le système vasculaire ;
  • la plante reste infectée ;
  • un insecticide ne l’élimine pas ;
  • les symptômes peuvent apparaître plusieurs semaines après la contamination.

L’intervention éventuelle vise uniquement à réduire de nouvelles inoculations et doit être évaluée selon le stade, la propagation et la présence de plantes encore indemnes.

Comment vérifier les produits autorisés au Maroc ?

Consultez l’Index phytosanitaire officiel de l’ONSSA.

La recherche doit vérifier :

  • le nom commercial exact ;
  • la culture : blé, orge, avoine, triticale ou autre céréale ;
  • l’usage contre les pucerons ou l’espèce indiquée ;
  • la formulation ;
  • la dose homologuée ;
  • le stade et le mode d’application ;
  • le nombre maximal d’interventions ;
  • le délai avant récolte ;
  • le délai de rentrée ;
  • les protections de l’opérateur ;
  • les restrictions relatives aux abeilles et auxiliaires ;
  • la validité de l’autorisation.

Homologation et disponibilité commerciale

L’Index ONSSA recense les produits pesticides homologués au Maroc, qu’ils soient actuellement commercialisés ou non.

En cas de doute, seules l’attestation d’homologation ou l’autorisation de vente en vigueur font foi pour le produit commercial exact.

Alterner les groupes IRAC

Lorsqu’une ou plusieurs applications deviennent nécessaires, identifiez le groupe IRAC du produit.

Une gestion responsable consiste à :

  • ne pas confondre changement de marque et changement de mode d’action ;
  • respecter le nombre maximal d’applications ;
  • alterner les groupes autorisés lorsque plusieurs interventions sont nécessaires ;
  • ne pas diminuer arbitrairement la dose ;
  • ne pas dépasser la dose homologuée ;
  • limiter les applications prophylactiques ;
  • évaluer l’efficacité et la survie des auxiliaires après intervention.

Une baisse d’efficacité peut provenir d’une résistance, mais également d’une mauvaise couverture, d’une colonie cachée, d’une nouvelle arrivée d’ailés ou d’une erreur d’identification.

Calibrage de la pulvérisation

Avant la préparation d’un produit, vérifiez avec de l’eau propre :

Pour le puceron russe, une couverture superficielle peut être insuffisante lorsque les colonies restent profondément abritées dans les feuilles enroulées.

Protection de l’opérateur

L’opérateur doit porter l’équipement de protection contre les pesticides prescrit par l’étiquette.

Il peut notamment comprendre :

  • des gants adaptés ;
  • une combinaison ou un vêtement de protection ;
  • des chaussures ou bottes fermées ;
  • une protection des yeux ;
  • une protection respiratoire lorsqu’elle est exigée ;
  • un équipement réservé à la préparation de la bouillie.

Respectez également le délai de rentrée et empêchez les personnes non protégées d’accéder à la parcelle.

Plan de lutte intégrée en 12 leviers

  1. Utiliser des semences certifiées et des variétés adaptées aux risques régionaux.
  2. Éliminer suffisamment tôt les repousses de céréales constituant un pont vert.
  3. Raisonner la date et la densité de semis.
  4. Éviter les excès de fertilisation azotée.
  5. Commencer la surveillance dès les jeunes stades.
  6. Identifier l’espèce et l’organe réellement colonisé.
  7. Distinguer les dégâts directs du risque de virose.
  8. Compter les pucerons sur plusieurs points représentatifs.
  9. Rechercher systématiquement les momies, coccinelles, syrphes et chrysopes.
  10. Ne pas importer mécaniquement un seuil utilisé dans un autre pays.
  11. Vérifier tout produit commercial dans l’Index ONSSA et son groupe IRAC.
  12. Contrôler l’évolution de la population et les auxiliaires après chaque décision.

Plan d’action selon la situation observée

SituationActions prioritaires
Quelques ailés sur jeunes plantesRenforcer les visites, rechercher les premières larves et suivre le risque viral
Petites colonies avec nombreux auxiliairesDifférer l’intervention et contrôler l’évolution quelques jours plus tard
Feuilles blanches et enrouléesOuvrir délicatement les feuilles et rechercher le puceron russe
Foyers de plantes jaunes et rabougriesRechercher les pucerons, cartographier et faire confirmer la virose
Colonies en augmentation sur feuilles supérieuresÉvaluer le stade, le potentiel, les auxiliaires, la météo et le produit autorisé
Pucerons isolés sur culture proche de la maturitéVérifier le bénéfice réel et le délai avant récolte avant toute intervention
Reprise après traitementVérifier l’espèce, le calibrage, le groupe IRAC, la réinfestation et les auxiliaires détruits

Que faut-il inscrire dans le registre ?

Le suivi peut être intégré au registre de traitement phytosanitaire.

  • parcelle et céréale cultivée ;
  • variété et origine des semences ;
  • date de semis ;
  • stade de la culture ;
  • date de l’observation ;
  • espèce de puceron probable ;
  • nombre de points et de plantes examinés ;
  • proportion de plantes colonisées ;
  • nombre de pucerons par plante ou par épi ;
  • aptères, ailés et jeunes larves ;
  • symptômes directs ;
  • foyers de jaunisse ou de nanisme ;
  • nombre de momies et d’auxiliaires ;
  • produit éventuellement appliqué ;
  • dose, volume, groupe IRAC et délai avant récolte ;
  • résultat du contrôle suivant.

Matériel utile pour la surveillance

  • loupe de terrain ;
  • plateau ou support blanc ;
  • fiche de comptage ;
  • cuvette jaune utilisée comme outil complémentaire ;
  • sachets ou tubes de prélèvement ;
  • pinceau fin pour collecter les pucerons ;
  • marqueurs de foyers ;
  • application ou plan de parcelle ;
  • appareil photographique ou téléphone ;
  • guide d’identification des espèces et auxiliaires.

Erreurs fréquentes face aux pucerons des céréales

ErreurConséquenceCorrection
Observer uniquement les épisColonies basales ou cachées non détectéesExaminer la plante entière
Traiter après la découverte d’un seul puceronDestruction inutile des auxiliairesRéaliser un comptage représentatif
Ignorer les momies parasitéesSous-estimation de la régulation biologiqueCompter séparément pucerons vivants et momies
Confondre jaunissement et virose confirméeFausse attribution à un virusComparer avec carences, racines, froid et excès d’eau
Croire qu’un insecticide guérit les plantes infectéesFausse attente et traitement tardifDistinguer lutte contre le vecteur et maladie virale
Confondre larve de coccinelle et ravageurDestruction d’un prédateurApprendre à reconnaître tous les stades des auxiliaires
Utiliser un seuil étranger sans adaptationDécision inadaptée au MarocIntégrer stade, espèce, virose, auxiliaires et potentiel
Changer uniquement de marque commercialeRépétition du même mode d’actionVérifier le groupe IRAC

Questions fréquentes sur les pucerons des céréales

Quels sont les principaux pucerons du blé au Maroc ?

Les travaux marocains citent notamment Rhopalosiphum padi, Schizaphis graminum, Sitobion avenae et Diuraphis noxia. Leur fréquence varie selon la région, la céréale, l’altitude et la campagne.

Comment reconnaître un puceron sur une céréale ?

Il s’agit d’un petit insecte mou muni de longues antennes, d’un rostre et généralement de deux cornicules à l’arrière de l’abdomen.

Pourquoi certains pucerons possèdent-ils des ailes ?

Les formes ailées assurent la dispersion vers de nouvelles plantes lorsque la colonie devient dense ou que les conditions changent.

Quels pucerons transmettent la jaunisse nanisante ?

Plusieurs espèces peuvent transmettre les virus concernés. Les études marocaines ont notamment confirmé le rôle de Rhopalosiphum padi et de Sitobion avenae.

Une faible population peut-elle être dangereuse ?

Oui, particulièrement au début du cycle lorsque des individus virulifères contaminent de jeunes plantes. Le risque viral ne dépend pas uniquement de la taille visible de la colonie.

Une plante infectée par le BYDV peut-elle guérir ?

Non. Un insecticide peut agir sur certains vecteurs, mais il n’élimine pas le virus déjà installé dans la plante.

Comment reconnaître le puceron russe ?

Il est vert grisâtre, allongé et se cache dans les feuilles enroulées. Il provoque souvent des stries blanches et peut empêcher l’épi de sortir.

Que signifie une momie de puceron ?

Il s’agit d’un puceron tué par un parasitoïde. La momie est gonflée, beige ou brune et peut porter un trou circulaire après la sortie de l’auxiliaire.

Les coccinelles suffisent-elles toujours à contrôler les colonies ?

Pas toujours. Leur efficacité dépend de leur abondance, du stade de la culture, de la vitesse de multiplication des pucerons et du risque de virose.

Les pièges jaunes remplacent-ils les comptages ?

Non. Ils signalent surtout les vols d’ailés. La décision doit reposer sur l’observation directe des plantes.

Faut-il traiter préventivement toutes les céréales ?

Non. Une intervention sans observation peut détruire les auxiliaires, augmenter les coûts et favoriser la résistance aux insecticides.

Quelle est la stratégie la plus durable ?

Elle associe gestion du pont vert, choix variétal, surveillance précoce, diagnostic des viroses, conservation des auxiliaires et intervention uniquement lorsqu’elle est justifiée.

Pucerons des céréales : compter les ravageurs et protéger les auxiliaires

Les pucerons des céréales ne doivent pas être considérés comme un groupe uniforme.

Rhopalosiphum padi représente notamment un risque viral important, Sitobion avenae colonise volontiers les feuilles supérieures et les épis, Schizaphis graminum peut provoquer des chloroses liées à sa salive et Diuraphis noxia se protège dans les feuilles enroulées.

La décision doit distinguer les dégâts directs de la transmission des virus de la jaunisse nanisante. Une faible population précoce et virulifère n’a pas la même signification qu’une petite colonie tardive sur une culture presque mûre.

Les auxiliaires constituent un véritable levier de protection. Les parasitoïdes, coccinelles, syrphes, chrysopes, araignées et carabes peuvent ralentir fortement les populations lorsqu’ils sont préservés.

Une intervention phytopharmaceutique ne devient raisonnable qu’après un comptage représentatif, l’évaluation du stade, du risque viral et des auxiliaires, puis la vérification du produit commercial exact dans l’Index ONSSA.

Avant de traiter une colonie, comptez aussi ses ennemis naturels

Une momie, une larve de coccinelle ou un syrphe peut annoncer une régulation biologique déjà active dans la parcelle.

Consulter l’étude du Saïs Ouvrir le guide INRA Vérifier les produits autorisés

Sources officielles et scientifiques

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